Pour la cause des femmes

communardes_t3_femelles_couvCommunardes ! tome 3: nous ne dirons rien de leurs femelles, Wilfrid Lupano (scénario), Xavier Fourquemin (dessin). Editions Vents d’Ouest, 56 pages, 14,50 euros.

Ce 8 mars, jour de la femme, est un moment approprié pour évoquer ce troisième tome de cette série Communardes. Après Victorine, la jeune fille rêvant d’envoyer des pelotons d’éléphants contre les Versaillais et Elisabeth Dmitrieff, la belle Aristocrate fantôme, Wilfrid Lupano s’attache ici à Marie, petite servante et ouvrière. Un troisième album qui sonne comme le point d’orgue de cette belle trilogie.

On découvre Marie en jeune adolescente en 1858, domestique dans la famille du colonel Jeaujard, de retour des colonies. Devenue la meilleure amie de la fille du colonel, Eugénie, jolie jeune fille éprise d’un libraire anarchiste, Marie va connaître la déchéance, lorsque Eugénie se révélera enceinte et rapidement envoyée au couvent, tandis que Marie et sa mère sont renvoyées, accumulant rancoeur. Treize ans plus tard, on retrouve Marie sur les barricades, parmi les infirmières de l’Union des femmes. Le hasard va lui permettre de retrouver son amie Eugénie, réduite au spectre de ce qu’elle fut. De quoi la transformer en farouche militante de la Commune…

Après les prémices du soulèvement populaire, né des restrictions et de la haine du siège de Paris par les Prussiens, puis le portrait militant et romantique d’une aventurière russe, ce troisième tome plonge au coeur des horreurs de la commune. Ou, plutôt, de celles qui ont justifié cette révolte populaire au retentissement mondial. Et, une fois encore, il s’attache au mouvement sous l’angle, souvent oublié, de l’engagement au féminin, avec un troisième album une fois encore fort bien écrit, rythmé, avec des personnages forts et une mise en perspective réussie.

Si le dessin de Xavier Fourquemin (Le train des orphelins) se montre plus léger et coloré que les deux précédents albums, dans un style ligne claire semi-réaliste qui rappelle un peu le trait de Hardoc dans la Guerre des Lulus, ce tome 3 est le plus violent et sombre de la série. Il décrit frontalement les massacres de fin mai 1871 ou – dans des planches saisissantes – la découverte des sous-sols du couvent Picpus. Dans sa dernière partie, lors du procès de Marie, la violence se fait symbolique, mais d’une autre forme de cruauté. Le rappel d’extraits de discours du professeur Louis Bergeret, comme de la plus connue formule d’Alexandre Dumas fils évoquant les communards (« nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour les femmes à qui elles ressemblent quand elles sont mortes« ) restitue fort bien cette grande peur qu’a dû éprouver la classe dirigeante en ce printemps 1871 et sa volonté, non seulement de vaincre l’insurrection, mais encore de lui dénier toute humanité.
Dans ce propos, l’attitude à l’égard des communardes fut encore plus méprisante. Mais, au-delà de la répression, c’est bien l’oppression sociale contre l’émancipation féminine qui est, joliment – et tragiquement – évoquée à travers le martyre de cette pauvre Eugénie, charmante et intelligente jeune fille, brisée par sa famille et les conventions sociales. Et, en lisant cet album, difficile de ne pas partager la rage de Marie, la rousse « pétroleuse ».

Bel hommage rendu à ces femmes combattantes et belle conclusion, donc, avec un album où l’on voit passer, en clin d’oeil, les figures fortes des précédents tomes (tout comme on avait découvert déjà l’action de Marie dans le tome précédent). Et encore une belle réussite pour Wilfrid Lupano, avec Les vieux fourneaux ou Azimut.

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