Le tome 3 de « La Guerre des Lulus » dans le Courrier picard : « l’évolution des enfants est un élement central dans la série »

Lulus-couvLe tome 3 de La Guerre des Lulus (qui sortira, chez Casterman, en septembre) est prépublié à partir de ce mardi 14 juillet dans le Courrier picard, et ce durant tout l’été. Avant la parution de la première planche, rencontre avec les deux auteurs (Samariens) de la série, le scénariste Régis Hautière et le dessinateur, Hardoc, autour de quelques secrets de fabrication de cette série jeunesse (mais aussi tout public) autour de la Guerre de 14-18, dans l’Aisne occupée.

D’où vient l’idée de cette série de La guerre des Lulus ?
Régis Hautière : Tout est parti d’une discussion avec une amie qui travaillait à l’Historial à Péronne et qui m’avait fait remarquer qu’il n’existait pas de bande dessinée sur la guerre de 14-18 destinée au jeune public. Cela m’avait fait réfléchir, Si on voulait toucher les plus jeunes, il était évident qu’il serait impossible de montrer l’horreur des tranchées. C’était donc la contrainte de départ. À cela s’est ajouté le fait qu’un de nos tout premiers projets communs avec Hardoc était une histoire avec des gamins, dans le recueil collectif Cicatrices de Guerre. Et il y avait aussi le fait que ma fille insistait depuis longtemps pour que je réalise une histoire mettant en scène des enfants ! Tout cela cumulé a abouti à La Guerre des Lulus

« On ne pouvait pas

montrer les enfants

dans les tranchées »

Hardoc et Régis Hautière

Hardoc et Régis Hautière

Et l’idée, plutôt originale, de situer l’action dans l’Aisne, derrière les lignes allemandes ?
Régis Hautière : C’est dans la suite de ma réflexion sur le fait de parler de la Grande guerre à des enfants. On ne pouvait pas, si on voulait rester crédibles, les montrer dans les tranchées. On aurait pu imaginer une histoire se passant à l’arrière, par exemple en Bretagne, mais on aurait été dans un temps trop décalé, sans l’impact direct de la guerre, sinon par le retour des blessés ou des morts. Alors, autant les mettre dans une zone directement touchée par la guerre : une zone occupée. De plus, c’est un aspect de la Grande Guerre qui a été très peu évoqué en fictions (films ou romans) et même dans une approche plus historique et documentaire, en dehors des travaux de l’historien picard Philippe Nivet.
L’une des forces de la série repose sur ses personnages. Comment les Lulus sont-ils nés ?
Hardoc : Cela commence forcément par le scénariste. Quand Régis invente une histoire, il invente les personnages, avec leur caractère, il imagine globalement leur physique, etc. Ici, je ne me rappelle pas, en revanche, avoir fait beaucoup de recherches. On a un peu gardé les personnages que nous avions créés pour l’histoire courte dans Cicatrices de guerre. Et on retrouve le schéma du petit rouquin, de Lucien avec son profil à la Lucky Luke, de Luigi aussi, mais tous étaient plus jeunes alors.
Régis Hautière: Il faut toujours des personnages très différents, identifiables rapidement, c’est important en bande dessinée. Comme on raconte ici l’histoire d’une petite bande, il y a nécessairement des archétypes : chacun doit avoir sa spécificité, son utilité dans le groupe et dans l’histoire. Quand j’ai commencé à écrire le scénario des Lulus, je savais qu’il me fallait quatre personnages – trois ce n’était pas assez et cinq, cela aurait fait beaucoup, surtout en songeant à la petite fille qui allait se joindre à eux. Et au départ, l’histoire était beaucoup plus courte, envisagée sur deux tomes et quelques mois. L’idée de l’étendre sur toute la durée de la guerre est née d’une discussion ensuite avec notre éditeur. Bref, j’avais besoin de personnages très différents, donc, assez classiquement, je me suis dit : il y en aura un qui sera grand, l’autre petit, un plus corpulent et un avec des lunettes ! Au niveau des traits de caractères également, c’était archétypal : le plus grand, le plus malin serait un peu le chef de la bande, un autre – Ludwig – aurait un peu plus de culture, etc. J’ai envoyé ensuite cela à Hardoc, qui a fait les recherches de personnages et a partir de ses dessins, j’ai affiné le caractère de chaque personnage. Ensuite, quand j’ai écrit le séquencier, chaque personnage a trouvé son rôle : Luigi est devenu le gourmand de la bande, etc.

Le retour des Lulus, case de la première planche du tome 3.

Le retour des Lulus, case de la première planche du tome 3.

