Pour le Choix des femmes

COUV le choix 3.inddLe choix, Désirée et Alain Frappier. Editions La ville brûle, 120 pages, 15 euros.

En cette journée de la femme, voilà un ouvrage récent qui vient opportunément le poids de la grossesse, de l’avortement et rappeler le sens d’un combat, celui du « droit à disposer de son corps », toujours d’actualité.

Désirée est née à la fin des années 50, pas vraiment « désirée », justement. Troisième naissance en trois ans d’un tout jeune couple de 22 et 23 ans. D’elle, on découvre d’abord l’enfance cahoteuse, trimballée de famille d’accueil en internats religieux, après le décès trop rapide de sa grand-mère, qui avait demandé à ce qu’elle vienne vivre chez elle. C’est dans un foyer géré par des religieuses qu’elle va découvrir, via une amie de circonstance, les combats féministes naissants de l’époque, le MLAC (Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception), puis, après coup, le procès de Bobigny, en novembre 1972 où une jeune avocate, Gisèle Halimi défend (avec succès) une jeune accusée de 16 ans coupable de s’être fait avorter. Puis, deux plus tard, c’est le vote de la Loi Veil qui autorise l’IVG, sans totalement satisfaire les militantes féministes.
En parallèle, Désirée va découvrir les « secrets de famille », comprendre la raison de cette enfance rejetée, puis être confrontée à son tour très personnellement à cette question de l’avortement, aux praticiens médicaux plus ou moins attentionnés. Et puis elle va faire sa vie, devenant créatrice de mode, puis auteure (un trajet biographique évoqué dans son précédent ouvrage)…

Le Choix_planche2En 2013, la décision du gouvernement espagnol de revenir sur le droit à l’avortement, puis les mouvements de la manif ainsi que des rencontres vont motiver le choix de revenir, par cet album, sur ce sujet. Un combat résumé d’une formule, à la dernière page de l’épilogue, par Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning familial: « Chaque année en France, plus de 200 000 femmes avortent. Elles n’ont pas à se justifier, se sentir coupables, ni demander pardon. L’avortement est un droit. C’est l’histoire d’un choix, le leur ».

Après l’excellent La vie sans mode d’emploi, putain d’années 80, l’an passé, ce Choix pourrait être sous-titré ces « putain d’années 60 et 70 », sous l’angle de la vie difficile des femmes. Et une fois encore, Désirée et Alain Frappier parviennent à mêler fort bien le récit intime et l’arrière-plan politique.
Certes, ce mélange entre trajectoire personnelle, déchirement familial et dimension sociale et historique rend l’ouvrage moins fluide que le précédent. Mais cet aspect autobiographique et la pluralité des témoignages recueillis (dont celui, semble-t-il bien du scénariste Kris) permettent de restituer avec émotion et intensité cette lutte des femmes. De la rendre à la fois incarnée et proche.

Le traitement graphique d’Alain Frappier, dans un élégant noir et blanc épuré, participe de cette lisibilité. Et l’ouvrage touche aussi par la sincérité du propos et l’engagement de ses auteurs. Il s’accompagne d’ailleurs d’un « making of » revenant sur les conditions de création de l’album et d’un dossier documentaire biographique et bibliographique et même d’une bande originale musicale !

Bref, vraiment un bon choix. Incontestablement.

Le Choix_planche

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