C’est fort, Apache !

Apache, Alex W.Inker. Editions Sarbacane, 128 pages, 22,50 euros.

On peut saluer le jury du Prix Polar BD SNCF d’avoir mis en lumière Apache. Et on peut noter l’ouverture d’esprit du prix décerné par une entreprise de transports pour un ouvrage qui se déroule dans le huis-clos d’un bar parisien des années 1920 !

Un bar miteux dans lequel s’arrête, à la nuit tombée, un couple bourgeois atypique: une jolie métisse et son micheton, gros homme acariâtre qui attend avec angoisse les résultats des courses de la « Grande nuit de Longchamp », sur lesquelles il espère toucher le pactole. Délaissée, la jeune femme engage la conversation avec le barman, ex-boxeur qu’un coup trop violent lors d’un match truqué à envoyé au bagne. Arrivera ensuite le chauffeur du couple, antipathique et à l’origine de cet arrêt impromptu pour cause d’incident mécanique. Des rebondissements tragiques viendront révéler les liens noués entre tous les personnages…

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L’été, sexe, alcool et jalousies

L’été en pente douce, Jean-Christophe Chauzy (dessin), Pierre Pelot (scénario). Fluide Glacial, 18,90 euros.

L’été commence bien pour Fane. En l’espace de trois jours, il s’est mis à la colle avec Lilas, une poupée au sex apeal explosif et a hérité de la maison familiale, avec jardin, dans la campagne vosgienne, suite à la disparition soudaine de sa mère. Tout irait donc pour le mieux… Mais Fane n’est pas du genre à vivre les contes de fée. Lui, il serait plutôt héros de roman noirs. Ce colérique impulsif se fâche d’entrée avec ses voisins, des garagistes lorgnant depuis longtemps sur sa maison pour agrandir leur commerce, et doit surtout cohabiter avec un frère, attardé mental « Mo », dont le seul ami est un chat.

Surtout Fane, amputé de plusieurs doigts suite à un accident de jeunesse, est imbibé dans les problèmes et l’alcool. Il ne peut commencer sa journée sans un verre de pastis ou une canette de bière. Il se rêve écrivain de polar, achète une machine à écrire mais ne sait ni taper ni écrire.
Enfin, il ne sait (ou ne peut) avoir une relation sexuelle avec sa superbe compagne, dont la plastique irréprochable assez peu couverte fait l’objet de fantasmes des hommes (et même de certaines femmes) du voisinage. Cette dernière – un esprit d’enfant dans un corps de femme – est éprise de Fane qui l’a « sauvé » – contre « 100 balles et un lapin » – de son ex à la main lourde mais, frustrée sexuellement, trouve du réconfort auprès du frère attardé. Cet été particulièrement caniculaire s’annonce poisseux et torride, annonciateur d’un orage qui risque de tout faire exploser…

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Hippies, hippies, hippies… Une série à la Cool

Jack Cool, tome 1: 1966, Quelques jours avant Jésus-Gris…, Jack Manini (scénariste), Olivier Mangin (dessinateur). Editions Grand Angle / Bamboo, 56 pages, 13,90 euros.

Février 1966 à Détroit (Michigan). Un cadre des usines Cadillac rentré traumatisé du Vietnam – avec notamment un gant perpétuel sur sa main gauche masquant un mal mystérieux – craque. Il quitte sa famille et disparaît. Cinq mois plus tard, il réapparaît méconnaissable à La Honda, en Californie, dans la communauté hippie des « merry pranksters » de Ken Kesey, qui vont  le surnommer « Jésus-Gris ». Il va mettre à profit ses connaissances mécaniques pour réparer l’antique bus des Pranksters et tout le monde va s’engager dans un incroyable voyage sur les routes américaines.
Pendant ce temps, la femme du disparu à mis sur sa piste Jack Cool, un détective new yorkais qui se trouve aussi embauché par l’actrice Jayne Mansfield afin de retrouver sa fille qui vient de fuguer. Deux enquêtes qui vont peut être bien converger vers le bus psychédélique des Pranksters…

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Carrément noir

La Louve, Lorenzo Palloni. Editions Sarbacane, 192 pages, 22 euros.

