Ornithomaniacs, drôle d’oiseau

Ornithomaniacs, Daria Schmitt. Editions Casterman, 104 pages, 25 euros.

Niniche est une jeune fille d’aujourd’hui, toujours accrochée à son portable où elle converse avec son amie Tina. Mais elle n’est pas une jeune fille comme les autres: elle a une petite paire d’ailes dans le dos. Mutation génétique, difformité, ou signe d’une double nature, cette particularité rend sa mère hystérique, prête à saisir les médias et la presse people pour faire reconnaître ce cas unique. Sur les conseils de Tina, Niniche se décide à aller dans une clinique, avant de tomber dans une étrange torpeur, et de rejoindre un étrange château. Là, dans la maison-volière de l’effrayant « oiseleur », elle se voit accueilli par Icare (à la tête squelettique), le professeur Balaeniceps rex (oiseau anthropomorphe) et devient familière avec un oiseau-chat qui, tous, vont tenter de lui faire prendre conscience de sa vraie nature…

Drôle d’oiseau que cette Niniche. Et étrange album qui ne se prête pas facilement à la critique binaire. Ainsi que notre jeune Président Emmanuel Macron en a popularisé la formule, Ornithomaniacs est donc « en même temps » bizarre et fascinant, beau et repoussant. Et il donne autant envie de s’y replonger que de vite le refermer.

Telle Alice basculant au pays des Merveilles ou Dorothy découvrant le pays d’Oz, Niniche se meut avec un grand naturel dans cet univers parallèle de la maison-volière, dans lequel elle paraît basculer en s’endormant, comme Little Nemo.
L’ambiance gothique – juste perturbée par les sonneries intempestives de son portable – dans lequel baigne l’album renvoie aux films de Tim Burton, et le style très architectural aux univers oniriques et obscures des cités du même nom de Schuiten et Peeters, tandis que sa logique alternative et ses bizarreries organiques peuvent rapprocher ce récit du monde de Knife o’clock de Rob Davis. Bref, un univers fantaisiste de haute volée (c’est le cas de le dire ici, avec une singularité aviaire recherchée).
Mais alors que là l’empathie se créait vite avec les personnages des oeuvres citées plus haut, Niniche demeure longtemps hermétique. Faute, sans doute, à une narration trop nonchalante et bavarde où, manifestement, les images ont plus d’importance que le récit. Les pages sont, de fait, très belles, avec un dessin à la plume et au trait qui rappelle avec ses dessins très détaillés emplis de hachures le travail des illustrateurs du début du XXe siècle. Un très beau travail expressionniste (auquel s’ajoute une magnifique sur-couverture – poster à déplier), sur lequel Daria Schmitt a passé trois ans, pour une oeuvre très personnelle. Trop personnelle et ornitho-maniaque, peut-être, pour être pleinement partagée.

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