Nouvelle cause Commune autour de deux fortes femmes

 

 

 

 

 

 

 

 

Louise Michel, la vierge rouge, Bryan et Mary Talbot, éditions de La librairie Vuibert, 144 pages, 19,90 euros.
Des graines sous la neige, Roland Michon (scénario), Laëtitia Rouxel (dessin), éditions Locus-Solus, 144 pages, 20 euros.

Cent-quarante-six ans après, la Commune de Paris inspire toujours les auteurs de bande dessinée. Singulièrement ses destins féminins. Voilà un an, Wilfrid Lupano et son trio de dessinateurs et dessinatrices révélaient leur jolie trilogie sur des Communardes. Plus récemment, ce sont deux biographies qui remettent à l’honneur deux héroïnes de ce moment d’insurrection populaire fugitif, mais à la très longue traîne…

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La clé Desonge

Couleurs, Sylvain Escallon. Editions Sarbacane, 144 pages, 18,50 euros.

Voici un album contrasté et intrigant. Comme son prologue montrant une colonne de fourmis qui pensent avoir trouvé un bon chemin pour rejoindre leur fourmilière, un rail immaculé… mais le passage d’un train ne leur laissera aucune chance. Dans ce train, se trouve justement le héros de l’histoire. Un jeune homme, fiévreux, maladif et amnésique se réveille dans un semi-sommeil. En face de lui, un vieil homme se présente. Il se nomme Herman Desonge, il est artiste-peintre et lui explique qu’après la « grande catastrophe », les particuliers viennent suppléer les hôpitaux surchargés ; et qu’il va donc héberger le jeune homme chez lui en échange de menus travaux d’entretien. Pour faire face à ses crises, le jeune homme pourra bénéficier de l’aide d’un médecin, qui lui ouvrira les portes d’une autre perception, révélant son instinct créatif. Mais tout cela n’est peut être pas si désintéressé et généreux que cela…

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« Demon » entre dans une nouvelle dimension

Demon, vol.2, Jason Shiga. Editions Cambourakis, 224 pages, 22 euros.

Après le road movies trépidant du tome 1, le rythme se ralentit et tourne presque à l’introspection au début de ce tome 2.
Son identité découverte et ayant découvert sa faculté démoniaque à prendre possession de la personne la plus proche de lui lorsqu’il décède, Jimmy Yee va très scientifiquement tenter d’analyser ses nouveaux pouvoirs (à travers de nouveaux massacres: un musicien, un haltérophile, un peintre – afin de voir s’il récupère les dons innés des victimes, voire même d’un singe, avec la confirmation que la transmutation ne fonctionne qu’entre humains). Un flash-back va également permettre de saisir la raison du hold-up absurde et raté qui a déclenché tout le processus. Et de distinguer le vrai objectif de Jimmy Lee : venger sa famille en tuant le conducteur alcoolique qui est à l’origine de leur mort. Mais l’inspecteur Hunter et ses hommes de l’OSS tendent aussi leur filet, afin de recruter Jimmy pour une dangereuse et primordiale mission d’espionnage. Et de nouvelles révélations (qu’il serait dommage de révéler plus avant pour ne pas se priver de la surprise) vont donner encore une autre dimension à l’histoire…

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Violent cases, la naissance d’un duo magique

Violent cases, Neil Gaiman (scénario), Dave McKean (dessin). Editions Urban comics, 64 pages, 14 euros.

Premier album réalisé ensemble par Neil Gaiman et Dave McKean (en 1987), Violent Cases ressort dans une version soignée. Et présente un incontestable intérêt bibliographique et avant tout graphique.

Le récit, assez court, est un flash-back un peu nébuleux. Le narrateur, jeune adulte, confie un souvenir intime et traumatique de son enfance. Alors qu’il était âgé de 5 ou 6 ans, son père lui cassa accidentellement le bras et l’emmena chez un ostéopathe qui avait eu pour client… Al Capone ! Et le médecin confia ses souvenirs, également traumatiques, du chef de la mafia au jeune garçon…

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Une foi révélée dans la cire

La cire moderne, Vincent Cuvellier (scénario), Max de Radiguès (dessin). Editions Casterman, 160 pages, 16,95 euros.

Et si vous vous retrouviez avec une fabrique de cierges ? Ou plutôt du stock restant, seul héritage d’un vieil oncle. C’est ce qui arrive à Manu, un jeune plutôt adepte de la glandouille, de la fumette et du bon temps avec sa copine Sam. Avec un vieux combi Volkswagen – également hérité – et avec l’appui du frère de Sam, également adepte de la glande festive mais en version plus post-ado chiant, la bande se lance alors dans un road-trip singulier, d’églises en monastères, afin d’écouler son stock. En chemin, Manu va cependant être progressivement transformé par une rencontre très singulière et l’atmosphère apaisée et recueillie des monastères…

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Scout pas toujours prêt

Totem, Nicolas Wouters (scénario), Mikaël Ross (dessin). Editions Sarbacane, 160 pages, 22,50 euros.

Pas sûr que ce gros album serve beaucoup la cause du scoutisme.
Alors que son petit frère, gravement malade,  doit être hospitalisé, Louis, 12 ans, est envoyé dans un camp scout, au fond d’une forêt profonde. Là, il doit se fondre aux rites du groupe, avec ses brimades, ses bagarres entre les « patrouilles » et trouver sa place, jusqu’au grand moment du rite de la « totemisation », cette sorte de bizutage où Louis prendra son identité de scout en découvrant son animalité. Et, en parlant d’animaux, un léopard échappé d’un zoo se balade aussi dans ces bois, faisant peser un danger sur les scouts inconscients…

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Le djihad en double appel

L’appel, Laurent Galandon (scénario), Dominique Mermoux (scénario). Editions Glénat, 128 pages, 17,50 euros.

