Leur compte (bancaire) est bon avec Prado

Proies faciles, Miguelanxo Prado. Editions Rue de Sèvres, 96 pages, 18 euros.

Au printemps 2014, dans une Espagne toujours marquée par la crise, c’est une étrange affaire que vont avoir à démêler l’inspectrice Olga Tabares et son adjoint Carlos Sotillo. Une série de décès suspects est constatée dans cette grande ville balnéaire de Galice: un commercial, célibataire, est retrouvé décédé à son domicile, la directrice d’une agence bancaire s’effondre sans vie dans un bar. Puis l’ex-président de la CaixatAtlantica est retrouvé mort sur une plage et une contrôleuse financière meurt à son bureau… Et la série noire continue, laissant entrevoir un tueur en série, voire une action terroriste.

Aucun ne se connaissait, mais tous semblent avoir été empoisonnés. Et tous ont comme point commun de travailler dans le secteur bancaire. Et cette série morbide pourrait bien aussi être en lien avec le suicide d’un couple de personnes âgées survenue l’automne précédent…

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Maria de tous les seins… Pin up and down

Star fuckers, tome 1: la belle et les bêtes, Alcante et Gihef (scénario), Dylan Teague (dessin). Editions Kennes, 48 pages, 14,95 euros.

Maria Furia est une jeune et jolie « dos mouillé », ces immigrés mexicains clandestins qui franchissent à la nage le Rio Grande pour tenter leur chance et chercher une meilleure vie aux Etats-Unis. Quelques mois plus tard, le conte de fée de la jeune femme est sur le point d’être atteint. Ou presque.

Loin de son rêve fantasmatique d’être épousée par le brillant acteur Hugh Gates, Maria a échoué dans un club de strip-tease qui lui assure une survie passablement glauque. Elle finira par rencontrer le bel acteur hollywoodien, mais pas franchement comme elle l’espérait. Aidée par un ex-paparazzi vitriolé, elle commencera à nourrir sa vengeance et à entamer sa montée vers les étoiles…

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Le Sherlock 2.0 cathodique sur les planches

Sherlock, une étude en rose, Steven Moffat et Mark Gatiss (scénario), « Jay. » (dessin). Editions Kurokawa, 212 pages, 12,60 euros.

Empruntez le rocking chair « so british » de votre grand-tante, dénichez une bonne bouteille de brandy, accompagnée de savoureuses confiseries anglaises, et vous voilà paré à entamer la lecture de Sherlock, une étude en rose. Rassurez-vous, un canapé ou un simple siège peuvent suffire aussi !

Que dire de cette énième bande dessinée consacrée au plus célèbre des détectives ? Qu’elle n’est pas tout à fait comme les précédentes car ce manga, écrit par Steven Moffat et Mark Gatiss et dessiné par « Jay. » n’est autre que la fidèle adaptation de la série britannique éponyme diffusée sur France télévision. Et il vaut le détour. Tout d’abord, parce qu’une fois n’est pas coutume, l’histoire ne se déroule pas à l’époque victorienne comme c’est le cas dans les romans de Sir Arthur Conan Doyle, mais à une période plus contemporaine où smartphones et ordinateurs portables côtoient patchs anti-tabac et autres objets modernes. De quoi titiller la curiosité.
Que les fans de la première heure se rassurent tout de même, l’inspecteur Lestrade et la logeuse Mme Hudson (qui n’est « pas la bonne ! ») sont toujours là. On voit même pointer le bout du nez de l’infâme professeur Moriarty.

Quant à l’intrigue, elle se déroule à nouveau  à Londres, théâtre d’une série de suicides suspects. A chaque fois, les victimes ont volontairement ingéré une gélule empoisonnée. Des gestes inexplicables, dénués de toute logique, pour leurs proches et Scotland Yard dont l’enquête patine, pour ne pas changer…

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Juan Diaz Canales au fil de l’eau et au dessin aussi

au-fil-de-leau_couvAu fil de l’eau, Juan Diaz Canales. Editions Rue de Sèvres, 108 pages, 17 euros.

Scénariste à succès de la série Blacksad et « repreneur » de Corto Maltese, Juan Dias Canales revient dans l’actualité en cette rentrée de façon doublement surprenante: en auteur complet et avec un récit réaliste intimiste dans l’Espagne contemporaine.

