Jésus revient parmi les siens !

Un jour sans Jésus, tome VI/VI, Nicolas Juncker (scénario), Chico Pacheco (dessin). Editions Vents d’Ouest, 48 pages, 11,50 euros.

Fin de cette journée historique du dimanche de Pâques de l’an 33 de ce qui deviendra « après Jésus-Christ ». 18 heures. Le soleil se couche, mais ce n’est pas le cas de tout le monde à Jérusalem. Les Romains ont failli mettre le feu à la ville (ou au moins au magasin de plateaux Outahar), les Saducéens se découvrent pour sceller leur alliance avec Caligula, l’envoyé de Rome. Hérode tente toujours de satisfaire les caprices de Salomé en lui apportant une tête de prophète sur un plateau. Le malentendu et les quiproquos s’enchaînent entre Judas le Galiléen (le zélote voulant toujours fomenter sa révolution) et Judas l’Iscariote (celui qui a donné Jésus aux Romains et s’était pendu) et Judas l’Araméen (à la tête de la Confédération galiléenne du travail, la bien connue CGT). Seul Ponce Pilate retrouve une certaine sérénité, voyant les zélotes matés, Hérode reparti vers son palais, Caïus Caligula de retour vers Rome et des apôtres « que tout le monde aura oublié dans deux mois« . Et, justement, les apôtres vont peut être bien finir par retrouver celui qu’ils ont tant cherché toute la journée…

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Robespierre, Clémenceau, deux façons d’aimer la République

Collection « Ils ont fait l’histoire », éditions Glénat:
Robespierre, Mathieu Gabella (scénario), Hervé Leuwers (conseils historiques), Roberto Meli (dessin). 56 pages, 14,50 euros.
Clemenceau, Renaud Dély (scénario), Jean Garrigues (conseils historiques), Stefano Carloni (dessin), Christophe Regnault (storyboard). 56 pages 14,50 euros.

Deux nouveaux albums marquants dans la collection « Ils ont fait l’Histoire » des édtions Glénat. Et deux personnalités qui ont, incontestablement, marqué l’Histoire de France. Deux personnages controversées. Et deux ardents républicains aussi. Ce qui peut les réunir, au-delà des événements et des périodes historiques qu’ils ont traversé.

On découvre Robespierre en avril 1789, encore avocat à Arras et tout juste élu du Tiers Etat pour les Etats Généraux. Déjà « du côté du peuple », on le retrouve ensuite parmi les Jacobins en 1791, au moment de la fuite du roi à Varennes, on le suit de l’assemblée constituante à la Convention, menant ses combats pour la démocratie ou l’abolition de la peine de mort, le suffrage universel, assumant aussi un régime fort alors que le pays est attaqué à l’extérieur (à la suite d’une guerre voulue par le roi et l’assemblée et qu’il n’approuvait pas, à l’été 1792) et parsemé de troubles intérieurs. Avec Danton et Desmoulins, ses amis, d’abord, puis acceptant la mort de ces « indulgents ». Et ce jusqu’au jour de sa mise en accusation et son renversement, le 9 thermidor (juillet) 1794.