Le drame des jeunes Français ayant rallié l’Etat islamique et le djihad est devenu une question d’actualité récurrente. Laurent Galadon et Dominique Mermoux avaient anticipé le sujet avec l’Appel

Cécile découvre soudainement que son fils Benoît est parti faire le djihad en Syrie. Cette mère célibataire, infirmière et athée, vivant dans une ville du sud de la France, n’a rien vu venir, s’agissant d’un adolescent sans histoires. Apparemment.
Refusant d’alerter la police, sur les conseils de son ex-compagnon qui s’est retrouvé aussi impliqué malgré lui dans la dérive de Benoît, elle va mener sa propre enquête, interrogeant les amis et l’ex-petite copine de Benoît, fouillant dans l’ordinateur de son fils. Et attendant que celui-ci l’appelle comme il l’a promis.
En redécouvrant ainsi la vie de son fils, elle va apprendre que celui-ci n’a pas supporté l’injustice  d’une « bavure » policière, interpellation musclée qui s’est soldée par la mort de Bilal, l’un de ses amis d’enfance, elle va comprendre également comment Benoît a pu rentrer en contact, via internet, avec un « imam » recruteur, comment il a pu se persuader qu’il fallait aller défendre les « opprimés en Syrie »…

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Une mémoire d’éléphants

Un million d’éléphants, Jean-Luc Cornette (scénario), Vanyda (dessin). Editions Futuropolis, 160 pages, 23 euros.

Avant de basculer dans un régime communiste, le Laos était connu comme le « pays du million d’éléphants et du parasol blanc« . D’où le titre un peu énigmatique de ce roman graphique, qui fait découvrir ce petit pays du sud-est asiatique enclavé entre Vietnam et Thaïlande à travers l’histoire de plusieurs de ses membres. Principalement ceux de la famille de la dessinatrice lilloise Vanyda Savatier, fille de François Savatier, né Thong Lith Phongsavath.

Le récit débute en revanche deux générations auparavant, en 1935, avec une anecdote familiale mythologique, du grand-père de Thong Lith. Agriculteur et chasseur, qui se récitait des formules magiques pour avoir une peau résistante aux dents du tigre, tombé dans son propre piège aux pointes acérées de bambou. Un premier drame et une forme de résilience qui va se poursuivre de générations en générations. Xien Oun, le père de Thong Lith (devenu Virasay dans l’album) est soldat dans la garde royale, combattant avec les Français contre le Viet-Minh mais surtout musicien. Comme tel, il sera envoyé en camp après le renversement du dernier roi, en 1975, libéré après la mort de sa femme, il deviendra moine bouddhiste. Son fils, Soulivanh (Thong Lith ou François, donc) échappera aux purges car il se trouve alors en France, à Saint-Cyr, puis en s’engageant dans la Légion étrangère et bourlinguant de casernes en casernes…

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Les désirs de Monsieur, la force de sa servante

capture-decran-2016-11-06-a-20-08-09Monsieur désire ? Hubert (scénario), Virginie Augustin (dessin). Editions Glénat, 128 pages, 17,50 euros.

Au basculement entre l’Angleterre georgienne, fin de siècle et libertine, et l’austère royaume victorien, l’arrivée d’une humble servante dans la maison d’un jeune lord aux mœurs dissolues va bouleverser la vie de l’un comme de l’autre.

Arrivée de sa campagne, Lisbeth entre comme femme de chambre dans la maison de lord Edouard. Avec ce que la pression sociale et la rigueur de classes impose comme effacement. Mais progressivement, la servante va devenir malgré elle la confidente de l’aristocrate raffiné mais dévergondé. Par son mutisme, sa capacité empathique à supporter les excès et les provocations de son maître, une étrange relation va se nouer entre eux. Et Edouard va en arriver à raconter sa vie, provoquant la jalousie et l’offuscation de toute le petit personnel, jusqu’à une manipulation dont Lisbeth sera victime…

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Inventivité démoniaque

demon_couv-600x803Demon vol. 1 de Jason Shiga, éd. Cambourakis, 176 p., environ 22 euros. Le volume 2 est prévu pour mars 2017.

Pour une fois, la lecture de la préface s’impose. D’une part car elle est signée par l’auteur lui-même. D’autre part car elle permet une immersion plus en douceur dans un univers quand même particulièrement barré.

Avec humour, Jason Shiga souligne donc que « Depuis le suicide de la page première page jusqu’à l’apothéose en bain de sang, 4 pages plus loin, Demon se veut un hommage joyeux à toutes ces publications bien divertissantes et bien trash qui jonchent le sol de notre enfance. » Et l’auteur de BookHunter et Vanille ou chocolat ? avoue avoir réalisé là un vieux rêve : « celui de franchir les limites de la décence et du bon goût à toutes les pages. »

Une fois ainsi « averti », et s’attendant à tout, il est possible de plonger avec Jimmy Yee, le malheureux héros de cette singulière histoire. Désespéré depuis l’accident de la route qui tua sa fille et sa femme, puis un braquage raté et sanglant, il cherche à mourir. Mais alors qu’il se pend, dans le premier motel qu’il trouve sur sa route… il a la surprise de se réveiller dans sa chambre le lendemain ! Pas convaincu par cette « deuxième chance », il se re-suicide alors en se coupant les veines dans une baignoire emplie d’eau. Avec le même résultat. Overdose de médicaments, balle en pleine tête, quelle que soit la tentative le résultat est le même. Ou presque. Il faudra que Jimmy se projette sous les roues d’un poids-lourd et se réveille dans un lit d’hôpital cette fois, pour qu’il commence à entrevoir le phénomène dont il est victime…

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