Gift ±, mortel don de soi

Gift ±, tomes 1 et 2, Yuka Nagate (scénario et dessin). Éditions Komikku, 200 pages, 8,65 euros.

Éloignez les enfants, ils risqueraient de faire des cauchemars ! Thriller palpitant, Gift ± (prononcez « Gift plus minus ») s’adresse à un public plus mature, peut-être à ceux et celles qui se destinent à une carrière de chirurgien, voire plutôt de boucher tant l’hémoglobine coule à flots… Derrière ce mur de sang, se cache pourtant une histoire d’une grande profondeur.

Tokyo, de nos jours. Tamaki Suzuhara semble être une lycéenne introvertie, mais pas tant que ça comme on le constate très vite. La jeune fille est effectivement la seule à tenter de raisonner une camarade de classe suicidaire, prête à faire le grand saut du toit de l’établissement. Rattrapée de justesse après avoir trébuché, la désespérée pense être sauvée mais Tamaki l’expédie sur un arbre situé plusieurs mètres en contrebas. La suicidaire s’en sortira finalement avec une jambe cassée. Sans trahir la moindre émotion, Tamaki explique à sa professeure ne pas avoir eu le choix car « la vie est un présent que nous ont offert les dieux » et qu »il est de notre devoir d’en prendre le plus grand soin« . Voilà pour le prologue…

On comprend vite que Tamaki n’est pas vraiment une lycéenne comme les autres. Imperturbable, la jeune fille fait, en réalité, dans le trafic d’organes avec l’aide de complices. Meurtriers, violeurs, infanticides…, elle choisit ses proies avec parcimonie. Les criminels les plus infâmes passent sous son scalpel pour être disséqués. « Un désassemblage en règle » comme elle aime à le répéter. Il s’agit pour Tamaki de récupérer des organes qui profiteront à des innocents en attente d’une greffe. Une façon pour ces déchets de la société de se rendre enfin utiles, explique-t-elle, alors qu’un ancien flic devenu détective, embauché par un mystérieux médecin, est sur ses traces.

Manga de type seinen, Gift ± est une belle surprise. Si le scénario renvoie à la série américaine Dexter dans laquelle un tueur en série éliminait les criminels, « l’héroïne » fait mieux ici en prélevant leurs organes qui permettront à des innocents de retrouver une nouvelle vie. Contrairement à Dexter qui assouvit des pulsions meurtrières, Tamaki estime qu’en donnant la mort elle sauvera de nombreuses vies. Bien bâti, le scénario pose de sérieuses questions liées à la morale : La fin justifie-t-elle les moyens ? Quelle valeur accorder à la vie d’un criminel ? Ou encore peut-on pardonner l’impardonnable ?

La mangaka Yuka Nagate se plaît à placer le lecteur devant des choix que toute morale désapprouverait mais c’est justement là son intention !
Pas vraiment novice (elle a notamment dessiné l’un des spin off – La légende de Toki – de la formidable saga Hokuto no Ken), Yuka Nagate développe une histoire prenante, parfois dérangeante mais qui nourrit la réflexion sur ce que l’on considère morale ou pas.
Graphiquement, elle réalise un travail remarquable.
La lourdeur de l’atmosphère et la gravité de certaines situations comme les fameuses dissections sont très réussies… Le réalisme des dessins peut ne pas laisser de marbre mais il sert parfaitement l’histoire et sa dramaturgie. Un titre a découvrir même s’il prend véritablement aux tripes.

Par Bakhti Zouad

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