Un siècle plus tard, Clemenceau, donc. Après « l’incorruptible », le « Tigre ». Le lien entre les deux se fait d’ailleurs naturellement, avec la première planche de l’album sur Clemenceau où, en 1856, lors d’une balade à cheval dans la Vendée de son enfance, le père de Georges Clemenceau fait l’éloge de Robespierre à son fils: « Il voulait le bien, la vertu, et ils les voulait trop et trop vite… C’était un idéaliste. Un homme épris de morale et de pureté (…) Toute existence ne prend sens que si elle est, jusqu’au bout, révolte contre l’ordre des choses. Ne l’oublie pas, mon fils ! » Ardent républicain, lui aussi, traversera les tumultes de deux siècles suivants : arrêté sous l’empire de Napoléon III pour les propos de son journal (et sa rencontre avec Auguste Blanqui en prison), maire durant la Commune de Paris (ou il est impressionné par Louise Michel), député sous la jeune IIIe République (où il plaide vainement pour l’amnistie des Communards). En cette fin de XIXe siècle, Clemenceau est alors un radical – au sens premier du terme – situé à l’extrême gauche de la chambre, anticlérical farouche, opposé à la politique coloniale des « opportunistes » Ferry et Gambetta, il dénonce aussi les scandales dans son journal La Justice. D’abord anti-dreyfusard, comme la majorité de l’opinion, il change de position et s’engage avec Zola pour le capitaine Dreyfus. Mais au tournant du siècle, devenu ministre de l’Intérieur, le radical commence à se recentrer. Il s’oppose au socialiste Jaurès et fait charger la troupe contre les mineurs à Courrières, en 1906. Premier épisode, suivi d’autres répressions ouvrières qui donnera cette image à celui qui endosse alors le rôle de Président du Conseil. Revenu de ses opinions sur le peuple qu’il croyait « toujours raisonnable« , très patriote, Clémenceau va marquer pleinement de son empreinte la France durant la Première Guerre mondiale, d’abord comme député vigilant dans l’opposition, puis de nouveau en chef du gouvernement, en novembre 1917, ou il endosse l’épithète de « Père la Victoire »…

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Jeanne d’Arc renaît de ses cendres en Normandie

Jeanne d’Arc, de feu et de sang, Eho (scénario), Paillou (dessin). OREP éditions, 72 pages, 15,50 euros.

30 mai 1431,  en place de Rouen, Jeanne d’Arc est brûlée vive sur le bûcher, accusée d’être hérétique et relapse. Anglais et Bourguignons, avec l’aide de l’évêque de Beauvais, le fameux Cauchon, pensent en avoir fini avec elle. Ils viennent de mettre faire naître une légende avec celle qui, trois ans auparavant à peine est entrée dans l’histoire de France, après avoir vu l’archange Saint-Michel l’exhorter de bouter les Anglais hors de France.
Malgré sa crainte, elle raconte sa vision au seigneur Baudricourt de Vaucouleurs qui, captivé et convaincu, lui accord une escorte pour aller plaider sa cause devant le dauphin de France (le futur Charles VII). Là encore, sa conviction l’emporte et elle se voit confier une troupe pour aller libérer Orléans. Début d’une épopée qui s’achèvera devant Compiègne, où elle est capturée et tombe dans les mains de Jean II de Luxembourg, qui la livrera contre rançon aux Anglais….

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Une pas si drôle de guerre

Une génération française, tome 2 : populations trahies, Thierry Gloris (scénario), Manuel Garcia (dessin). Editions Soleil, Coll. Quadrants, 48 pages, 14,50 euros.

Deuxième destin de cette « génération française » qui va basculer dans la Seconde Guerre mondiale et l’occupation. Après Martin Favre, l’étudiant germanophile d’une famille vaguement socialiste (que l’on recroisera d’ailleurs dans un rôle secondaire ici), place à l’aristocrate empli de la grandeur de la France. Fils d’un colonel héros de la Grande Guerre, Tanguy Brettin d’Arçonet tient à son tour son rang dans la longue lignée militaire familiale. Antirépublicain, avec un père qui cultive le culte du Maréchal Pétain, il est lieutenant de char en ce printemps 1940. Engagé en Belgique pour contrer l’offensive allemande en ce printemps 1940, il se rend progressivement compte de l’impéritie du haut commandement et de sa stratégie obsolète face au blietzkrieg allemand. Des Ardennes à Dunkerque et jusqu’à sa fuite dans le sud, il accompagne la déroute française, que l’on suit en contrepoint du côté du gouvernement Reynaud… Lire la suite

La Mort blanche, sommet du genre sur la Première Guerre mondiale, versant italien

La mort blanche, chronique de la der des ders, Robbie Morrison (scénario), Charlie Adlard (dessin). Editions Delcourt, 96 pages, 15,95 euros.

