Charlie au coeur de la « saignée »
de Verdun

La grande guerre de Charlie, volume 4, Pat Mills, Joe Colquhoun, éditions 360 Media Perspective et Ca et là, coll. Délirium, 120 pages, 22 euros.

Suite directe du précédent album, ce volume 4 débute en pleine bataille d’Angleterre, alors que Charlie Bourne, de retour à Londres le temps d’une permission, sauve sa mère de l’usine de munitions où elle travaille, attaquée par un zeppelin. Victoire de courte durée pour l’appareil allemand, bentôt abattu à la grande joie de la population. Ce retour à l’arrière va aussi être l’occasion, pour Charlie, de faire une rencontre fortuite avec un légionnaire de l’armée française. Ce dernier, Blue, lui raconte sa propre histoire au front, et notamment l’évocation dantesque de la bataille de Verdun, de la défense acharnée du fort de Vaux à l’assaut de troupes africaines envoyées sans préparation au feu. Occasion, pour Pat Mills de montrer que la hiérarchie de l’armée française n’avait guère à envier à celle du corps expéditionnaire britannique… Et d’introduire le personnage de Blue, appelé à réapparaître lors de l’évocation prochaine des mutineries de 1917.

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Les orphelins dans la guerre

La Guerre des lulus, tome 1 : la maison des enfants trouvés, Régis Hautière, Hardoc. Casterman, 56 pages, 12,95 €

En cet été 1914, les Lulus (Lucas, Lucien, Luigi et Ludwig) sont orphelins. Leur foyer est  l’orphelinat de l’abbaye de Valencourt, en Picardie. Un havre de paix qui ne leur fait pas oublier leur condition. Comme beaucoup de gamins d’une dizaine d’années, ils aiment s’évader de cet asile et, si leurs escapades font tourner les bons pères en bourriques, ce n’est jamais méchant.  Un jour alors qu’ils s’étaient réfugiés dans leur cabane dans les bois, l’abbaye, le village même sont évacués. L’ennemi est tout proche ! De retour au bercail, le nid est vide. C’est la liberté, la vraie, celle des adultes… mais bien vite les Lulus se rendent compte que tout n’est pas rose et les Allemands occupent l’abbaye. Ils vont apprendre à se débrouiller seuls…

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Un homme qui gagne à etre connu

L’homme de l’année, tome 1 : 1917, le soldat inconnu. Jean-Pierre Pécau, Fred Duval, Fred Blanchard, Mr.Fab. Editions Delcourt. 64 pages. 14,95 euros.

Dans la veine de « Jour J », dont, sans surprise, le trio Duval, Pécau, Mr.Fab sont également les auteurs, la nouvelle série des éditions Delcourt L’homme de l’année, commence fort avec ce premier tome consacré au Soldat inconnu.

Comme dans « Jour J », la réalité, magnifiquement dépeinte, notamment par le crayon magique de Mr. Fab, débouche sur une hypothèse romanesque à laquelle on aimerait croire, tant l’originalité de l’option développée ici, rend hommage à des hommes souvent oubliés qui ont pourtant combattu pour la France lors de la terrifiante première guerre mondiale : les tirailleurs africains.

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Tiens bon la barre et tiens bon le vent

Surcouf, tome 2 : Le Tigre des mers, Arnaud Delalande, Erick Surcouf &Guy Michel. Editions 12 bis, 48 pages, 13,90 euros

« Hisse et ho, Santiano ». 18 août 1798, Surcouf dort, un homme, Jonas Wiggs se glisse dans sa cabine pour le poignarder. L’espion anglais chargé par Londres d’étudier et d’éliminer cet incroyable gêneur qui ose disputer sa suprématie  maritime à la Couronne va enfin périr. Et puis, Wiggs se souvient de comment il a fait connaissance du Tigre des mers. Les souvenirs affluent en nombre. Sa couverture de journaliste lui permet de monter à bord et de vivre ces folles journées de poursuites insensées au milieu des récifs, de batailles navales contre des ennemis mieux armés mais aussi l’étrange procès qui opposa le Malouin au gouvernement de la République. Le mariage de Surcouf aussi avec son amour de jeunesse et son retour à la mer mais accompagné de son frère cette fois… Deux Surcouf menant la course contre l’Angleterre ! Impensable pour l’Amirauté britannique. Au dessus de la poitrine du dormeur le bras de Wiggs se lève, il a son poignard à la main…

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Carnets de déroute : Tardi raconte Tardi

Moi, René Tardi, Prisonnier de guerre – stalag IIB, tome 1. Jacques Tardi, éditions Casterman, 194 pages, 25 euros.

