Ni Dieu, ni limites dans le dessin

Ni Dieu, ni eux, Tignous. Editions du Chêne, 96 pages, 14,90 euros.

La couverture annonce la couleur et la dénonciation par des dessins – parfois très cinglants – des dérives religieuses de tout poil et de toutes obédiences. Chacune des « grandes religions » instituées en prend pour son grade.
L’église catholique pour son opposition au mariage gay ou ses ambiguïtés quant aux cas de pédophilie de certains membres de son clergé ; l’islam avec ses intégristes radicaux et terroristes (et Tignous réinterprète deux fois le fameux dessin de Cabu qui avait provoqué l’éruption de colère contre Charlie hebdo) ou avec certain aspects rigoristes ; la religion juive à travers son instrumentalisation d’une part par le régime israélien actuel pour justifier l’annexion des territoires palestiniens, mais aussi en faisant un clin d’oeil à l’humour juif – avec notamment une planche très réussie ou le pape et un mollah affichent leur rêve de reprendre le pouvoir tandis qu’un juif traditionaliste souligne qu’eux respectent la démocratie, la preuve: « notre peuple a été élu » ! Même les bouddhistes ne sont pas épargnés (à travers une descente en flammes du Dalaï Lama…), la religion sikh (pour son manque d’humour) et les sectes improbables (pour l’escroquerie financière qu’elles représentent)…

Comme le met en exergue la quatrième de couverture: « Tignous n’y croyait pas qu’on puisse croire à ce point-là ! » En parcourant ce recueil, le sentiment peut être partagé, face au fanatisme de certains décrit ici. Certains dessins feront incontestablement grincer des dents ou apparaîtront franchement outranciers. Mais pas outrageux ! C’est d’ailleurs bien là que ce situe la nécessaire protection de la liberté d’expression (et celle du caricaturiste doit forcément être accrue). Et la compréhension de ce que cette conquête représente. Tignous, lui, l’a payé de sa vie, tué en janvier 2015 lors du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo. Moins que l’attaque contre les religions, c’est d’ailleurs plus une défense de la laïcité qui transparait (évoquée directement à travers quelques dessins montrant les difficultés des enseignants ou des maires à pouvoir gérer ce « vivre ensemble » quand les dogmes respectifs de certains interdisent un partage commun).

Ce recueil participe à une démarche éditoriale de republication thématique des dessins de Tignous par les éditions Le Chêne depuis l’an passé. Après des recueil sur les vacances ou la Corse l’an passé, c’est donc la religion et l’écologie cette année. Seul reproche, l’absence de contextualisation et de sources, qui empêche de connaître où et quand ses dessins furent publiés (et s’ils le furent ou s’il ne s’agissait que de crobards non publiés).
Quoi qu’il en soit, c’est l’occasion de redécouvrir l’étendue de la palette d’intervention du dessinateur, qui était parmi les plus discrets et moins connus de la « bande à Charlie ». Mais pas forcément le moins talentueux.

Un des dessins les plus « gentils » de l’ouvrage, mais qui touche au coeur du sujet.

 

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