La venue à Amiens, ce week-end, pour les 22e Rendez-vous de la bande dessinée, de Charlie Adlard, dessinateur-vedette de Walking Dead, donne l’occasion de revenir sur une de ses oeuvres antérieures décisives.
Ce n’est pas tout récent (l’édition originale date de 1998, la réédition de 2014), mais de saison en cette période de centenaire de la Grande Guerre, puisque l’essentiel du récit se déroule durant l’hiver 1916-1917. Implacable et originale, cette histoire est située dans les Alpes italiennes, lors de la bataille du plateau d’Alighieri. Elle suit la guerre d’un soldat italien d’Istrie (territoire austro-hongrois en 1914), Pietro Aquasanta, qui a changé de camp après avoir été fait prisonnier. En butte à un lieutenant obtus et à un chef sanguinaire, Pietro va vivre un vrai cauchemar dans ce théâtre d’opérations si singulier, dans la neige et le brouillard où mêmes les avalanches deviennent des armes meurtrières: « la mort blanche »…

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La Guerre d’Espagne en mode athlétique

Sept athlètes, Kris et Bertrand Galic (scénario), David Morancho (dessin). Editions Delcourt, 64 pages, 15,50 euros.

Juillet 1936, En contrefeux aux jeux olympiques de Berlin, devenus instrument de propagande du régime nazi, la jeune république espagnole organise ses « Olimpiadas populares ». Cinq jeunes athlètes de l’Etoile rouge de Montreuil (qui « brise et passe tous les écueils »…) s’y inscrivent pour représenter la France. Dans le train qui les emmène à Barcelone, ils vont faire la connaissance de Rudi Rosenwald, juif allemand, qui participe à la compétition. Sur place, ils rencontreront un autre athlète étranger, Neil, colosse irlandais, membre de l’IRA et lanceur de poids. Mais la liesse de la fraternisation prolétaire et populaire va être courte. Le jour même de leur arrivée, le 18 juillet 1936, Franco a déclenché son putsch. S’engageant dans la défense de Barcelone, les sept athlètes vont se retrouver intégrés à la colonne de l’anarchiste Durruti. Mais l’un d’eux, le réfugié espagnol Francesco apprend que son village est passé sous la coupe des franquistes. Il décide alors de monter, de son propre chef, une opération-commando avec ses amis…

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Un très bon western au pays de Germinal

Les gueules rouges, Jean-Michel Dupont (scénario), Eddy Vaccaro (dessin). Editions Glénat, 120 pages, 20,50 euros.

A l’été 1905, le cirque de Buffalo Bill vient donner un spectacle à Valenciennes. C’est l’attraction du moment pour toute la population. Et notamment pour Gervais Cottignies, jeune garçon vivant avec ses parents dans une cité minière d’Arenberg. Brillant à l’école, son excellent résultat au Certificat d’études se traduit cependant par une descente à la mine. Son père, respectueux du patron et bon catholique a réussi à le faire entrer à la mine, sans attendre ses 13 ans, afin d’assurer un deuxième salaire à sa famille. Mais l’envie d’aller découvrir les prouesses des indiens et des cavaliers du « Wild West Show » sera la plus forte.

Et ce sera aussi le début aussi d’une aventure forte et incroyable, où il rencontrera et se liera d’amitié avec deux indiens, qui se verront impliqués dans un tragique fait divers qui va bouleverser toute la ville et déclencher une chasse à l’homme digne d’un western sur fond de terrils…

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La guerre de Catherine et celle de Guy-Pierre, deux témoignages émouvants sur 39-45

La guerre de Catherine, Julia Billet (scénario), Claire Fauvel (dessin). Editions Rue de Sèvres, 168 pages, 15 euros.
Ma guerre de La Rochelle à Dachau, Tiburce Ogier, d’après le livre de Guy-Pierre Gautier. Editions Rue de Sèvres, 80 pages, 18 euros.

