La bataille de Yashan 1279, touché-coulé

La bataille de Yashan 1279, Bo Lu (scénario et dessin). Éditions Urban China, 270 pages, 19,95 euros.

Bras coupés, gorges tranchés, torses et dos transpercés… Les premières pages de La bataille de Yashan 1279 donnent le ton d’un ouvrage qui donnerait de l’urticaire à tout pacifiste. Il faut dire que le sujet abordé par Bo Lu ne prête pas vraiment à sourire.

Comme pour sa précédente œuvre (La bataille de Shanghai 1937, toujours chez Urban China), l’auteur, qui partage sa vie entre la Suède et la Chine, a choisi de livrer le récit de l’une des plus grandes batailles navales chinoises. Opposant la dynastie Yuan (fondée par Kubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan) et l’ancienne dynastie Song, elle fit des milliers de victimes, civils et militaires, et mis aux prises des centaines si ce n’est des milliers de navires dans le détroit de Yashan. L’histoire se déroule au XIIIe siècle de notre ère. En plein essor, l’empire mongol, dirigé par Kubilaï Khan, a quasiment assimilé l’Empire du milieu. Mais à Yashan, une île située sur le littoral sud, le dernier bastion de l’ancienne dynastie Song résiste tant bien que mal. A sa tête Zhao Bing un empereur âgé de sept ans, entouré de ses fidèles généraux prêts à donner leur vie pour lui…

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Reine d’Égypte, aux origines (pharaoniques) du féminisme

Reine d’Égypte, tome 1, Chie Inudoh (scénario et dessin). Éditions Ki-oon, 200 pages, 7,90 euros.

Après Bride stories, poignante et passionnante fresque sociale ayant pour cadre les majestueuses steppes de la mystérieuse Mongolie du XIXe siècle, les Éditions Ki-oon (dans sa collection Kizuna, pour tout âge) nous plonge cette fois au cœur de l’Égypte antique avec Reine d’Égypte de Chie Inudoh. Un nouveau manga historique et une nouvelle héroïne personnifiée par Hatchepsout, « la première femme dont l’histoire ait gardé le nom », écrivait, au début du XXe siècle, le grand égyptologue et archéologue américain James Henry Breasted. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas Cléopâtre qui est croquée en bande dessinée mais la première reine-pharaon qui vécut au quinzième siècle avant notre ère. Et peut-être bien la première féministe, tant Hatchepsout a dû se battre pour s’imposer comme l’égal de son époux (et demi-frère) Séthi devenu Thoutmosis II. Tous les deux règneront ensemble pendant quelques années jusqu’à la mort de Séthi. Hatchepsout prendra alors, seule, les rênes du pouvoir pendant vingt-deux ans, non sans avoir marqué son époque par un sens aigu de la gouvernance et une appétence pour les constructions tel « Deir el Bahari », un complexe cultuel, près de Louxor, composé de temples et de tombes et dont la particularité est d’avoir été creusé à même la roche sur trois niveaux…

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Man in the window, captivante fenêtre temporelle

Man in the window, tome 1, Masatoki (scenario), Anajiro (dessin). Editions Ki-oon, 216 pages, 7,90 euros.

Après avoir lu le premier tome de Man in the window, vous ne regarderez certainement plus les fenêtres qui vous entourent du même œil. Et si elles s’ouvraient sur votre futur ? C’est le point de départ choisi par le mangaka coréen Masatoki, qui signe ici un thriller temporel haletant, plein de rebondissements.

On suit Shuhei, 17 ans, qui aspire à une carrière de médecin. Très bon élève, le lycéen rêve d’intégrer Todai, la prestigieuse université de Tokyo. Un jour, il reçoit un mot d’Ayaka, une camarade de classe qu’il aime en secret. Ce bout de papier le mène à une ruelle pas franchement accueillante, près d’une librairie. Il est censé taper à la dernière fenêtre de droite. Sceptique au départ (d’autant qu’Ayaka ne semble pas être à l’origine du mot), le timide Shuhei s’exécute. Quelques instants après avoir toqué à cette fenêtre verrouillée, un homme un peu plus âgé lui répond. Etrangement, cet homme au visage balafré semble tout connaître de Shuhei. Et pour cause, il s’agit de son moi âgé de 20 ans…

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Fire Punch, du feu (furieux) sous la glace

Fire Punch, tome 1, scénario et dessin (Tatsuki Fujimoto). Éditions Kazé, 192 pages, 7,99 euros.

