« La Cantine de minuit » décroche le prix ACBD Asie 2017

C’est dans le cadre du festival Japan Expo que l’ACBD a décerné ce 7 juillet après-midi son Prix Asie de la Critique ACBD 2017 à  La Cantine de minuit, de Yarô Abe publié aux éditions Le Lézard noir.

A priori, pas de Lézard noir au menu de la Cantine de Minuit, riche pourtant de nombreuses recettes culinaires nippones et d’autant de rencontres humaines. Une menu qui a séduit majoritairement les journalistes et critiques de l’ACBD (dont fait partie l’auteur de ces lignes – pour être tout à fait transparent) qui lui ont accordé leur Prix Asie 2017, qui distingue « une bande dessinée asiatique remarquable parue en français entre juillet 2016 et juin 2017« …

« La cantine de minuit », c’est donc un petit restaurant de Shinjuku, le quartier chaud de Tokyo fréquenté par une faune nocturne bigarrée. Des yakuzas à la strip-teaseuse romantique, des chanteurs sans succès aux salarymen surmenés et autres travailleurs de la nuit, chacun vient y manger, boire quelques verres, mais aussi raconter leur vie et leurs malheurs. La carte est limitée – ne proposant que du tonjiro (une soupe de miso au porc) et du saké – mais le patron pourra préparer tout ce qu’il est en mesure de servir selon le souhait du client. Chacun a donc son plat de prédilection et ses habitudes. Et le plat devient le réceptacle et l’incarnation d’une histoires, contée ici en courts récits qui se suivent et parfois se répondent.

Le dessin de Yarô Abe est aussi minimaliste que la carte de sa « Cantine ». Fin, épuré, il s’inscrit dans une mise en page plutôt contemplative et intimiste, privilégiant les expositions frontales. Plus dans la veine d’un Taniguchi donc que des mangas énervés bondissant dans tous les coins.
Et s’il ne déclenche pas un ravissement immédiat, ce manga séduit par son humanité, cette manière douce d’accomoder les plats et les sentiments. Et c’est aussi une jolie façon de découvrir les plats japonais !

La recette a payé au Japon en tout cas. Avec 7 millions d’exemplaires vendus dans l’archipel, des films et une série, La Cantine de minuit est une oeuvre culte. Publiée en français aux éditions Le Lézard Noir – dans le sens de lecture occidental – elle devrait aussi facilement séduire un large public.

Quatre autres titres étaient en compétition pour ce Prix Asie 2017. Dans des registres très différents, montrant la diversité de l’offre éditoriale.
L’un d’eux, Golden Kamui (ed. Ki-Oon), de Satoru Noda partageait d’ailleurs le goût de la Cantine d’Abe pour les recettes nippones. En l’état, celles plus particulièrement des Aïnous d’Hokkaïdo, peuplade autochtone dont on découvrira la culture à travers leur rencontre avec un super-soldat, dans l’immédiat après guerre russo-japonaise du début du XXe siècle. Ouvrage assez originale, mêlant l’évocation ethnographique à une chasse au trésor hyper-violente, mais au séquençage un brin répétitif.
Autre manière d’aborder l’histoire, celle de Singapour cette fois et l’histoire de la bande dessinée également, Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée (ed. Urban comics) de Sonny Liew est une éclairante biographie d’un pionnier de la BD singapourienne, illustrée de nombreuses illustrations, croquis et peintures de l’artiste. Très bel ouvrage donc, mais sans doute un peu trop singulier et atypique pour prétendre au prix.

Les deux autres titres en lice s’approchaient plus de l’image plus « classique » du manga. Mais avec une vraie singularité quand même.Jojolion (ed.Tonkam/Delcourt) d’Hirohiko Araki, série au long cours, suit le parcours d’un étrange jeune homme coiffé d’un béret de marin, découvert enseveli tout près des « murs aux yeux » qui ont fait leur apparition près de cette ville de Morio, dévastée par un séisme. Etrange ? Et encore, ce n’est rien avec ce qui va suivre, porté aussi par un dessin assez virtuose et très esthétique.
To Your Eternity (ed. Pika) de Yoshitoki Oima, est également passablement barré dans son genre, avec un être immortel qui se retrouve projeté sur terre, en ayant la capacité d’endosser l’apparence des êtres qu’il croise, loup ou jeune homme. Autre forme de récit initiatique qui peut également mériter d’être suivi, comme l’ensemble de ces cinq titres finalistes.

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