Tante Wussi, d’une guerre à l’autre

Tante Wussi, Histoire d’une famille entre deux guerres Majorque 1936 – Allemagne 1939, Katrin Bacher (scénario),Tyto Alba (dessin). Edition Steinkis 16 euros.

A l’occasion d’un déménagement dans la maison familiale, Katrin, une jeune Barcelonaise, profite de passer un moment avec sa grande et vieille tante, Wussi. Cette dernière va raconter à sa nièce l’histoire de leur famille ayant vécu deux guerres : la guerre civile espagnole à Majorque sur l’île d’Ibiza et la seconde guerre mondiale en Allemagne.

Quand le père de famille, un catholique marié à une juive, originaire de Fribourg décide d’amener toute sa famille sous le doux soleil de Majorque, pour y installer son cabinet de photographe, il est loin de se douter que ce petit coin de paradis sombrera dans l’enfer de la guerre civile espagnole quelques années plus tard.
Quand il décide de mettre une partie de sa famille en sécurité, en les renvoyant en Allemagne, en 1936, année des Jeux olympiques à Berlin, il est aussi encore loin de se douter du sort promis aux juifs dans son pays natal s’étant drapé dans la bannière nazie.

C’est cette histoire de famille ordinaire plongée dans des événements extraordinaires que raconte des années plus tard « Tante Wussi » à sa nièce. La vieille dame vivant en Espagne retrouve alors ses yeux d’enfant pour parler de ce père, un peu rêveur, amoureux de photographie, de sa mère convertie au catholicisme mais dont la judaïté pèse sur elle et sa famille comme une menace constante, de ses frère et sœurs, cousins, cousines, plongés dans les affres de l’histoire…

Le trait fin et esthétique de Katrin Bacher, jeune illustratrice espagnole, rend très émouvant cette histoire familiale, dont on imagine qu’il a une part d’autobiographie. Le dessin un peu naïf faisant penser à celui de Sempé nous rapproche des personnages dont on suit avec une certaine angoisse le parcours dans cette période mouvementée. Les aquarelles permettent de passer visuellement d’une période à l’autre : couleurs vives durant la partie espagnole et plus grisâtre quand l’action se déroule en Allemagne. Les cases aux formats divers sont conçues comme des mini-tableaux couvrant parfois toute la page faisant de cette bande dessinée graphique un ouvrage de toute beauté.

Cependant on pourra regretter d’être un peu perdu face à la multitude de personnages présentés. Si la tante Wussi est la narratrice principale de cette histoire, il manque un personnage central auquel on pourrait vraiment s’identifier à l’instar de ce qu’avait si bien réussi Art Spiegelman dans sa BD culte « Maus ». Mais les péripéties vécues par cette famille et l’histoire peu connue à cette période de l’île d’Ibiza gouvernée par un sosie de Mussolini, méritent de s’intéresser à « Tante Wussi ».

Par Ludovic Lascombe

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