A Madrid, comme partout ailleurs dans le pays, la crise a laissé des traces. Même les retraités doivent trouver des plans pour s’en sortir. Niceto, 80 ans bien tassés et ses vieux copains se sont fait vendeurs à la sauvette, au grand dam de son petit-fils Alvaro, policier, qui tente d’éviter que son propre père, médecin légiste, soit au courant des arrestations de l’aïeul. La situation se complique quand les amis de Niceto se mettent à mourir dans des conditions suspectes. Et c’est bientôt au tour de Niceto de disparaître. Parce qu’il en savait trop sur un secret devenant trop pesant pour lui ?

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En couleurs mais toujours noir

black dog_Loustal_plancheBlack Dog, Jean-Claude Götting (scénario), Jacques Loustal (dessin). Editions Casterman, 88 pages, 18 euros.

Un roman très noir dans un ambiance très colorée. C’est le paradoxe de ce « remake » d’un polar (en noir et blanc) de Jean-Claude Götting réadapté par son auteur avec et pour Jacques Loustal.

Tous les ingrédients du polar sont réunis, dans une Amérique ensoleillée, ambiance Côte ouest, années 70. Un immigré polonais qui vient injustement de se faire virer par son patron garagiste, après une expérience humiliante dans un restaurant chinois répond à la sollicitation d’un chef mafieux, qui lui propose de descendre un témoin gênant pour lui. Mais sa maladresse et sa trop grande proximité avec l’épouse délaissée du mafieux vont lui être fatals. Début d’un engrenage implacable…

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Greg Blondin et Dominique Zay : « Philippine Lomar, c’est Philip Marlowe en détective collégienne »

Les éditions amiénoises de la Gouttière publient leur premier album d’auteurs du coin. Et donnent vie du même coup à une nouvelle héroïne amiénoise : Philippine Lomar.

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Greg Blondin et Dominique Zay, lors des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, début juin 2016.

Philippine Lomar, t.1: Scélérats qui rackettent, Greg Blondin, Dominique Zay. Editions de La Gouttière, 48 pages, 12,70 euros.

Détective… et collégienne, Philippine Lomar va se retrouver confrontée – dans le premier volume de ses aventures, qui paraît aujourd’hui – à une histoire sordide de racket… qui pourrait bien cacher de plus grands méfaits. Derrière ses grands yeux et sa chevelure rousse, l’ado ne manque ni d’astuce, ni de caractère.

On aura noté, dans le nom de l’héroïne, comme dans le titre de cette première aventure le goût des jeux de mots – et du jeu avec les mots – de Dominique Zay. Plus largement, les dialogues sont également bien enlevés. Côté dessin, on retrouve le style rond de Greg Blondin, plus poussé encore vers la caricature (comme celle du duo de méchants). Et lui aussi fait dans le clin d’oeil (avec une infirmière scolaire sosie de la Mademoiselle Jeanne de Gaston Lagaffe). Mais derrière la légèreté du style, le ton et le fond sont aussi graves. Et l’approche du racket est bien plus réaliste ; à l’image des décors amiénois très fidèlement reproduits.

Enjouée et dynamique, Philippine Lomar fait une arrivée plutôt réussie dans le monde de la bande dessinée.

Rencontre avec Greg Blondin et Dominique Zay qui, respectivement au dessin et au scénario, ont créé cette très dynamique héroïne…

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Mauvaise fortune, bon coeur

Comment faire fortune en juin 40_couvComment faire fortune en juin 40 ? Xavier Dorison et Fabien Nury (scénario), Laurent Astier (dessin). Editions Casterman, 120 pages, 18,95 euros.

L’album est certes sorti en septembre dernier. Mais les 21e Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, qui lui consacrent une expo lui redonnent une certaine actualité. Et le plaisir pris à lire cet album vaut d’être partagé, même avec un peu de retard.

Juin 1940, en pleine débâcle, une bande de malfaiteurs apprend qu’un ultime convoi de la banque de France va convoyer entre Paris et Bordeaux deux tonnes d’or oubliées dans un de ses coffres. Franck Propp, ancien boxeur et Sambio, caïd de la mafia corse, aidés par Kurtz, l’ex soldat allemand déserteur et la jeune Ninon, l’artiste horlogière spécialiste en explosifs et en ouverture de coffre se lancent dans le braquage. Mais ils ne sont pas seuls sur le coup, le commissaire Chabert, ancien de la crim’ se fait fort lui aussi de suivre le magot (avec des intentions moins patriotiques qu’il ne le laisse paraître). Et sur les routes de l’exode, avec l’avancée allemande, rien ne va se passer comme prévu…

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Barbouze en version originale

L'Original_couvL’Original, Emmanuel Moynot. Editions Casterman, 80 pages, 18 euros.

