Edelweiss, une vie à gravir à deux

Edelweiss, Cédric Mayen (scénario), Lucy Mazel (dessin). Editions Vents d’Ouest, 96 pages, 17,50 euros.

C’est au cours d’un bal typique de l’après-guerre qu’Edmond (dit « Mommon ») jeune ouvrier chez Renault, rencontre Olympe, fille d’un riche bourgeois et en quête d’émancipation. Désireuse de gagner sa vie toute seule, grâce à son travail de couturière, elle partage néanmoins la passion familiale pour la haute montagne, depuis que l’arrière-grande tante, Henriette d’Angeville, a été la première femme à avoir gravi le Mont-Blanc. Et elle entend bien s’inscrire dans les pas de son aïeule.
Différents obstacles vont se dresser devant le jeune couple: les réticences du père d’Olympe de voir sa fille mariée à un simple ouvrier, le départ d’Edmond au service militaire, au 13e BCA de Chambéry, ce qui ne ravit pas le parigot pure souche qui n’a jamais quitté la capitale. Une double opportunité les rapprochera ensuite de cette montagne qui va les unir pour le meilleur et le pire. Et malgré les a-coups de l’existence, qui ne les épargneront pas, ils vont conserver cette détermination à atteindre ce rêve désormais partagé…

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Cet ouvrage est « une oeuvre de fiction, inspirée toutefois de faits réels et de personnages historiques ». La précision, placée en début d’album frustre un peu. Car on aurait aimé en savoir plus sur les personnes qui ont pu inspirer cette jolie histoire, où l’histoire d’amour et l’amour de la montagne s’entremêlent de belle manière.

L’approche est pourtant un peu hésitante au départ et met un peu de temps à se mettre en jambes. De plus, le découpage en trois « livres », pour autant d’étapes chronologiques multipliant les ellipses, aurait pu rendre difficile l’empathie avec les personnages. Mais le scénario de Cédric Mayen, par petites touches, rend proche et sensible cet amour qui se construit en même temps que persiste cette fascination pour le Mont-Blanc, figure tutélaire à la fois magnifiée et tragique, qui accompagne la saga familiale d’Olympe. L’ascension se fait finalement sans efforts tandis que les paysages évoluent.
Car en même temps que passent les années, avec leurs joies et leurs drames, se dessine aussi en arrière-fond, l’évolution des moeurs et de la société française. Et cette double trajectoire converge vers un épilogue émouvant et qui donne tout son sens au titre et à la couverture passablement intrigante. Sommet atteint de belle manière.

Côté dessin, après son premier tome de la superbe série Communardes, Lucy Mazel déploie de nouveau son trait sensible et délicat, aux personnages expressifs, le tout porté par une palette de couleurs au ton rétro, correspondant bien à ce récit de vie plein de tendresse et parsemé de drames. Loin du Paris de la Commune, elle dépeint ici très bien l’ambiance de l’après-guerre. Et elle restitue joliment l’atmosphère à la fois enivrante et dangereuse de la haute montagne. Et l’attrait qu’elle peut représenter pour quiconque y a goûté un jour.

 

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