La Révolution française, Ah ça ira ! Ça ira ! Ça ira avec Gregory Jarry et Otto T

Petite Histoire de la révolution française_couvPetite histoire de la révolution française, Gregory Jarry, Otto T. Éditions Flblb, 188 pages, 20 euros.

La France est au bord de l’effondrement, en plein soulèvement populaire. Le président s’est enfui à Berlin, le parlement a voté les pleins pouvoirs à Louis XX, dernier descendant des Bourbons. Faisant son entrée à l’assemblée, celui-ci propose, la violence ayant échoué à faire cesser l’émeute, de jouer la ruse. Et de passer en revue les principaux épisodes de la révolution française pour déduire la marche à suivre afin de « transformer celle qui se lève en pétard mouillé, comme auparavant en mai 68, comme lors de la commune de 1871, comme en 1848 ou en 1830 » ou « comme lors de cette révolution de 1789 où nos ancêtres ont sauvé l’essentiel tout en laissant croire au peuple qu’il était, ne riez pas, libre et souverain... »

C’est parti donc pour une leçon d’histoire et de cynisme. Mais l’histoire ne bégaie pas toujours, elle peut même prendre une dimension impossible à maîtriser, quand ceux d’en bas ne veulent pas et quand ceux d’en haut ne peuvent pas, comme disait Lénine…

Des sans-culottes à l’assaut de l’Arche de la Défense, en couverture ; un carrosse croisant un TGV en page de garde. L’entame de cette Petite histoire décrit bien le double propos de l’ouvrage. Uchronie et récit historique détaillé, cet album se propose donc de conter en parallèle l’histoire de la révolution de 1789 (et même l’histoire française depuis 1789) et celle de la révolution à venir, d’essence plus libertaire et anarchiste, à base de communes autonomes, de recyclage et de réappropriation des moyens de production.

Le principe de lecture est à la hauteur de l’originalité du propos, mais demeure très lisible : dans un format à l’italienne un récitatif en haut de page narre le récit détaillé du processus révolutionnaire depuis l’aube de celui-ci début 1789 ; en dessous, un dessin ou plus souvent un strip, dans un style minimaliste, évoque le déroulement de la révolution à venir, avec un parallélisme subtil dans les situations présentées à deux siècles de distance. Le procédé permet donc de lire l’un ou l’autre des récits successivement, mais la lecture simultanée des deux époques est bien sûr la plus stimulante.

Ne cachant pas leur sympathie pour un tel mouvement, Jarry et Otto T dépassent aussi une vision caricaturale de la révolution française, popularisée depuis une trentaine d’année – et notamment la diabolisation de Robespierre. On aura ainsi rarement lu une évocation aussi pédagogique du processus révolutionnaire, dans son évolution historique et sa succession de causes et de conséquences, justement. Le tout relaté dans un style alerte et plaisant et non dénué d’humour. La partie contemporaine – qui partage ses mêmes atouts narratifs  – apparaît, bien sûr, forcément plus floue. Mais pas moins incisive sur certains aspects. Plus cool et écologiste, elle se déploie dans l’esprit de l’utopie décrite par l’incontournable l’an 01 de Gébé. Une forme de révolution qui n’oublierait pas de lier rêve et évolution. Et l’on saisit bien que les raisons qui ont provoqué la révolution voilà 200 ans sont encore là, pour les deux auteurs. De quoi justifier cette autre « rêvolution » à venir. Et là aussi, ça ira ! Ça ira !

Petite histoire de la révolution française_planche

2 réflexions au sujet de « La Révolution française, Ah ça ira ! Ça ira ! Ça ira avec Gregory Jarry et Otto T »

  1. Merci pour ce chouette article.
    Une précision : l’auteur se nomme Grégory Jarry et non Janry…

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