Le hip-hop, toute une histoire !

Hip-hop family tree, volume 1 : 1970s-1981, Ed Piskor. Éditions Papa Guédé, 112 pages, 26 euros.

Allumer sa chaîne hi-fi et lui faire cracher quelques sons du Wu-Tang clan ou d’un bon vieux Cypress Hill. Voilà l’un des effets observés après la lecture du premier volume de Hip-hop family tree édité par Papa Guédé.
L’auteur américain Ed Piskor s’est intéressé ici à l’histoire du hip-hop, ses origines et son arbre généalogique, comme le titre l’indique.
Le premier volume replonge au début des années 1970, en plein cœur du Bronx à New-York où est né ce mouvement culturel et musical qui deviendra planétaire. Très vite, les noms de MC’s s’enchaînent : Grandmaster Flash, Coke la rock, Afrika Bambaataa ou encore Kool Herc, considéré comme le premier DJ de l’histoire du hip-hop après avoir inventé une technique de mix, « le Merry-go-round », qui consiste à jouer deux fois le même disque sur des platines différentes, lui permettant ainsi d’en allonger la durée.
On fait connaissance ici avec les pionniers du rap qui, il bien faut l’avouer, ne nous disait pas grand-chose au départ, hormis peut-être Run-DMC et KRS One. Mais là est la force de Hip-hop family tree. A peine quelques cases suffisent pour se familiariser avec ceux (et celles) qui ont fondé le rap, un style à part entière puisant dans le funk, le jazz, le blues ou encore le reggae…

Tout en couleurs, ce comic-book grand format regorge d’anecdotes comme cette nuit où un black-out a frappé le Bronx. Le lendemain, une multitude de groupes de musique se formaient, tous équipés de platines, de micros, d’enceintes et de sound systems flambant neuf car… dérobés la veille dans les magasins.

On apprend aussi qu’au début le hip-hop se jouait plus sur les terrains de basket que dans les boîtes de nuit et qu’une rivalité sans merci existait (déjà) entre les rappeurs et leurs managers. Parfois même au sein d’un même groupe et le plus souvent pour des histoires de gros voire même petits sous. Les conflits se réglaient généralement à coups de « beat » et de rimes lors de « battles » mais il arrivait aussi que les balles de révolver et les lames de canif les remplacent…

On imagine sans mal tout le travail de fourmi qu’Ed Piskor a réalisé pour recueillir, vérifier et compiler les informations (sons, documents d’époque, témoignages) dans le premier des six volumes prévus.Un volume enrichi par une galerie de portraits couchés sur un papier au grain de qualité et soigné qui prolonge le plaisir de lecture. Sans oublier une discographie, une bibliographie, « funky » index et quelques clins œil à l’univers Marvel Comics dont est fan Ed Piskor.

Le graphisme de l’album semble d’ailleurs sorti tout droit de la plus célèbre maison d’édition américaine de bandes dessinées. Derrière chaque page, on s’attendrait presque à voir surgir Spider-man, Captain America ou les Quatre fantastiques. Après avoir exploré l’univers des « phreakers » (hackers spécialisés dans le piratage des lignes téléphoniques) dans Wizzywig, l’auteur américain signe ici un comic-book ambitieux, souvent drôle mais parfois difficile à suivre tant les références sont nombreuses et la narration soutenue.

On sent bien que cette encyclopédie du rap en BD est l’œuvre d’un homme passionné, qui a grandi et évolué, quasiment en même temps que lui. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il a obtenu en 2015, pour le volume 2, l’un des prix Will Eisner (celui du meilleur travail inspiré de la réalité) qui récompensent chaque année des personnalités de la bande dessinée aux États-Unis. Pour les puristes qui veulent aller à la pêche aux disques référencés par Ed Piskor il existe (eh oui !) une bande-son décapante, à écouter ci-dessous. Du bon son comme on l’aime, à l’ancienne, yo.

Par Bakhti Zouad
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