Un monde pas si sauvage

Petit traité d’écologie sauvage, Alessandro Pignocchi. Editions Steinkis, 128 pages, 14 euros.

Et si les dirigeants du monde occidental étaient devenus animistes, épousant les croyances d’une tribu amazonienne ? Une approche dans laquelle les animaux et les végétaux reçoivent la même attention que les hommes… Le Premier ministre, se rendant compte que sa voiture a écrasé un hérisson, se préoccuperait toute affaire cessantes de devoir manger le corps de l’animal afin que son esprit wakan puisse retrouver son esprit protecteur ; l’assemblée générale de l’ONU consacrerait une séance spéciale à déterminer les moyens de s’excuser auprès de grenouilles rainettes victimes de la dévastation de leur territoire ; la chancelière allemande à la tribune proposerait de réintroduire le système du troc, les élèves iraient faire leur stage dans des tribus primitives et Vladimir Poutine instaurerait le mariage inter-espèces afin de pouvoir se marier avec une papaye.
Et si, à l’inverse, un chercheur jivaro venait faire une étude d’anthropologie symétrique dans une petite commune française, tentant de percer les rites obscurs des jeux à gratter ou de la gondole de cartes postales…

Chercheur en sciences cognitives au CNRS, Alessandra Pignocchi a rassemblé en ouvrage quelques séquences de son blog « Puntish », dans lequel il se place dans une approche animiste qu’il imagine partagée par tous les grands dirigeants actuels.

Un peu a l’image de Fabcaro (par exemple dans son désormais célèbre Zaï Zaï Zaï Zaï) Alessandro Pignocchi développe ici un humour absurde, basé sur l’inversion des normes. Il le fait à travers des sortes de strips, avec de jolies illustrations à l’aquarelle. Cette vision décalée a l’incontestable mérite de remettre en perspective notre vision habituelle des choses. Et, en creux, montrer aussi toute leur particularité, parfois aussi singulière que ce qu’il se plaît à évoquer sur son blog.

Les dessins sont très beaux et le procédé assez amusant. Mais cependant un peu répétitif cependant et avec une folie un peu trop retenue. Bref, un original pas de côté, mais qui n’avance pas beaucoup et ne surprend guère une fois le procédé compris. Problème souvent posé à une transposition en album d’une succession de « posts » de blog. Ou alors, il convient de l’appréhender de la même manière: ponctuellement et en savourant les strips un à un.
A noter que derrière son côté potache, cet album s’inscrit dans la suite du carnet de voyage, Anent, chez les indiens achuars d’Amazonie (également publié par Steinkis) et plus globalement dans la passion déployée par l’auteur pour ces peuples amérindiens (il s’en explique fort bien dans une interview réalisée par le site Planète BD).

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