Valérian et Laureline sous l’oeil de la sciences à la Cité

La Cité des sciences, à Paris, accueille pour six mois une exposition ludique et scientifique sur « Valérian et Laureline ». A voir ! Avant de lire les nouveautés éditoriales autour de la série BD culte de Christin et Mezières, qui arrivent en ce début d’été puis à l’automne.

On va beaucoup entendre parler de Valérian et Laureline dans les semaines qui viennent, avec la sortie du blockbuster de Luc besson programmé le 26 juillet (lire à ce sujet dans le dernier numéro du magazine Casemate un gros et intéressant dossier, avec interview du réalisateur et des deux auteurs, qui donnent d’ailleurs quitus au film, vu en avant-première). Mais on peut déjà retrouver les agents spatio-temporels de Christin et Mezières à la Cité des sciences. Une expo qui « s’amuse à réfléchir » avec la série, pour reprendre le slogan du journal Pilote où cette dernière a vu le jour voilà cinquante ans…

Trois scientifiques fans de BD

Conçue avec les auteurs de la bande dessinée, « Valérian et Laureline en mission pour la Cité » propose un dialogue entre la série de bande dessinée et trois scientifiques, eux-mêmes fans de BD, l’astrophysicien Roland Lehoucq, le géographe Alain Musset et le paléontologue Jean-Sébastien Steyer. Chacun dans son domaine explique, dans de courtes séquences appuyées de réalité augmentée, les thématiques présentes dans la saga: les règles de l’univers et le temps, les diverses civilisations, la biodiversité (avec notamment un passionnant zoom sur la morphologie du shingouz !), le tout dans une scénographie très immersive grâce aux décors en profondeur et a des reproductions de dessins grand format.

Les planches originales au centre de l’expo

Nora Reddani, la commissaire de l’exposition.

D’un point de vue bédéphile, l’intérêt premier de cette scénographie est d’être vraiment orchestrée autour des planches originales. Une quarantaine d’entre elles sont exposées, au sein de six alcôves, entourant une salle de projection présentant notamment le documentaire l’Histoire de la page 52, ou est montrée la réalisation d’une planche de Valérian par Jean-Claude Mezières. A chaque fois, ces planches servent de support et de référence aux explications scientifiques ou au renvoi des références (voir plus bas).
Quant à l’apport ludique et technologique de la réalité augmentée, il s’invite un peu partout, donnant des couleurs aux planches ou faisant passer sur les dessins, mais aussi dans le décor, des vaisseaux dessinés ou les fameux shingouz. Et grâce à une appli téléchargeable gratuitement, on peut même prolonger le plaisir à travers les pages du catalogue.

Références plus ou moins évidentes

Moins spectaculaire, la seconde partie du parcours est tout aussi passionnante. Et particulièrement pour les adeptes de la série. Plus centrée sur le métier d’auteur de bande dessinée, elle se révèle à travers la présentation d’un scénario ou du procédé de mise en couleur décomposé. Et, surtout, par un rappel des influences de Mezières et Christin, fruit d’un méticuleux travail de la commissaire de l’expo Nora Reddani.
Plusieurs colonnes pointent des clins d’œil connus ou évidents présents dans la saga Valérian (à Bilal, Druillet, Moebius ou Corto Maltese), mais révèlent aussi des références plus subtiles à la philosophie, à la peinture (ainsi d’une même planche de l’album L’Ordre des pierres qui cite Jackson Pollock et Darwin). Autre façon de montrer, finalement, la richesse et la profondeur de cette série emblématique de la BD de science-fiction française, et pourquoi elle continue à séduire. Si elle accompagne le film de Luc Besson et si les réflexions restent un brin superficielles, cette exposition incite surtout à se replonger dans les albums ! Mission amplement réussie pour la Cité, donc !

Deux nouveautés sur le plan éditorial

Sur le plan éditorial, après la réédition de l’intégrale des albums de Valérian et Laureline, les éditions Dargaud continuent d’exploiter le filon.
Ce 23 juin sortira ainsi un Guide des mille planètes coordonné par le journaliste Christophe Quillien en forme d’abécédaire richement illustré de quelques 200 entrées, de l’Age noir de la Terre entre 1986 et le XXIVe siècle (dont on ne sait toujours pas grand chose) aux Zypanons de Zyp, ces mystérieux passagers du ciel croisés par Laureline dans Métro Châtelet Direction Cassiopée. Chaque terme fait l’objet d’un petit texte bien informé nourri des commentaires de Mezières et Christin, d’une belle illustration et d’un renvoi vers les albums qui les évoquent.
Une approche kaléidoscopique – que l’on jugera au choix superflue ou indispensable – qui se poursuivra début juillet par la parution d’un nouveau numéro « hors série » du défunt Pilote, cette fois entièrement consacré aux deux héros de Christin et Mezières (qui, pour le coup, en signent l’édito). Plus original et inédit, ce magazine de quelques 140 pages comprend notamment un long entretien avec les deux auteurs de la série, un intéressant article de Stan Barets (le « M.Dossier des albums des intégrales Valérian) sur la science fiction, plusieurs sujets consacrés au film de Besson et de nombreux hommages de divers dessinateurs actuels (de Nicolas Barral à Pétillon, en passant par Bouzard, Mathieu Sapin ou Mathieu Bablet, nouveau nom qui compte dans la SF en bande dessinée française depuis Shangri-La).

Pour la suite, en fin d’année sortira le – très attendu – « Valérian vu par Lauffray et Lupano » (dont le hors série Pilote cité ci-dessus pré-publie quelques planches – voir aussi dans la galerie photo ci-dessous). Et un deuxième tome des Souvenirs du futur est également dans les tuyaux. Deux planches originales de ce futur 23e album de la série sont d’ailleurs dévoilées aussi à la Cité des sciences.
Bref, toujours bien présents Valérian et Laureline !

Ci-dessous, l’expo en images…

L’entrée de l’expo.

Roland Lehoucq, astro-physicien.

Roland Musset, géographe.

Pierre Christin et Jean-Claude Mezières, le jour d’ouverture de l’expo, ce mardi 13 juin.

Bien présentées, les planches originales sont vraiment au centre et au départ de l’expo.

Le procédé de réalité augmentée utilisable via une tablette.

… Et à travers un smartphone, avec l’appli téléchargeable gratuitement.

Détail d’une des interventions de Roland Lehoucq en réalité augmentée sur une planche

L’alcôve « diversité », sur les différentes espèces rencontrées dans la saga Valérian.

L’alcôve sur les « influences et références » de la série.

Détail d’une des références pointées dans une planche, double même ici, avec un tableau de Jackson Pollock et une évocation de Charles Darwin.

Une planche et une plaque en plastique transparent pour expliquer le procédé de mise en couleur (avec le bleu, le trait et la couleur décomposés).

Prêt de l’équipe de Luc Besson, pour les premières semaines à la Cité des Sciences: les trois Shingouz en chair et en os… ou du moins en résine et plus vrais que nature.

Valérian et Laureline, prêts pour de nouvelles aventures…

«Valérian et Laureline en mission pour la Cité», jusqu’au 14 janvier 2017, Cité des sciences (porte de la Villette à Paris). Ouvert tous les jours sauf le lundi.

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