Une soeur : toute première fois

Une soeur, Bastien Vivès. Editions Casterman, 212 pages, 20 euros.

Six ans après Polina qui retraçait le parcours difficile d’une jeune fille pour devenir danseuse étoile, Bastien Vivès revient avec Une sœur, un roman graphique au titre ambigu.

Si à première vue le lecteur pense se plonger dans une simple histoire de fratrie, il n’en est rien ou presque ! Il s’agit ici surtout des premiers émois d’un jeune adolescent découvrant la sexualité avec une fille plus âgée que lui.
Ce jeune adolescent c’est Antoine, le narrateur qui tous les ans va passer l’été avec son frère et ses parents dans la maison familiale de l’île aux Moines en Bretagne.
Les journées estivales s’écoulent paisiblement entre la plage, la pêche aux crabes et le dessin. Des journées au programme répétitif mais tout aussi rassurant.
Cette douce tranquillité prend fin quand Sylvie une amie des parents, venue se reposer après avoir subi une fausse couche, arrive accompagnée de sa fille, Hélène âgée de 16 ans, au corps de jeune femme déjà bien affirmé.

Avec elle, pouvant passer pour sa grande sœur, comme le font remarquer certains de leurs amis, Antoine va connaître ses premières fois : l’amour, l’alcool et la cigarette…

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Une histoire bien brodée

Black Project, Gareth Brookes. Editions La Boîte à bulles,

Richard, adolescent solitaire, raconte dans ce roman graphique atypique en forme de journal intime ses histoires avec ses petites amies. Laura, Charlotte, Mélissa, Jessica. Histoires trop vite avortées, souvent. L’une finit déchiquetée par des souris, l’autre outragée par des soûlards, une autre encore est brûlée au milieu du collège.

Il est vrai qu’à défaut d’amis, Richard ne manque pas d’imagination pour construire lui-même ses « copines », avec du papier mâché, des ballons, de la laine, du polystyrène. Chacune d’elle étant le fait d’un bricolage à chaque fois plus sophistiqué. Et il lui faut aussi trouver des astuces pour cacher ses créations, dans l’angoisse de les voir découvertes par ses parents. Une découverte fascinante, chez un copain chez qui sa mère l’a traîné va enclencher un autre drame…

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Du grand cinéma

Du cinéma pour le dessert, Rémi Lucas. Editions FLBLB, 136 pages, 15 euros.

Un couple (dont l’auteur du livre) et ses deux jeunes enfants marchent dans la rue. Et voilà qu’ils croisent des personnes qui leur font songer à Fritz Lang, à Alfred Hitchcock, Luis Bunuel. Et finalement Rémi Lucas se cogne contre… Rémi Lucas jeune, tout excité d’avoir vu passer ses réalisateurs préférés… « Luc Besson et Steven Spielberg » ! Emoi choqué du Rémi Lucas adulte et début d’une introspection à la fois amusée et érudite sur l’évolution de ses goûts en matière cinématographique qui va le voir se confronter avec plusieurs autres de ses « moi ».

Au fil des pages et des réflexions, on va croiser des films et des auteurs célèbres, mais aussi d’autres figures ou d’autres longs-métrages moins connus, comme Boris Kaufman, chef-opérateur de Jean Vigo et frère de Dziga Vertov, John Ford, Richard Fleisher ou Phantom of Paradise de Brian de Palma. A noter encore un chapitre assez hilarant sur la traduction des titres de films américains ou une évocation plus sensible et autobiographique sur sa découverte du cinéma, à travers la salle de quartier, à Lamballe, dont ses parents étaient concierges…

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La vie de Pedro Atias avec mode d’emploi

Là où se termine la terre, Chili 1948-1970, Désirée et Alain Frappier. Editions Steinkis, 256 pages, 20 euros.

Là où se termine le Chili d’Allende et s’est brisée aussi en partie la vie de Pedro Atias. C’est à travers ses souvenirs d’exilé que se découvre l’existence de ce comédien de théâtre et fils d’un grand romancier chilien proche de Salvador Allende, de sa naissance en 1948 donc à son départ en France en 1970.
À travers son enfance et son adolescence, le bouillonnement d’un quart de siècle d’histoire chilienne ressurgit aussi, rythmé par la Guerre froide, la révolution cubaine et les espoirs qui accompagnent l’élection de Salvador Allende.

Une tranche de vie évoquée avec tendresse à travers l’évocation sensible d’abord de ses racines familiales: un grand-père parti de Turquie pour découvrir « l’Amrik » et ayant vécu une dure vie de colporteur, un père écrivain qui divorcera de sa mère et restera toujours une présence un peu fantasque mais présente ; une existence suivie également chronologiquement à travers les anecdotes d’enfance et les turbulences scolaires à l’Alliance française, une première émancipation adolescente avec un voyage sac à dos jusqu’aux confins de la Patagonie et une confrontation avec la réalité contrastée du pays (une expérience qui fait songer, avec plus de modestie, au voyage en moto de Che Guevara à travers l’Amérique du sud). Une vie marquée par les séismes ayant marqué le pays, vrai tremblement de terre qui aura eu des conséquences sur la destinée familiale, choc sportif avec la Coupe du monde de football de 1962 ou bouleversements politiques avec l’évolution politique du pays et de la planète dans les années 60, jusqu’à l’année révolutionnaire de 1968 (qui ne fut pas, loin de là, que française)…

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Il était une fois dans l’Est, Denis Robert

Grand Est, Denis Robert (scénario), Frank Biancarelli (dessin). Editions Dargaud,152 pages, 22 euros.