La « Louve » est une redoutable collecteuse d’argent, se chargeant de récupérer les impayés au profit de son mystérieux patron, prêteur à gages mafieux. Elle a des méthodes radicales: tabassage, menaces, torture, enlèvement et jusqu’au meurtre s’il le faut. Sans émotions, en pro. Androgyne et violente, cette femme, Ginger, est aussi une épouse banale et attentionnée qui rejoint son mari – inconscient de cette double vie – après ses expéditions punitives. Tiraillée entre ces deux univers si lointains, elle va voir cet équilibre se rompre lorsque, justement, sa vie « professionnelle » et sa vie privée vont brutalement entrer en collision. Et une coupable faiblesse va aussi l’entraîner vers sa perte…

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Huis clos d’un été 48 dans le Montana

Montana, 1948, Nicolas Pitz, d’après le roman de Larry Watson. Editions Sarbacane, 128 pages, 19,50 euros.

Dans le Montana, à la frontière avec le Canada, dans l’après Seconde Guerre mondiale, le jeune David Hayden est le fils du sheriff de Mercer County. Il vit avec sa mère, luthérienne fervente et Marie, sa jeune nounou indienne. Et son père n’a rien d’héroïque, à la différence de son frère, Frank, charismatique héros de guerre devenu le médecin de la ville. Mais derrière l’image publique se cache une réalité plus sordide. Frank est soupçonné d’attouchements et d’agressions sur les jeunes indiennes de la réserve toute proche. Et toute la famille va être prise dans une douloureux choix, entre la loyauté familiale et la justice…

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Pigalle, la noire

Les miroirs du crime, tome 1: les tueurs de Pigalle, Noël Simsolo (scénario), Dominique Hé (dessin). Editions Glénat, 48 pages, 13,90 euros.

Novembre 1954. La France sort à peine du piège indochinois et s’apprête à basculer dans le drame algérien. Et les cicatrices de la Seconde Guerre mondiale sont encore bien visibles, comme celles qui amènent Vincent, tout juste débarqué à Marseille depuis Saïgon à dessouder un commissaire – jadis responsable de la dénonciation d’un réseau de résistance. Monté à Paris, Vincent retrouve son frère Guy, gérant de plusieurs cabarets parisiens. Un homme du milieu de la nuit, mais plutôt « intègre », du moins ne faisant pas dans la drogue et la prostitution. Mais une sanglante guerre de territoires se prépare chez les malfrats parisiens. Et les deux frères vont être rapidement impliqués. Le premier mortellement, le second ne devant la vie qu’à un étrange clochard qui prend les balles à sa place. C’est le début d’un combat sans merci avec le boss de Pigalle, Saint-Nappi…

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Leur compte (bancaire) est bon avec Prado

Proies faciles, Miguelanxo Prado. Editions Rue de Sèvres, 96 pages, 18 euros.

Au printemps 2014, dans une Espagne toujours marquée par la crise, c’est une étrange affaire que vont avoir à démêler l’inspectrice Olga Tabares et son adjoint Carlos Sotillo. Une série de décès suspects est constatée dans cette grande ville balnéaire de Galice: un commercial, célibataire, est retrouvé décédé à son domicile, la directrice d’une agence bancaire s’effondre sans vie dans un bar. Puis l’ex-président de la CaixatAtlantica est retrouvé mort sur une plage et une contrôleuse financière meurt à son bureau… Et la série noire continue, laissant entrevoir un tueur en série, voire une action terroriste.