« Il y a une dimension métaphorique

au récit »

Si l’histoire conserve toute sa cohérence sur les trois premiers épisodes, on constate une différence de ton entre les albums. C’est une progression voulue ?
Régis Hautière : Cela est dû à plusieurs facteurs. Au fait, déjà, que les enfants grandissent. Et cette évolution du caractère des enfants est vraiment un élément central dans la série. Leur perception des choses devient donc différente. En plus, le premier tome se déroule sur une période de quelques mois, c’est encore l’été. Et ils sont tous encore plus ou moins dans l’enfance, le plus jeune doit avoir 11/12 ans et le plus âgé 14/15 ans. Ils sont donc encore dans les jeux d’aventure, la construction de cabanes… Dans le deuxième tome, il y a un basculement vers l’adolescence – voire presque l’âge adulte pour les plus grands, avec ce que cela implique de maturité. Et pour la suite, les relations garcons-fille vont devenir très importantes, avec Luce qui deviendra un personnage essentiel de l’histoire. Il y a aussi une dimension plus métaphorique dans le récit. En 1914, on part la fleur au fusil, on pense que la guerre ne va pas durer. Le deuxième tome, c’est 1915, plus dramatique, avec les morts qui arrivent dans les villages. Ensuite, on entre dans une guerre d’usure où tout le monde souffre, notamment en zone occupée. C’est cela qui transparaît dans ce tome 3.

Cela n’est pas évident de montrer un tel vieillissement d’enfants…
Hardoc:  En effet ! C’est difficile graphiquement quand on joue ainsi sur la période de l’adolescence. Donc, je les fais grandir un peu au fil des pages. Lucien a quelques petits traits sous le nez pour montrer son début de moustache, les joues se creusent. Même Lucas prend un visage plus fin. Il faut trouver des petits détails comme cela pour montrer l’évolution.
Ce nouvel épisode, que l’on pourra découvrir dès demain dans ces pages, débute par une rencontre avec un personnage marquant de gros barbu revêche…
Régis Hautière : Clairement, la référence est celle des contes pour enfants, comme Boucle d’or. Avec des enfants qui arrivent dans une maison inquiétante dans la forêt.
Hardoc : On voulait avoir un personnage qui fasse un peu « ogre ». Et j’avais des images de caricatures des journaux d’époque qui montraient des personnages avec de grosses barbes hirsutes. Après, la différence, c’est que dans les contes, les habitants des maisons perdues dans la forêt sont soit des nains, soit des ours, nous, c’est un sabotier !

« Les enfants vont quitter

la Picardie et même la France »

Ce troisième tome se déroule en partie au Familistère de Guise. Un retour pour vous, Régis Hautière, qui avait déjà fait De Briques et de sang, avec David François comme dessinateur. Comment avez-vous appréhendé cette rencontre, Hardoc ?
Hardoc : Ce qui est compliqué, c’est de savoir comment était exactement le Familistère en 1914. J’avais quelques photos et quelques souvenirs. En essayant de garder à l’esprit certains détails. Ainsi, il y avait un pavillon brûlé en 1914. De même, lorsque je dessine la séquence de l’arrivée, avec une vue en plongée sur l’ensemble du site, je me suis souvenu que le guide nous avait dit que la statue de Godin avait été déboulonnée. Mais parfois, on trouve des éléments contradictoires. il y aura peut-être des spécialistes très férus sur la question qui remarqueront des erreurs. Mais l’idée, c’est de s’inspirer du lieu pour recréer une ambiance.

Vue générale de Guise, avec au fond le Familistère, tel qu'il se dévoile au Lulus dans le tome 3.

Vue générale de Guise, avec au fond le Familistère, tel qu’il se dévoile au Lulus dans le tome 3.

Sans dévoiler bien sûr l’intrigue, que l’on pourra découvrir tout au long de l’été dans le Courrier, ce tome 3 se termine avec un vrai rebondissement qui interpelle sur la suite…
Régis Hautière : Bon, disons que l’on peut dire que les enfants vont, en effet, quitter la Picardie et même la France. Mais entre le tome 3 et le tome 4, il y aura une ellipse d’un an, avec une voix off qui racontera ce qui s’est passé. Vu qu’on avait pris le parti d’un tome par année, il y a un « problème » à la fin du tome 3 qui rendait difficile de repartir en 1917 !

Le tome 3 sortira en septembre, et le suivant ?
Hardoc : C’est prévu dans un an.

« Je commence à avoir une idée précise du tome 4.

Le tome 5 est encore flou »

Avez-vous déjà scénarisé toute l’histoire des cinq tomes ?
Régis Hautière :  Non. Je sais comment l’histoire doit se terminer et je commence à avoir une idée précise de ce qui se passe dans le tome 4. Le tome 5 est encore flou… Et heureusement, car si j’avais tout écrit dès le début, ce ne serait plus que de la technique, je n’aurais plus le plaisir de l’écriture, de l’imagination. En plus, une série historique comme celle-ci nécessite de se documenter, de faire des recherches. Et en faisant cela, j’apprends plein de choses et il y a plein d’envies qui naissent. Si tout avait été calibré dès le début, il n’y aurait plus la place pour amener ces découvertes, ces idées nées de lectures faites depuis.

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