Après Riku-Do, la rage aux poings, il y a quelques mois, les Éditions Kazé frappent à nouveau très fort en publiant Fire Punch de Tatsuki Fujimoto. Un seinen d’anticipation, noir et fascinant, loin de l’univers pugilistique mais tout aussi percutant.

Nous sommes à une époque indéterminée, au-delà du XXIIIe siècle de notre ère. Le monde n’est plus qu’un désert de glace après un cataclysme provoqué par une mystérieuse sorcière. La faune et la flore ont quasiment disparu et le peu d’humains restant sont en passe de disparaître, transis par le froid et le manque de nourriture.

Dans cet univers post-apocalyptique, Agni et sa petite sœur Luna font partie de ces élus qui possèdent des pouvoirs surnaturels, en l’occurrence la faculté de se régénérer. Agni, 15 ans, utilise ce don pour nourrir les habitants du village qui l’ont recueilli, lui et sa sœur. L’adolescent « offre », la plupart du temps, un de ses bras, aux habitants pour les sauver de la famine. Un bras coupé généralement à la hache qui se régénère dans la foulée.

Un jour, ce village perdu au milieu de cet enfer blanc reçoit la visite surprise d’hommes armés jusqu’aux dents. Il s’agit de soldats de Behemdorg, l’une des rares cités encore debout. Menés par le chevalier Doma, un élu ayant le pouvoir de brûler n’importe qui et n’importe quoi jusqu’à le réduire en cendres, ils massacrent tous les habitants qu’ils considèrent comme des sauvages, car cannibales. Agni et Luna n’échappent pas aux flammes inextinguibles de Doma. Laissé pour mort, Agni assiste, impuissant, à la disparition de sa sœur…

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Gift ±, mortel don de soi

Gift ±, tomes 1 et 2, Yuka Nagate (scénario et dessin). Éditions Komikku, 200 pages, 8,65 euros.

Éloignez les enfants, ils risqueraient de faire des cauchemars ! Thriller palpitant, Gift ± (prononcez « Gift plus minus ») s’adresse à un public plus mature, peut-être à ceux et celles qui se destinent à une carrière de chirurgien, voire plutôt de boucher tant l’hémoglobine coule à flots… Derrière ce mur de sang, se cache pourtant une histoire d’une grande profondeur.

Tokyo, de nos jours. Tamaki Suzuhara semble être une lycéenne introvertie, mais pas tant que ça comme on le constate très vite. La jeune fille est effectivement la seule à tenter de raisonner une camarade de classe suicidaire, prête à faire le grand saut du toit de l’établissement. Rattrapée de justesse après avoir trébuché, la désespérée pense être sauvée mais Tamaki l’expédie sur un arbre situé plusieurs mètres en contrebas. La suicidaire s’en sortira finalement avec une jambe cassée. Sans trahir la moindre émotion, Tamaki explique à sa professeure ne pas avoir eu le choix car « la vie est un présent que nous ont offert les dieux » et qu »il est de notre devoir d’en prendre le plus grand soin« . Voilà pour le prologue…

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Deathtopia, t’as de beaux yeux, tu sais (et pas que)

Deathtopia, tome 1, Yoshinobu Yamada (scénario et dessin). Editions Soleil – Manga, 192 pages, 7,99 euros.

Quartier Nerima, Tokyo. Kô Fujimura, étudiant de 19 ans, est renversé par une voiture alors qu’il tente d’attraper deux voleurs à la tire qui s’enfuient, juchés sur un scooter. Admis à l’hôpital général Kitakami dans un état grave, il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre. Ses blessures aux yeux et au crâne ne semblent pas opérables mais le jeune homme s’accroche à la vie. L’opération se déroule finalement mieux que prévu sauf que le patient n’est plus vraiment le même.

