Des poilus au poil

poilus alaska-couvLes poilus d’Alaska, tome 1: Moufflot, hiver 1914, Michael Delbosco et Daniel Duhand (scénario), Félix Brune (dessin). Editions Casterman, 66 pages, 13,50 euros.

L’actualité éditoriale liée au centenaire de 1914-1918 est l’occasion, aussi, de mettre en lumière des aspects méconnus de la Grande Guerre. Comme ici avec l’introduction de chiens polaires dans l’armée française !

Tout commence, ici, en novembre 1914. La guerre, débutée depuis trois mois, est désormais stabilisée sur un front qui ne bougera plus guère pendant quatre ans. Dans les Vosges, en plus des Allemands, les troupes françaises doivent faire face au froid et aux difficultés d’approvisionnement, à cause de la neige. Différentes pistes sont envisagées par l’Etat-major (qui subit aussi le poids des lobbys industriels). Parmi celles-ci, le capitaine Moufflot, miraculeusement rescapé du champ de bataille où il avait été laissé pour mort et tout aussi étonnamment échappé de l’hôpital allemand où il était gardé prisonnier, a le projet de ramener plusieurs centaines de chiens de traîneaux d’Alaska. Un territoire et des animaux qu’il connaît bien pour avoir passé quelques années sur place…

Les histoires vraies sont parfois les plus incroyables. Celle de Louis-Joseph Moufflet (devenu Moufflot dans l’album) contée ici par Daniel Duhand dans le dossier qui accompagne le livre, n’est pas mal dans le genre. Histoire d’hommes et d’aventure, interrompue et transfigurée par la guerre. Son illustration et sa mise en images, romancée, lui donne une nouvelle dimension.

Dans ce premier tome, d’exposition, qui se centre sur les personnages principaux de cette étonnante saga, les chiens n’ont pas encore franchi l’Atlantique. Mais le souffle de l’aventure est déjà bien là.

Malgré quelques outrances et des personnages un peu taillés à la serpe (dans le dessin comme dans l’esprit) – ainsi qu’une coquille agaçante en début d’album, quand est évoqué « la » 62e BCA pour parler du 62e bataillon de chasseurs alpins – ces Poilus d’Alaska interpellent incontestablement. Le scénario mêle assez habilement le récit historique, les combats aux fronts et les tractations à l’arrière, tout comme il s’attache à dépeindre la psychologique des personnages. Des personnages d’ailleurs assez antipathiques, avec un capitaine Moufflot certes héroïque mais assez « vieille baderne », son ami Melun veule et magouilleur et un Scotty Howard (l’éleveur de chiens Scotty Allan dans la réalité) passablement inconséquent. Mais, sans manichéisme, ils prennent ainsi du relief et de la chair. Et le lien intrigant évoqué entre les principaux protagonistes, lien qui devrait se préciser dans les albums suivants, fournit aussi une bonne trame narrative. Et donne envie d’en savoir encore plus.

poilus alaska - planche

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