Noé dans un déluge de violence

Noé, t.3: Et les eaux envahirent la Terre et Noé, t.4: celui qui verse le sang, Darren Aronofsky, Ari Handel (scénaristes), Niko Henrichon (dessin). Editions Le Lombard, 64 pages, 14,99 euros.

Alors que la sortie du film s’approche, les deux derniers tomes de la version BD sortent simultanément en ce mois de mars. Sorte de story-board de luxe d’une belle puissance pour une histoire, connue, mais jamais contée d’une façon aussi sombre.

Le tome 3 n’est en effet que fureur et dévastation. Les derniers combats s’achèvent entre Noé, aidé par les (anges déchus) gardiens géants et les tribus qui tentent de s’emparer de l’arche. Mais le mal s’est aussi insinué sur le navire. Cham, fils de Noé, n’a pas accepté que son père ait renvoyé vers une mort certaine la compagne qu’il avait ramené. Une rancune qui va s’assouvir dans l’aide secrète apportée à Akkad, le chef des assaillants, blessé, et qui a réussi à pénétrer dans l’arche. De quoi enclencher de terribles conséquences et mettre en danger la mission divine de Noé, qui vise rien moins que de ressusciter le paradis originel en faisant disparaître la race humaine…

extrait d'une double page dantesque.

Suite directe, le tome 4, s’inscrit, lui, totalement – ou presque – dans le huis clos de l’arche, désormais seule sur les flots. Noé se trouve confronté à un nouveau drame. Il ne peut accepter l’enfant porté par sa fille adoptive, Ila. Il affiche sa volonté de tuer l’enfant si c’est une fille, afin d’éviter de voir sa « mission » de destruction de l’humanité contrecarrée par une éventuelle descendance… De quoi créer un climat oppressant et violent, qui ira jusqu’à une tentative de parricide.

Le deuxième volet avait déjà confirmé la qualité du premier – et la bonne surprise de la série. Ces deux derniers tomes, qui s’inscrivent par quelques rares instants dans les rails classiques de la Genèse, accentuent encore la brutalité, la profonde tristesse et le poids accablant qui pèsent sur la conscience de Noé. Héros tragique et nihiliste.

Bien loin des images pieuses et convenues du patriarche à la barbe blanche, sauveur de l’humanité, c’est un portrait assez monstrueux, de Noé en fanatique misanthrope, qui est brossé ici. Une version très singulière de la Bible qui à fait déjà s’émouvoir quelques chrétiens radicaux aux Etats-Unis.

Cet épisode de l’Ancien Testament revisité est en tout cas porté par le dessin énergique, puissant et très spectaculaire de Niko Henrichon (l’auteur de l’éblouissant Seigneurs de Bagdad), avec ses traits abrupts et ses tons grisâtres et crépusculaires. Ce Noé épique versant dans l’héroïc-fantasy est un vrai choc visuel. Et, à la manière de l’excellent Grand pouvoir du Chninkel de Rosinski et Van Hamme, une très intelligente et novatrice manière de proposer une nouvelle légende primitive.

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