Craig Thompson et Edmond Baudoin au début de leur « promenade » en commun

Edmond Baudoin (à gauche) et Craig Thompson, le 8 juin, au festival d'Amiens.

Edmond Baudoin et Craig Thompson s’apprécient depuis longtemps. Au point, cette fois, de commencer un projet d’album en commun. Oeuvre qui devrait donner lieu à une grande expo, en 2015, à la Maison de la culture d’Amiens. Rencontre lors des 19e Rendez-vous de la bande dessinée, ce dimanche 8 juin.

Après le déjà impressionnant Blankets, qui vous a fait découvrir à l’international, et notamment en France, Habibi montait encore la barre, par sa pagination volumineuse, mais surtout par sa fluidité narrative malgré une composition complexe, et par sa beauté graphique, éblouissante. Au départ, l’ouvrage était pourtant prévu pour être bien moins ample…

Craig Thompson : Oui, au départ, cela devait être plus court que Blankets. Mais, au final, il y a eu une accumulation d’histoires entremêlées, et le projet a pris plus d’ampleur !

Habibi montre, avec subtilité et finesse, l’art oriental et l’islam. Et il est né dans les années 2000, au plus fort de la période Bush, alors que les Etats-Unis étaient très fortement islamophobes ?

Craig Thompson : C’était l’une de mes motivations que de lutter contre cette islamophobie. A vrai dire, ce fut l’élément déclencheur pour faire Habibi. Je n’y avait pas vraiment réfléchi jusque là, en fait. Mais j’ai cherché à comprendre comment s’était créée cette mécanique de l’islamophobie. Et donc je suis allé à la rencontre de l’art, de la calligraphie, de la culture orientale. J’ai lu le Coran, j’ai étudié l’architecture, j’ai voulu aller au coeur de cette culture… Et, par exemple, le personnage du sultan, dans le livre, m’a été inspiré en partie par G.W. Bush ! Quelqu’un qui plutôt que de s’intéresser au monde qui l’entoure se centre sur ses hobbys, ses fixations.

 

« On s’était dit qu’on ferait quelque chose ensemble, avec CRaig »

Edmond Baudoin

 

Après Habibi, allez-vous faire, un nouveau « carnet de voyages », comme Un Américain en balade après Blankets ?

Craig Thompson : Non, en fait, nous allons faire un travail commun, Edmond Baudoin et moi. Par ailleurs, j’ai un projet pour la jeunesse, dans le style science-fiction.

Edmond Baudoin : On s’est rencontrés, avec Craig, il y a dix ans dans le cadre d’un autre salon, à Harlem – pas à New York, mais dans la ville des Pays-Bas, à côté d’Amsterdam. Et donc, il arrive qu’on rencontre des gens avec qui on a envie de boire un verre… Là, il y a eu cette rencontre. Avec la manière dont est Craig et dont je suis, ce que j’ai réalisé et ce qu’il avait fait. On a tout de suite eu envie de faire un peu plus que simplement boire un verre, même si je ne sais pas parler anglais et s’il ne sait pas parler français ! On s’est revus dans des salons et on s’était dit « on fera quelque chose ensemble ».

Et cela va être d’actualité, cette fois…

Edmond Baudoin : On va faire quelque chose ensemble, mais c’est comme une promenade sur un chemin. On ne sait pas exactement où cela va nous mener. Aujourd’hui, je peux vous donner les raisons de ce rapprochement, mais c’est comme si nous étions au début d’une promenade. On n’a pas idée précisément du temps, ni du travail qu’il y a devant nous. On ne connaît pas encore la longueur du chemin…

Craig Thompson : Pour moi, avec Edmond Baudoin, cela a commencé quand j’ai lu Piero, en 1998. Même sans comprendre les dialogues, j’ai été tellement touché et inspiré que cet album fut à l’origine de Blankets, avec son histoire assez similaire de deux frères face à la dureté de la vie…

 

« J’aime la sérénité de la ville d’Amiens
et celle de son festival »

Craig Thompson

 

On peut retrouver, en effet, une similitude dans les approches, les thèmes.

Edmond Baudoin : Ce que nous avons en commun, c’est la sensibilité, avec quelque chose qui a à voir avec l’enfance. Au fond, les auteurs, écrivains ou cinéastes, ont toujours un rapport particulier avec l’enfance. Nous avons cela en commun, et c’est intéressant, car mon âge n’est pas celui de Craig, le pays non plus – le nord pour lui, le sud pour moi. Nous n’avons rien en commun, a priori, sauf quelque chose de l’humanité… Et nous allons nous promener avec cela… A la fin du mois, il va venir avec moi dans le village qui a inspiré Piero. Plus tard, j’irai sans doute chez lui, à Portland.

Et il y a un projet d’exposition à Amiens, l’an prochain ?

Edmond Baudoin : Oui, avec la Maison de la Culture. Ce pourrait être sur le travail en cours, je pense. Car nous n’aurons pas fini notre projet en 2015.

Craig Thompson :  Pour ma part, j’aime Amiens. J’aime la sérénité de la ville et celle de son festival. Pour tout dire, celui-ci est beaucoup plus agréable pour les auteurs que des gros festivals comme Angoulême, où il y a beaucoup de monde et où c’est très difficile de se poser pour les auteurs.

 

 

 

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