Nürburgring 57, Texte et dessins : Christophe Merlin. Editions Glénat, collection Plein Gaz. 48 pages, 15,50 €.
Il y a 55 ans tout juste. Le 4 août 1957, sur ce fantastique Nürburgring, circuit allemand à nul autre pareil, Juan-Manuel Fangio, déjà quatre fois champion du monde de Formule 1, devenait un mythe. C’est ce moment historique du sport automobile que retrace l’album sobrement mais clairement intitulé Nürburgring 57. Qui correspond à la dernière victoire, la 24e, de l’Argentin en F1. En l’occurrence une formidable démonstration de pilotage où il dépasse toutes les limites possibles pour devenir une cinquième fois champion du monde, à 46 ans (plus jamais un pilote n’a obtenu le titre en étant si âgé), son dernier titre qu’il ne défendra pas en 1958.
L’auteur, Christophe Merlin est ici un enchanteur. Son style très particulier nous intègre pleinement à ses planches. Dès lors, si de prime abord le dessin peut surprendre, sa forme surréaliste impose à l’esprit du lecteur, spécialiste de la question ou non, l’ambiance de l’époque, celle des gentlemen-driver du type de Mike Hawthorn, le rival n°1 cette année-là de Fangio.
Aux antipodes de la Formule 1 hyper-sophistiquée et aseptisée d’aujourd’hui, les années Fangio frisent l’héroïsme et dévoilent des personnalités exceptionnelles, tel ce Bertoggi, mécano dévoué du maître,
formidablement dépeint comme tous les seconds rôles venus magnifier ce récit d’un haut fait sportif devenu légende.
Il n’y a rien à jeter, même si l’album se termine un brin sèchement. Car l’essentiel est acquis. Pour toujours. Fangio n’est plus seulement un nom propre, celui d’un champion d’exception, mais bel et bien une expression. Comme il l’avait suggéré lui-même à sa belle – Merlin l’a adroitement repris à son compte dans une scène toute en tendresse – au même titre que la marque Frigidaire représentera désormais tous les réfrigérateurs (dixit Fangio), on ne parlera plus jamais de lui comme avant… Ainsi les expressions « rouler comme Fangio » ou « se prendre pour Fangio », signifiant rouler vite (et bien) sont rentrées peu à peu dans le langage courant et restent encore usitées aujourd’hui. Avec Nurburgring 57, la collection Plein gaz tient déjà son fleuron.