Chroniques guerrières des apaches

Géronimo de Matz et Jef, edition Rue de Sèvres, 120 pages 18 euros

C’est par une tragédie que démarre l’histoire de Géronimo. En 1850, l’armée mexicaine commet un massacre dans un village apache tuant hommes, femmes et enfants. De retour d’un voyage, Goyahkla, l’homme-médecine, découvre le carnage ayant coûté la vie à sa mère, sa femme et son bébé. Depuis le chaman emprunte avec les autres tribus apaches le sentier de la guerre. Impitoyable, il massacre à son tour les Mexicains qu’il croise sur sa route et qui bien malgré eux lui donneront son nom de guerre : Géronimo. Pendant trente ans, il se battra sans relâche et sans pitié contre les Mexicains mais aussi un nouvel ennemi nettement plus puissant et sournois, venu du nord appelés« les yeux clairs ». Cette épopée s’arrêtera en 1886 lors de sa reddition au chef de la jeune nation des Etats-Unis d’Amérique et son exil en Floride. Mais un mythe est né.

Sous la plume de Jef et Matz, auteurs français qui ont déjà exploré le genre du western avec l’album Balles perdues, Géronimo retrace donc la tragédie de la nation apache incarnée par ce chaman devenu grand chef de guerre. Comme dans une fresque hollywodienne, les cases sont découpées de manière cinématographique, en grand format, parfois sur une pleine page, pour restituer avec force les scènes de batailles et les paysages grandioses de l’ouest sauvage. Découpée en quatre chapitres, l’album raconte comment la nation apache a d’abord tenté de résister à l’invasion des colons blancs avant de finir dans l’asservissement le plus total.

Ce n’est pas la première bande dessinée consacrée à ce sujet. En l’espace d’un an, deux autres ont traité cet épisode peu glorieux de la naissance des Etats-Unis d’Amérique sur fond de génocide indien: le très beau roman graphique sorti l’année dernière chez Delcourt Géronimo mémoire d’un résistant apache ou plus récemment Indeh : une histoire des guerres apaches, formidable travail documentaire signé par l’acteur de cinéma Ethan Hawke.
Malheureusement, ici, Géronimo n’apporte pas grand-chose de nouveau.  Le dessin réaliste et minutieux est malheureusement gâché par certains défauts (les traits des visages sont parfois bizarrement distordus et certaines scènes ne méritent pas des pages entières) et le scénario ne s’attache pas suffisamment à explorer le profil psychologique des personnages. On suit avec un certain détachement cette aventure parsemée de scènes de violence qui s’arrêtera avec la reddition du chef apache. L’album s’achève sur l’exil de Géronimo et les derniers apaches en Floride, évoqué trop brièvement sur une page, dont on n’en saura guère plus. Dommage !

Par Ludovic Lascombe

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