Aucun ne se connaissait, mais tous semblent avoir été empoisonnés. Et tous ont comme point commun de travailler dans le secteur bancaire. Et cette série morbide pourrait bien aussi être en lien avec le suicide d’un couple de personnes âgées survenue l’automne précédent…

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Maria de tous les seins… Pin up and down

Star fuckers, tome 1: la belle et les bêtes, Alcante et Gihef (scénario), Dylan Teague (dessin). Editions Kennes, 48 pages, 14,95 euros.

Maria Furia est une jeune et jolie « dos mouillé », ces immigrés mexicains clandestins qui franchissent à la nage le Rio Grande pour tenter leur chance et chercher une meilleure vie aux Etats-Unis. Quelques mois plus tard, le conte de fée de la jeune femme est sur le point d’être atteint. Ou presque.

Loin de son rêve fantasmatique d’être épousée par le brillant acteur Hugh Gates, Maria a échoué dans un club de strip-tease qui lui assure une survie passablement glauque. Elle finira par rencontrer le bel acteur hollywoodien, mais pas franchement comme elle l’espérait. Aidée par un ex-paparazzi vitriolé, elle commencera à nourrir sa vengeance et à entamer sa montée vers les étoiles…

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Le Sherlock 2.0 cathodique sur les planches

Sherlock, une étude en rose, Steven Moffat et Mark Gatiss (scénario), « Jay. » (dessin). Editions Kurokawa, 212 pages, 12,60 euros.

Empruntez le rocking chair « so british » de votre grand-tante, dénichez une bonne bouteille de brandy, accompagnée de savoureuses confiseries anglaises, et vous voilà paré à entamer la lecture de Sherlock, une étude en rose. Rassurez-vous, un canapé ou un simple siège peuvent suffire aussi !

Que dire de cette énième bande dessinée consacrée au plus célèbre des détectives ? Qu’elle n’est pas tout à fait comme les précédentes car ce manga, écrit par Steven Moffat et Mark Gatiss et dessiné par « Jay. » n’est autre que la fidèle adaptation de la série britannique éponyme diffusée sur France télévision. Et il vaut le détour. Tout d’abord, parce qu’une fois n’est pas coutume, l’histoire ne se déroule pas à l’époque victorienne comme c’est le cas dans les romans de Sir Arthur Conan Doyle, mais à une période plus contemporaine où smartphones et ordinateurs portables côtoient patchs anti-tabac et autres objets modernes. De quoi titiller la curiosité.
Que les fans de la première heure se rassurent tout de même, l’inspecteur Lestrade et la logeuse Mme Hudson (qui n’est « pas la bonne ! ») sont toujours là. On voit même pointer le bout du nez de l’infâme professeur Moriarty.

Quant à l’intrigue, elle se déroule à nouveau  à Londres, théâtre d’une série de suicides suspects. A chaque fois, les victimes ont volontairement ingéré une gélule empoisonnée. Des gestes inexplicables, dénués de toute logique, pour leurs proches et Scotland Yard dont l’enquête patine, pour ne pas changer…

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Juan Diaz Canales au fil de l’eau et au dessin aussi

au-fil-de-leau_couvAu fil de l’eau, Juan Diaz Canales. Editions Rue de Sèvres, 108 pages, 17 euros.

Scénariste à succès de la série Blacksad et « repreneur » de Corto Maltese, Juan Dias Canales revient dans l’actualité en cette rentrée de façon doublement surprenante: en auteur complet et avec un récit réaliste intimiste dans l’Espagne contemporaine.

A Madrid, comme partout ailleurs dans le pays, la crise a laissé des traces. Même les retraités doivent trouver des plans pour s’en sortir. Niceto, 80 ans bien tassés et ses vieux copains se sont fait vendeurs à la sauvette, au grand dam de son petit-fils Alvaro, policier, qui tente d’éviter que son propre père, médecin légiste, soit au courant des arrestations de l’aïeul. La situation se complique quand les amis de Niceto se mettent à mourir dans des conditions suspectes. Et c’est bientôt au tour de Niceto de disparaître. Parce qu’il en savait trop sur un secret devenant trop pesant pour lui ?

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