Denis Robert n’est pas qu’un journaliste d’investigation tenace. Ecrivain, peintre, réalisateur de documentaires, il est également scénariste de bandes dessinées. Comme ici avec un récit autobiographique romancé, adaptation d’un de ses livres.

Venant de retrouver ses points après un stage de conduite, sa femme à New-York pour y installer l’une de leurs filles, Denis Robert se retrouve avec son fils de 7 ans. Profitant de l’occasion, il l’emmène alors dans sa vieille Jaguar dans une balade dans la région, lui préparant une balade touristique,  entre la Montagne des Singes, au pied du château de Kintzheim en Alsace et une vieille mine transformée en musée, avec des étapes chez des amis ou en famille. Occasion aussi de se remémorer des souvenirs d’enfance, de ses débuts dans le journalisme lors de la grève des mineurs de 1983 ou l’affaire Gregory et de voir le changement dans ses lieux qui lui étaient jadis familiers…

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Nouvelle cause Commune autour de deux fortes femmes

 

 

 

 

 

 

 

 

Louise Michel, la vierge rouge, Bryan et Mary Talbot, éditions de La librairie Vuibert, 144 pages, 19,90 euros.
Des graines sous la neige, Roland Michon (scénario), Laëtitia Rouxel (dessin), éditions Locus-Solus, 144 pages, 20 euros.

Cent-quarante-six ans après, la Commune de Paris inspire toujours les auteurs de bande dessinée. Singulièrement ses destins féminins. Voilà un an, Wilfrid Lupano et son trio de dessinateurs et dessinatrices révélaient leur jolie trilogie sur des Communardes. Plus récemment, ce sont deux biographies qui remettent à l’honneur deux héroïnes de ce moment d’insurrection populaire fugitif, mais à la très longue traîne…

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La clé Desonge

Couleurs, Sylvain Escallon. Editions Sarbacane, 144 pages, 18,50 euros.

Voici un album contrasté et intrigant. Comme son prologue montrant une colonne de fourmis qui pensent avoir trouvé un bon chemin pour rejoindre leur fourmilière, un rail immaculé… mais le passage d’un train ne leur laissera aucune chance. Dans ce train, se trouve justement le héros de l’histoire. Un jeune homme, fiévreux, maladif et amnésique se réveille dans un semi-sommeil. En face de lui, un vieil homme se présente. Il se nomme Herman Desonge, il est artiste-peintre et lui explique qu’après la « grande catastrophe », les particuliers viennent suppléer les hôpitaux surchargés ; et qu’il va donc héberger le jeune homme chez lui en échange de menus travaux d’entretien. Pour faire face à ses crises, le jeune homme pourra bénéficier de l’aide d’un médecin, qui lui ouvrira les portes d’une autre perception, révélant son instinct créatif. Mais tout cela n’est peut être pas si désintéressé et généreux que cela…

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« Demon » entre dans une nouvelle dimension

Demon, vol.2, Jason Shiga. Editions Cambourakis, 224 pages, 22 euros.

Après le road movies trépidant du tome 1, le rythme se ralentit et tourne presque à l’introspection au début de ce tome 2.
Son identité découverte et ayant découvert sa faculté démoniaque à prendre possession de la personne la plus proche de lui lorsqu’il décède, Jimmy Yee va très scientifiquement tenter d’analyser ses nouveaux pouvoirs (à travers de nouveaux massacres: un musicien, un haltérophile, un peintre – afin de voir s’il récupère les dons innés des victimes, voire même d’un singe, avec la confirmation que la transmutation ne fonctionne qu’entre humains). Un flash-back va également permettre de saisir la raison du hold-up absurde et raté qui a déclenché tout le processus. Et de distinguer le vrai objectif de Jimmy Lee : venger sa famille en tuant le conducteur alcoolique qui est à l’origine de leur mort. Mais l’inspecteur Hunter et ses hommes de l’OSS tendent aussi leur filet, afin de recruter Jimmy pour une dangereuse et primordiale mission d’espionnage. Et de nouvelles révélations (qu’il serait dommage de révéler plus avant pour ne pas se priver de la surprise) vont donner encore une autre dimension à l’histoire…

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Violent cases, la naissance d’un duo magique

Violent cases, Neil Gaiman (scénario), Dave McKean (dessin). Editions Urban comics, 64 pages, 14 euros.

Premier album réalisé ensemble par Neil Gaiman et Dave McKean (en 1987), Violent Cases ressort dans une version soignée. Et présente un incontestable intérêt bibliographique et avant tout graphique.

Le récit, assez court, est un flash-back un peu nébuleux. Le narrateur, jeune adulte, confie un souvenir intime et traumatique de son enfance. Alors qu’il était âgé de 5 ou 6 ans, son père lui cassa accidentellement le bras et l’emmena chez un ostéopathe qui avait eu pour client… Al Capone ! Et le médecin confia ses souvenirs, également traumatiques, du chef de la mafia au jeune garçon…

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Une foi révélée dans la cire

La cire moderne, Vincent Cuvellier (scénario), Max de Radiguès (dessin). Editions Casterman, 160 pages, 16,95 euros.

Et si vous vous retrouviez avec une fabrique de cierges ? Ou plutôt du stock restant, seul héritage d’un vieil oncle. C’est ce qui arrive à Manu, un jeune plutôt adepte de la glandouille, de la fumette et du bon temps avec sa copine Sam. Avec un vieux combi Volkswagen – également hérité – et avec l’appui du frère de Sam, également adepte de la glande festive mais en version plus post-ado chiant, la bande se lance alors dans un road-trip singulier, d’églises en monastères, afin d’écouler son stock. En chemin, Manu va cependant être progressivement transformé par une rencontre très singulière et l’atmosphère apaisée et recueillie des monastères…

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