La clé Desonge

Couleurs, Sylvain Escallon. Editions Sarbacane, 144 pages, 18,50 euros.

Voici un album contrasté et intrigant. Comme son prologue montrant une colonne de fourmis qui pensent avoir trouvé un bon chemin pour rejoindre leur fourmilière, un rail immaculé… mais le passage d’un train ne leur laissera aucune chance. Dans ce train, se trouve justement le héros de l’histoire. Un jeune homme, fiévreux, maladif et amnésique se réveille dans un semi-sommeil. En face de lui, un vieil homme se présente. Il se nomme Herman Desonge, il est artiste-peintre et lui explique qu’après la « grande catastrophe », les particuliers viennent suppléer les hôpitaux surchargés ; et qu’il va donc héberger le jeune homme chez lui en échange de menus travaux d’entretien. Pour faire face à ses crises, le jeune homme pourra bénéficier de l’aide d’un médecin, qui lui ouvrira les portes d’une autre perception, révélant son instinct créatif. Mais tout cela n’est peut être pas si désintéressé et généreux que cela…

C’est un récit en forme de conte philosophique et politique que propose ici Sylvain Escallon, après deux adaptations littéraires (toujours chez Sarbacane). Une histoire de manipulation et de contrepied, à l’image d’une promesses de « couleurs » qui s’ouvre par une série de pages… en noir et blanc. La couleur, à travers son potentiel créatif et artistique, est pourtant bien au centre comme moteur et raison d’être d’une intrigue qu’on se gardera donc de révéler. Lesté de symboles, dont certains resteront un brin hermétiques (la porte rouge du médecin, l’étrange clochard qui semble observer le jeune homme…) ce récit haut en couleur livrera bien sa clé – sa clé Desonge, bien sûr – dans une logique de boucle répétitive, finalement moins impressionnante ou fantastique qu’envisagée, mais redoutablement malicieuse et implacable. Ajoutons à cela un joli style graphique qui gère fort bien l’intégration et le rôle des touches de couleurs dans les pages, et qui, par instants, par sa logique absurde et par son usage d’un noir et blanc très contrasté fait aussi songer un peu à Marc-Antoine Mathieu (et c’est un vrai compliment).
Pendant ce temps, les fourmis, elles continuent leur travail inlassable, au profit d’un intérêt qui les dépasse. Le rapport ? On le comprend, avec sa dose d’humour noir, à la fin.

 

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