Doté d’un étrange pouvoir de perception (ce qu’il ignore encore), Kô a le don de voir ceux qui ont « quelque chose en plus ». Complétement déboussolé, il ne sait pas vraiment ce qu’il lui arrive lorsqu’une ravissante infirmière tente de… l’étrangler. Aussi sexy qu’indestructible, la blonde sculpturale lorgne sur ses yeux. Elle en fait une obsession et est à deux doigts de les lui arracher au moment où trois jeunes femmes armées de pistolets font irruption dans l’une des salles de l’hôpital. Trois belles – que l’on a, il faut bien l’avouer, bien du mal à fixer dans les yeux – qui tentent d’élucider d’horribles meurtres commis à travers toute la ville. Sauvé de la collectionneuse d’yeux par ces belles policières, Kô tente de comprendre ce qu’il se passe et découvre que des « monstres » (en réalité des humains ayant le pouvoir de régénération) se livrent à des massacres en toute impunité. Débute alors une enquête sanglante au sein de la brigade spéciale pour remonter jusqu’à eux…

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Golden kamui, rendez-vous en terre Aïnou

Golden kamui, tomes 1 à 3, Satoru Noda (scénario et dessin). Éditions Ki-oon, 196 pages, 7,90 euros.

Commencer à lire Golden kamui de Satoru Noda, c’est s’apprêter à partir en voyage. Un long et beau périple à travers l’île d’Hokkaido, à la rencontre des Aïnous, une ethnie vivant au nord du Japon et à l’est de la Russie. Un dépaysement total mais pas seulement puisqu’il y est aussi question d’Aventure avec un grand A.

L’histoire se déroule au début du XXe siècle, peu de temps après la guerre russo-japonaise. On suit Saichi Sugimoto, un vétéran de l’armée japonaise surnommé «L’Immortel ». Un sobriquet qu’il doit à sa capacité à survivre sur les pires champs de bataille (pour rappel historique, le Japon, bien que vainqueur, a perdu 85 000 hommes contre 71 000 pour l’empire tsariste au cours de ce conflit). Doté d’une grande résistance à la douleur, ce combattant de légende présente un visage et un corps lardés de cicatrices. Un peu perdu à la fin de la guerre, il devient chercheur d’or au fin fond des montages de l’île d’Hokkaido avec un compagnon d’infortune beaucoup plus penché sur la bouteille que sur le tamis ou la pioche. Tourmenté par la mort au combat de son meilleur ami qui a épousé la femme qu’il aime (Umeko), Saichi n’a qu’une obsession : faire fortune et soigner Umeko dont la vue décline. En pleine forêt, son compagnon lui conte alors une drôle d’histoire. Un fabuleux trésor appartenant aux Aïnous, un peuple autochtone vivant en symbiose avec la nature, a été dérobé par un homme sans pitié et…sans-visage. Au total, ce sont 75 kilos d’or qui ont été cachés par le voleur peu de temps après sa capture et son emprisonnement. Les seuls indices menant au butin sont d’énigmatiques tatouages inscrits sur la peau de criminels évadés. Rassemblés, ces tatouages conduiraient au magot. Une « fable » qui se révèle bien réelle…

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Le Comte de Monte-Cristo remis au goût du jour

Le Comte de Monte-Cristo, d’après Alexandre Dumas, Ena Moriyama (dessin). Editions Kurokawa, 272 pages, 8,90 euros.

Fidèle à sa volonté de promouvoir les classiques de la littérature européenne, l’éditeur Kurokawa frappe un grand coup en sortant l’adaptation manga du Comte de Monte-Cristo (déjà prépublié au Japon en 2014 dans le magazine Young Animal).

Après Les Misérables, Sherlock et Arsène Lupin, les lecteurs se voient proposer l’une, si ce n’est la plus célèbre histoire de vengeance, celle écrite par l’immense Alexandre Dumas en 1844.
Le one shot est signé Ena Moriyama, une mangaka fascinée (comme tant d’autres) par l’œuvre originale depuis toute petite.

