Dramatique histoire Damour

Jacques Damour, Vincent Henry (scénario), Gaël Henry (dessin). Editions Sarbacane, 144 pages, 19,50 euros.

Après une jolie évocation de l’anarchiste-cambrioleur Alexandre Jacob, Vincent et Gaël Henry se retrouvent de nouveau chez Sarbacane autour d’un autre personnage du tournant du siècle (plutôt campé cette fois dans la fin du XIXe siècle que dans le début du XXe siècle).
Paris, 1880, Emile (Zola ?) se voit éconduit de chez sa maîtresse, Louise de Savigny. Celle-ci vient de retrouver son père, qu’elle croyait mort, qui lui a été ramené par un vieil ami ambigu de ce dernier, Berru. Jacques Damour, ce père disparu donc, était sur le point de se jeter dans la Seine. Il est vrai que sa vie ne semblait plus vouloir lui apporter grand chose.
Tout n’avait pourtant pas si mal commencé. Pauvre, mais heureux, il vivait sa petite vie de ciseleur sur métaux à Ménilmontant, avec son fils Eugène, sa petite « Louise » à la constitution fragile, son épouse Félicie et son ami Berru, un brin pique-assiette aux idées révolutionnaires. Mais tout va basculer lors de la Commune de Paris.
A la fin de celle-ci, déporté en Nouvelle-Calédonie, Jacques Damour va vivre dix ans d’errances, en Amérique ou en Belgique, avant de rentrer dans sa ville où on le croit mort et où sa femme s’est remariée. Choyée par sa fille (devenue la protégée d’un riche comte), son histoire rocambolesque va inspirer aussi Emile…

Après le cambrioleur anarchiste Marius Jacob à l’étonnante vie, c’est un personnage fictif à l’existence également très mouvementée qui est évoqué ici. Issu d’une nouvelle d’Emile Zola, Jacques Damour, ex-communard et bourlingueur malgré lui, se retrouve traité comme une vraie personne ayant inspiré le texte du romancier, lui-même amant de la fille de son « personnage ». Astuce choisie pour mettre en scène le héros malchanceux de l’histoire, cette mise en abyme n’est cependant pas essentielle. Elle illustre cependant un peu le problème de cette adaptation, qui reconstruit le récit en flash-backs.

Si le dessin de Gaël Henry est toujours aussi léger et virevoltant, et la mise en couleur fort réussie, la construction du récit, elle, est un peu lourde et complexe. Surtout pour un personnage qui apparaît aussi falot. Balloté par les événements, manipulé par le lâche Berru, Jacques Damour parvient cependant difficilement à émouvoir ou, seulement, à être attachant. Entre roman d’aventure et mélodrame, son histoire sert surtout de reflet pour l’évocation de ce Paris encore traumatisé par la tragédie de la Commune. Une ambiance fin de siècle qui, elle, a une vraie consistance au fil des 144 pages de ce roman graphique.

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