Dieu est humour
et Winshluss est son prophète

In God we trust, Winshluss, éditions Les Requins marteaux, 104 pages, 25 euros.

Après sa magistrale relecture de Pinocchio, Winshluss s’attaque donc à rien moins que La Bible. Sorti fin novembre, moins ambitieux et plus potache, le résultat n’en reste pas moins très réjouissant. Et de saison en cette période de Noël.

Avant d’être traîné à la messe de minuit, petit exercice de rattrapage, donc, en compagnie de Saint-Franky « patron des amateurs de houblon et de bandes dessinées« , mort en 1283 d’une flèche en pleine tête en défendant le bien le plus précieux de son abbaye (la bière trappiste). Suivons donc la flèche pour revoir les épisodes marquants de l’ancien et nouveau testament, de la Genèse au Jugement dernier, contés en courtes histoires entrecoupées de « pubs » ou autres intermèdes, le tout dans un esprit très sain qu’on saisit vite plus proche de la franche rigolade que de l’image pieuse.

Au début donc, Dieu (ici cyclope barbu blond, à a gros nez, plutôt rondouillard et sympathique) crée le ciel – d’un coup de rouleau de peinture – puis la Terre – en maçonnerie – puis animaux, enfin, après avoir passé la poussière, il créa l »homme et le badminton pour que ce dernier ne s’ennuie pas trop. Par la suite, c’est l’enchaînement bien connu : Adam et Eve sont bannis du Paradis, plus tard Moïse reçoit les 10 commandements (et, ici, l’aide de Conan le Barbare pour vaincre Goliath). Puis c’est la mauvaise blague faite à Abraham de mettre à mort son fils, l’idylle secrète avec Marie qui donne naissance à Jésus (au petit air de famille avec son père), la vie miraculeuse de celui-ci – et une explication très « rationnelle » de l’histoire de sa résurrection, etc. A ces épisodes bien connus – mais pas forcément narrés de cette façon-ci – s’ajoutent quelques autres, comme le dantesque combat de Superman contre la « colère de Dieu ».

Dans la longue liste des parodies ou adaptations de la Bible en bande dessinée, dont les récentes de Crumb ou Geluck, si cette tentative de Winschluss n’atteint pas le niveau – indépassable – de celle de Loup, au début des années 80 chez Dargaud (Au commencement Dieu, avec son créateur en forme de chapeau haut de forme, un rendu en noir et blanc proche de la gravure et sa préface par Pierre Desproges), elle n’en demeure pas moins dans le haut de la pile. Drôle et varié, plus bouffon qu’irrévérencieux et ciblant plus la connerie humaine que la religion, cet album, joliment édité avec sa couverture façon cuir à l’ancienne) se montre joyeusement iconoclaste. Un peu à la manière dont les Monthy Python revisitaient Jésus dans La vie de Brian. Une bonne blague qui se double d’une belle richesse graphique, où Winshluss change de style, passe des gravures à l’aquarelle, du pastel aux parodies de pub rétro à la façon du défunt magazine Ferraille. Ici, Dieu est humour et Winshluss est un prophète doté d’un très bon coup de crayon.

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