Nouvelle cause Commune autour de deux fortes femmes

 

 

 

 

 

 

 

 

Louise Michel, la vierge rouge, Bryan et Mary Talbot, éditions de La librairie Vuibert, 144 pages, 19,90 euros.
Des graines sous la neige, Roland Michon (scénario), Laëtitia Rouxel (dessin), éditions Locus-Solus, 144 pages, 20 euros.

Cent-quarante-six ans après, la Commune de Paris inspire toujours les auteurs de bande dessinée. Singulièrement ses destins féminins. Voilà un an, Wilfrid Lupano et son trio de dessinateurs et dessinatrices révélaient leur jolie trilogie sur des Communardes. Plus récemment, ce sont deux biographies qui remettent à l’honneur deux héroïnes de ce moment d’insurrection populaire fugitif, mais à la très longue traîne…

Bryan et Mary Talbot se sont attachés à faire revivre Louise Michel à travers son évocation, le jour de son enterrement en janvier 1905, par une féministe américaine. Venue pour un cycle de conférences en France, cette dernière, Charlotte Perkins-Gilman, raconte sa rencontre avec la « Vierge rouge » à Londres, quelques années auparavant, à la jeune femme qui vient l’accueillir, et dont la propre mère a, elle aussi, connu Louise Michel. Ce va-et-vient entre le récit biographique de la vie de Louise Michel et son évocation post-mortem est sans doute destiné, prioritairement, à apporter des éléments de contexte nécessaires au public anglais, forcément moins au fait de la vie de l’héroïne de la Commune. Mais cela humanise et donne du relief au livre. Spécialiste de l’histoire des femmes, Mary Talbot manifeste en tout cas une belle maîtrise de son sujet (concrétisé également par un fort dossier de notes à la fin). Et le récit, malgré sa construction non-chronologique, est parfaitement cohérent et limpide dans sa présentation du personnage.
Subtilement marqué par un passage de pages blanches à d’autres légèrement sépia, le procédé donne aussi du rythme et de la relance au récit. Et le dessin réaliste et très évocateur de Bryan Talbot (auteur de la série Grandville notamment), rehaussé de noir, de blanc et de rouge, en renforce encore la puissance.

Ce 24 mars paraît un autre roman graphique, dense et également très documenté sur l’une des compagnes de Louise Michel (avec qui elle a été déportée en Nouvelle-Calédonie après la Commune), bien moins connue mais à l’engagement féministe et socialiste tout aussi intense.
Nathalie Lemel (1826-1921) s’inscrit dans près d’un siècle de lutte et d’émancipation des femmes. Petite bretonne, elle connaît la dureté d’une vie ouvrière (elle est relieuse) et celle d’une mère de famille, divorcée et indépendante ensuite. « Montée » à Paris, elle Fréquentera des futures acteurs de la Commune, comme Eugène Varlin, Jules Vallès, le peintre Courbet. Elle sera aussi impliquée dans les premiers restaurants coopératifs (les « marmites » ancêtres des Restos du coeur, mais dans une logique plus ouvertement de transformation sociale). Et durant le printemps 1871, elle sera avec Elisabeth Dmitrieff (L’aristocrate fantôme évoquée par Lupano et Anthony Jean) à la tête de l’union des femmes de Paris, l’un des premiers mouvements féministes de France.

Ici encore, même si le récit est plus classiquement chronologique, le rythme linéaire est brisé par une projection au début des années 1910, lorsqu’une Nathalie Lemel vieillissante rencontre le cinéaste Armand Guerra, venu s’informer auprès d’elle pour son futur film sur la Commune.
Pas de risque de s’y perdre. Cette partie là est traité au seul crayon de bois (fortement contrasté à l’ordinateur), en noir et blanc, sans la palette chromatique des séquences parisiennes, fortement marquées là encore de rouge et de noir, et la période calédonienne aux teintes plus solaires.
Le dessin de Laëtitia Rouxel est certes moins soigné et élégant que celui de Talbot et ses personnages sont aussi parfois un brin maladroits. Mais l’ensemble est porté par le souffle de la révolte de son héroïne.

Les deux ouvrages ont aussi l’intérêt de consacrer un chapitre assez long à l’épisode néo-calédonien, souvent laissé dans l’ombre. La vierge rouge insiste plus sur l’engagement actif de Louise Michel dans la révolte des Kanaks, Des graines sous la neige remet en lumière le stupéfiant et long voyage en bateau qu’ont dû subir les « bagnardes », traversant l’atlantique vers l’Amérique du Sud, puis passant le Cap de Bonne espérance et contournant l’Australie avant de rejoindre Nouméa… 120 jours après leur départ de France. Et ces deux romans graphiques, surtout, reflètent le même espoir qu’avaient leurs héroïnes d’un avenir meilleur, et d’idées – jugées utopistes sans doute – mais qui « ne meurent pas… un peu comme das graines sous la neige. Prêtes donc à repousser, quant reviendra le Temps des Cerises.

Les deux auteurs des Graines sous la neige, Roland Michon et Laëtitia Rouxel, seront présents au Salon du Livre de Paris, du 24 au 27 mars, sur le stand des éditions Locus-Solus (S23).

 

Une réflexion au sujet de « Nouvelle cause Commune autour de deux fortes femmes »

  1. Je regrette l’utilisation de « vierge rouge », locution ironique créée par les Versaillais pour stigmatiser Louise, volontiers jugée puritaine parce que féministe.

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