L’histoire commence donc à Marseille en 1815. Promis à un bel avenir, Edmond Dantès, 19 ans, est promu capitaine du navire marchand Le Pharaon par l’armateur Morrel. De retour sur terre après un long voyage en mer et une escale à l’île d’Elbe, il s’apprête à épouser Mercédès la belle catalane. Une vie de bonheur lui tend les bras sauf que le jour de son mariage, il est arrêté et enfermé pour d’obscures raisons au Château d’If. Une prison sombre et humide pour « criminels politiques » que l’on quitte généralement dans un sac de jute lesté de plomb et jeté à l’eau… Abandonné à son sort, l’officier de marine ne cesse de crier à l’injustice, lui qu’on accuse de fomenter un complot bonapartiste à la suite de la découverte d’une mystérieuse lettre écrite par l’« usurpateur » retiré sur l’île d’Elbe. Après plusieurs années d’enfer, Dantès fait connaissance avec un autre prisonnier, le clairvoyant abbé Faria, et finit par comprendre qu’il a été victime d’une terrible trahison. Une machination sans doute ourdie par des amis jaloux, Fernand et Danglars, avec la complicité du substitut du procureur, l’infâme Villefort. La colère et la haine submergent le jeune homme qui parvient à s’évader et à mettre la main sur le fabuleux trésor des Spada dont lui a parlé l’abbé Faria peu avant sa mort. Le candide Dantès bascule et devient le démoniaque et richissime Comte de Monte-Cristo. Débute alors une terrible vengeance pour tous les punir et leur faire payer ses 14 années d’emprisonnement…

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Black Clover, quand la magie opère

Black Clover, tomes 1 à 4, Yûki Tabata (scénario et dessin). Editions Kazé, 192 pages, 6,79 euros.

Dans un monde où la magie est omniprésente, deux orphelins sont abandonnés le même jour devant une église. Différents l’un de l’autre, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, Asta et Yuno grandissent pourtant avec le même rêve : devenir empereur-mage. Une ambition démesurée, surtout pour Asta, dénué de tout pouvoir magique. Épris de justice, l’adolescent au sang chaud compense par une force physique hors du commun et une volonté à toute épreuve. L’année de ses 15 ans, il rejoint le taureau noir, l’une des compagnies de chevaliers-mages de la cité royale.
Le discret Yuno intègre de son côté celle de l’aube d’or et semble prédestiné à faire de grandes choses au moment où il reçoit le légendaire grimoire du trèfle à quatre feuilles. Comme le premier empereur… Objet de moqueries, Asta repart bredouille de la cérémonie mais continue de croire en son étoile.
Sur le chemin du retour, les compères sont attaqués par un ancien chevalier-mage devenu bandit de grand chemin qui vise le grimoire du trèfle à quatre feuilles. Yuna est dominé, pas Asta qui finit par remporter le combat bien aidé par l’apparition (surnaturelle) d’un grimoire anti-magie. Une rareté. L’aventure peut débuter pour les deux amis et…rivaux. Ils enchaînent les épreuves et multiplient les rencontres lorsqu’un mystérieux groupe lance une attaque sur la cité royale de Clover. À sa tête un nécromancien cruel et revanchard…

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Un garçon à moitié bête et une adaptation pas bête du tout

Le garçon et la bête, tomes 1 à 3, Mamoru Hosada (scénario), Renji Asai (dessin). Éditions Kazé, 192 pages, 8,29 euros.

Gros succès cinématographique dès sa sortie au Japon en 2015, Le garçon et la bête de Mamoru Hosada revient sur le devant de la scène, cette fois couchée sur papier noir et blanc chez Kazé. Une adaptation en quatre volumes de qualité signée Renji Asai, dont les trois premiers tomes sont déjà parus.

On suit Ren, jeune tokyoïte de 9 ans, totalement perdu après la mort de sa mère. Refusant de vive avec sa famille éloignée, il s’enfuit jusqu’à errer, seul en pleine nuit, à Shibuya, l’un des quartiers les plus actifs de la capitale nipponne, connu pour abriter le plus grand carrefour du monde. Au coin d’une rue, il est interpellé par un drôle de personnage vêtu d’une cape. Le visage de cet inconnu est dissimulé sous une capuche mais à première vue, il ne s’agit pas d’un des nombreux « salarymen » en quête de distraction, ni d’un ces satanés rabatteurs de bars qui écument la zone. Recouvert de poils de la tête aux pieds et présentant d’impressionnantes dents aiguisées, ce personnage mystérieux, mi-homme mi-ours, arrive d’un univers parallèle, le royaume des bêtes dit Jûtengai. Dénommé Kumatetsu, il finit par prendre Ren sous son aile qui devient Kyūta. Une nouvelle vie débute pour l’apprenti dans les contrées de Jûtengai qui doit se trouver un nouveau maître…

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