Les éditions Rue de Sèvres publient en ce printemps deux récits ayant pour cadre la Seconde Guerre mondiale. Deux témoignages et deux regards forts sur deux traversées du conflit. Deux faces d’une même volonté de survie.

Adaptation de son roman, paru à l’Ecole des loisirs, La Guerre de Catherine a un petit côté Un sac de billes. Sauf que le périple, de Sèvres jusqu’aux Pyrénées est celui d’une jeune fille juive et de son appareil photo. En chemin, elle va rencontrer un certain nombre de « justes », paysans ou religieuses, tous dévoués pour la sauver, elle et les autres petits enfants juifs qu’elle va croiser. Ce récit émouvant et chaleureux est renforcée par une mise en images pleine de grâce et de lumière. Un dessin plutôt rond et un joli traitement à l’aquarelle qui vont bien avec cette démonstration bienveillante de courage et de générosité.

Après la face lumineuse – quelque part – de ce conflit, Ma guerre de Tiburce Ogier en évoque une approche beaucoup plus sombre. Inspiré des épreuves vécues par son propre grand-père, Guy-Pierre Gautier, l’album raconte assez classiquement son itinéraire de jeune résistant et déporté communiste. L’enfance à Saintes puis La Rochelle, l’engagement progressif dans la résistance avec son groupe de jeunes athlètes. Puis l’arrestation…

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L’Autriche, c’est pas de la triche avec les Trois Grognards

Les trois grognards, tome 2: Suite autrichienne, Régis Hautière (scénario), Fred Salsedo (dessin). Editions Casterman, 64 pages, 14,95 euros.

Après leur formation à Boulogne-sur-Mer et leurs premières péripéties, les « trois grognards » le sombre Honoré Dimanche, le gigantesque Denez Kemeneur et le pétillant Félicien Pépinet marchent vers l’Est en prévision d’une confrontation avec les Autrichiens à Ulm, dans les Etats allemands.

Toujours soumis à la pression de mystérieux conjurés royalistes, l’ex-bagnard lieutenant de Toussaint Louverture, Dimanche, se voit confier une lettre à remettre au général autrichien Mack, afin de déjouer la manoeuvre de Napoléon. Mais pris une première fois pour un espion par Pépinet, Dimanche est ensuite capturé par les Autrichiens avec ses deux compères. Une présence fort encombrante d’autant que ceux-ci ont des objectifs forcément bien différents. Ils se retrouveront bien finalement à Ulm, et face au général, mais rien ne se déroulera comme prévu…

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Un jour sans Jésus mais avec Paul, pas encore pote

Un jour sans Jésus, tome IV, Nicolas Juncker (scénario), Chico Pacheco (dessin). Editions Vents d’Ouest, 48 pages, 11,50 euros.

Dimanche de Pâques de l’an 33 après J-C. 14 heures. A défaut d’avoir vu ressusciter Jésus, les choses s’accélèrent à Jérusalem. Voire même partent carrément dans tous les sens. Eparpillés, les apôtres continuent à subir bien des avanies, découvrant des faux morceaux du Christ, voire même un imposteur se faisant passer pour Jésus, se faisant arrêter par les Romains (toujours persuadés qu’ils ont mis en application de « manger le corps » de leur Christ), se faisant pourchasser par le peuple de Jérusalem. Et voilà maintenant qu’un nouveau péril les guette: Paul (le futur Paul de Tarse, loin d’être encore converti au christianisme), une sorte de super-guerrier à la Conan à la solde des Saducéens qui l’ont requis afin d’éliminer les premiers chrétiens. Seule bonne nouvelle, les apôtres Pierre, Simon et Thadée ont peut être bien enfin retrouvé le (vrai) corps du Christ…

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