Quand un vieux barbouze croise le chemin d’une jeune gauchiste, la rencontre est forcément explosive.
Roland Picot, alias « le preux », alias « l’original », a tout de « l’affreux ». Ex-para en Algérie ayant basculé dans l’OAS avant de rejoindre le SAC – gaulliste, certes, mais « meilleure option pour barrer la route aux soviets » – il a ensuite apporté ses services au GAL espagnol et traficote avec les contras nicaraguayens en ce milieu des années 90 (« papy Moynot » explique, en prologue, l’historique de ces mouvements plus ou moins disparus).

Picot se retrouve branché par « Monsieur Henri », un ex frère d’arme passablement pourri, sur un coup tordu : piquer un chargement d’armes que des jeunes révolutionnaires d’extrême gauche vont dérober dans un dépôt des douanes. Mais tout part en vrilles. Le cambriolage vire au carnage, Picot se trouve confronté à une seconde équipe montée par Henri pour récupérer le butin. Et un flic ripou est sur ses traces. Il tente alors une cavale vers sa maison sécurisée dans le sud, embarquant avec lui Audrey, jeune militante rescapée du cambriolage. Poursuivis par la police et par les troupes d’Henri, le vieux porte-flingue d’extrême droite et la jeune gauchiste vont nouer une étrange relation, dans un huis clos crépusculaire et sanglant…

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Courbet, bien droit

Rendez-vous d'onze heures_couvCourbet_couvLe rendez-vous d’onze heures, André Houot. Editions Le Long Bec, 72 pages, 16,50 euros.
Courbet (coll. Les Grands peintres), Fabien Lacaf. Editions Glénat, 56 pages, 14,50 euros.

Quasi simultanément, voilà quelques mois, Gustave Courbet s’est retrouvé au centre de deux albums : l’un consacré à sa vie, l’autre autour de l’une de ses oeuvres majeures, l’Origine du monde. Deux albums complémentaires pour mieux cerner le chef de file de la peinture réaliste, autodidacte, ambitieux, révolté et controversé.

André Houot, spécialisé en bande dessinée historique chez Glénat saisit Courbet à la fin de sa vie, à la Tour-du-Peilz, en Suisse où il s’est réfugié après ses démêlés judiciaires avec l’Etat français. Dans un bar ou il s’adonne à son « charmant » pêché de l’absinthe, un mystérieux jeune visiteur vient l’interroger sur sa vie. C’est parti pour un long flash-back, depuis l’enfance à Ornans, le petit village franc-comtois auquel Courbet restera toujours attaché, puis la découverte de son talent pour le dessin, la montée à Paris et son immersion dans le petit monde artistique de l’époque, ses démêlés artistiques, son insoumission face au pouvoir napoléonien, la fameuse commande de « l’origine du monde » par le collectionneur egyptien Khalil Bey, la Commune et son réquisitoire pour faire abattre la Colonne Vendôme (« … dénuée de toute valeur artistique, qui évoque les conquêtes impériales et blesse nos voisins... ») qui lui vaudra la hargne et les poursuites de Thiers et Mac-Mahon, jusqu’à l’exil suisse et sa dernière interrogation, à la veille de sa mort, le 31 décembre 1877 (« ais-je fait toute cette peinture pour rien ?« ).
Dans la collection sur les « grands peintres » initiée par Glénat, Fabien Lacaf revient donc sur Courbet, en ce centrant sur la période de la peinture et des premiers échos de l’Origine du monde. Pourtant très discrètement exposé dans la salle de bain de Khalil Bey, le tableau semble avoir inspiré un tueur en série, traumatisé par cette peinture et qui tue toutes les femmes légères qui auraient pu être le modèle de l’oeuvre…

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Il s’en passe des choses à Watertown

Watertown_couvWatertown, Jean-Claude Götting, éditions Casterman, 96 pages, 18 euros.

Watertown est une petite ville tranquille, dans l’Amérique des années 60. Mais aujourd’hui Maggie Laeger, l’employée de la boulangerie, a disparu et que son patron, M.Clark est décédé, tué par la planche d’une étagère. Et hier, Maggie avait lâché à Philip Whiting que « demain (elle) ne serai plus là ». Mais ces événements ne paraissent préoccuper personne – et moins encore la police locale. Philip va retrouver Maggie par hasard, deux ans plus tard, dans une autre petite ville où elle porte un autre nom et feint de ne pas le connaître. Alors le terne agent d’assurances va mener l’enquête. Et de tenter de comprendre les motivations de celle en qui il voit une possible meurtrière…

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