Le Comte de Monte-Cristo remis au goût du jour

Le Comte de Monte-Cristo, d’après Alexandre Dumas, Ena Moriyama (dessin). Editions Kurokawa, 272 pages, 8,90 euros.

Fidèle à sa volonté de promouvoir les classiques de la littérature européenne, l’éditeur Kurokawa frappe un grand coup en sortant l’adaptation manga du Comte de Monte-Cristo (déjà prépublié au Japon en 2014 dans le magazine Young Animal).

Après Les Misérables, Sherlock et Arsène Lupin, les lecteurs se voient proposer l’une, si ce n’est la plus célèbre histoire de vengeance, celle écrite par l’immense Alexandre Dumas en 1844.
Le one shot est signé Ena Moriyama, une mangaka fascinée (comme tant d’autres) par l’œuvre originale depuis toute petite.

L’histoire commence donc à Marseille en 1815. Promis à un bel avenir, Edmond Dantès, 19 ans, est promu capitaine du navire marchand Le Pharaon par l’armateur Morrel. De retour sur terre après un long voyage en mer et une escale à l’île d’Elbe, il s’apprête à épouser Mercédès la belle catalane. Une vie de bonheur lui tend les bras sauf que le jour de son mariage, il est arrêté et enfermé pour d’obscures raisons au Château d’If. Une prison sombre et humide pour « criminels politiques » que l’on quitte généralement dans un sac de jute lesté de plomb et jeté à l’eau… Abandonné à son sort, l’officier de marine ne cesse de crier à l’injustice, lui qu’on accuse de fomenter un complot bonapartiste à la suite de la découverte d’une mystérieuse lettre écrite par l’« usurpateur » retiré sur l’île d’Elbe. Après plusieurs années d’enfer, Dantès fait connaissance avec un autre prisonnier, le clairvoyant abbé Faria, et finit par comprendre qu’il a été victime d’une terrible trahison. Une machination sans doute ourdie par des amis jaloux, Fernand et Danglars, avec la complicité du substitut du procureur, l’infâme Villefort. La colère et la haine submergent le jeune homme qui parvient à s’évader et à mettre la main sur le fabuleux trésor des Spada dont lui a parlé l’abbé Faria peu avant sa mort. Le candide Dantès bascule et devient le démoniaque et richissime Comte de Monte-Cristo. Débute alors une terrible vengeance pour tous les punir et leur faire payer ses 14 années d’emprisonnement…

Ceux et celles qui ont déjà lu le roman ne trouveront pas de surprises, ni de profondes modifications dans le manga d’Ena Moriyama. L’adaptation se veut la plus fidèle possible. La mangaka l’admet volontiers d’ailleurs : « J’ai écrit et dessiné ce manga en prenant soin de préserver autant que possible l’œuvre originale. Je serai heureuse que ce manga vous incite à lire le roman. »  On retrouve effectivement tous les personnages imaginés par Alexandre Dumas : Dantès/le Comte de Monte-Cristo et Haydée (qui figurent sur une magnifique couverture aux décors digne des Contes des 1000 et une nuit), Mercédès, Villefort, Fernand, etc.

Le premier tour de force a été de faire tenir le récit originel, ô combien complexe et détaillé, dans un seul et unique tome de 12 chapitres totalisant 272 pages. Au Japon, la traduction complète de l’œuvre de Dumas compte ainsi sept volumes. La mangaka avait imaginé, un temps, réaliser une série de sept tomes, avant finalement de se raviser. Et elle a bien fait car le résultat se savoure d’un trait. Certes, il manque des éléments par rapport au récit (comme le devenir de Mercédès) mais globalement tout y est : les débuts à Marseille, la captivité et l’apprentissage qu’il reçoit de l’abbé Faria, la préparation de la vengeance, etc. Ena Moriyama a dû faire des choix (frustrants, on l’imagine) mais l’intrigue et le cheminement imaginés par l’écrivain français sont parfaitement respectés.

On retrouve les thèmes de l’injustice, de l’amour perdu et évidemment celui de la vengeance. Jusqu’où aller pour se venger sans perdre son âme ? La réponse nous parvient lorsqu’Edmond Dantès cause indirectement la mort d’un jeune innocent, Edouard, le fils de Villefort. La scène décrite dans le manga est d’ailleurs particulièrement saisissante. Il faut dire que les dessins, bien servis par un découpage dynamique et soutenu des planches, sont très réussis. Ils mettent en valeur la profondeur des personnages et leurs différentes expressions avec une mention spéciale à la belle orientale Haydée aux postures hypnotiques. On reste figé devant cette scène où la jeune femme fume lascivement le narguilé. On vous recommande le compte twitter de la dessinatrice  pour admirer des inédits.

Par Bakhti Zouad

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