Pour le cirque de Fred aussi
c’est grand d’être petit !

Le petit cirque, de Fred, éditions Dargaud, 64 pages, 13,95 euros. Parution le 27 janvier 2012.

Un nouvel album de Fred, un des auteurs majeurs de la bande dessinée franco-belge, est toujours un événement. Même s’il s’agit, comme ici, de la ré-édition d’un ouvrage paru en 1973, lui-même né de planches parues dans Hara-Kiri dans les années 60.
Et même, a fortiori, s’il s’agit d’une telle ré-édition d’un des ouvrages cultes du père de Philémon. Un coup éditorial, qui accompagne l’expo consacrée à Fred lors du prochain festival d’Angoulême, qui se double donc d’un hommage bienvenu. Surtout pour tous ceux, dont je fais partie, qui n’avaient jamais pu lire ce chef-d’oeuvre de jeunesse.

Un « après-propos » également bienvenu, propos de l’auteur recueillis par François le Bescond permet de rappeler la genèse de cette oeuvre atypique. Pour Hara-Kiri (dont il assurait à l’époque la « direction artistique) Fred avait développé une série sur les « petits métiers » improbables : rémouleur de céleris, représentant en trous, etc. Et, parmi, eux, un homme-obus en train de passer une audition pour un petit cirque, où l’on remarquait un forain à chapeau et moustaches, une femme, un petit garçon et une roulotte. Frappé par ce décor et son ambiance mélancolique tout autant que surréaliste, Gébé suggère à Fred de leur « donner vie d’une autre manière« .
Et cela donna donc Le Petit cirque. Suites d’histoires courtes ou, immuablement, le forain – Léopold – ronchonne, sa femme – Carmen – tire la roulotte, leur fils (sans nom) les suit. Et tous avancent dans un paysage généralement arride, de forêts profondes ou d’univers aussi absurdes qu’un flipper géant ou qu’un territoire clôturé par un miroir. Un décor dans lequel la famille de forains fait d’aussi étranges rencontres : chevaux-clowns sauvages, trapézistes voyageurs, funambules-migrateurs et bien d’autres, dont bien sûr l’homme-obus et son double l’homme-bombe. Un monde où il peut être aussi dangereux de jouer à la marelle que d’emprunter des routes au printemps (saison des mariages) ou de tenter de dresser une plante carnivore…

Drôlement grave, d’un humour noir empreint d’une grande poésie, cette « pièce fondatrice et incontournable de l’oeuvre de Fred » (dixit, non sans raison, l’après-propos évoqué plus haut), n’a en tout cas rien perdu de son charme et de sa puissance onirique, pour un regard du XXIe siècle.
Cette ré-édition « remastérisée à partir des originaux et agrementé d’un bonus de quatre pages » (dixit cette fois l’éditeur), avec les teintes bistres des lavis de Fred, prend un petit aspect sépia qui en renforce le côté mélancolique et magique de l’album et lui donne déjà l’allure d’un classique.

Les deux planches de "l'homme-obus", histoire initiale d'où est né "Le Petit Cirque".

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c’est grand d’être petit !
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