Si Tardi a bâti l’essentiel de son oeuvre – ou plus exactement de sa réputation (son traitement de l’univers de Léo Malet et de Jean-Patrick Manchette ou sa série Adèle Blanc-Sec n’étant nullement négligeables) sur son traitement magistral de la Première Guerre mondiale, c’est pourtant – assez logiquement – avec la Seconde qu’il conserve les liens les plus intimes. A travers ce qu’a vécu son propre père, René Tardi, engagé dans les chars dans l’avant-guerre, ayant combattu en 1940, ayant passé cinq ans dans un camp de prisonniers de guerre en Poméranie, près de la Pologne. Une expérience qui marquera l’homme, qui en conservera toujours un sentiment d’humiliation et de colère, et qui marqueront aussi les relations avec son fils. Quarante ans plus, tard Jacques Tardi s’y colle enfin avec cet ouvrage.

Nourri des carnets de guerre qu’il avait incité son père à écrire dans les années 80, Stalag IIB est peut-être l’album le plus personnel de Jacques Tardi. Il y raconte la vie de son père, ses origines et cette guerre, qui fut loin d’être si drôle que dans La 7e Compagnie.

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Ancien Testament : l’Exode

La Bible, Ancien Testament : l’Exode, tome 2, Damir Zitko, Jean-Christophe Camus, Michel Dufranne & Damir Zitko. Editions Delcourt, 56 pages , 14,30 euros.

Que l’on soit croyant ou pas, force est de constater que peu de livres ont eu autant d’influence sur l’humanité que la Bible. Représentation authentique de la parole de Dieu ou non, les trois grandes religions monothéistes y trouvent leurs racines.

Cet album relate ce qu’il advint du peuple hébreu et de Moïse, son  guide, après la fuite d’Egypte et les dix plaies qui frappèrent le pays de Pharaon. Moïse emmène son peuple vers la Terre promise à Abraham, Isaac et Jacob. Une terre que le peuple élu devra conquérir par le glaive. Trois mois après la fuite, l’on suit fidèlement la traversée du désert jusqu’au mont Sinaï du sommet duquel Dieu va lui parler et lui révéler ses commandements, les  Dix Commandements qui seront gravés par l’Eternel dans les Tables de la Loi. L’épisode du Veau d’or et la destruction par Moïse des premières Tables de la Loi et après, le pardon divin symbolisé par la construction de l’Arche d’alliance.

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Une oeuvre magistrale en piste !

L’écureuil du Vel’d’hiv, Christian Lax, éditions Futuropolis, 80 pages, 16,25 euros.

Après L’aigle sans orteil (un one shot) puis Pain d’alouettes (deux tomes), avec respectivement en toile de fond le Tour de France des années 10 et le Paris-Roubaix des années 20, Christian Lacroix, 63 ans, alias Lax, remonte en selle et nous conduit au Vel’d’hiv pour le cyclisme sur piste. Où l’agilité, la vélocité et la promptitude de Sam Ancelin, dit l’écureuil, font merveilles. L’occasion de se familiariser avec les courses de « six jours » qui furent un véritable phénomène de société, véhiculant avant l’heure les deux cauchemars du sport de haut niveau d’aujourd’hui : les paris truqués et le dopage.

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La soif de l’or

L’or des fous, tome 1 : l’expédition, Di Gorgio, Olivares. Editions Soleil, 48 pages, 13,95 euros.

Source inépuisable d’aventures, de récits, d’histoires et de légendes, l’or, de tout temps valeur refuge ou valeur référence, promeut bon an mal an spectacles, livres, films, etc. Une vraie fascination, à l’image de celle des conquistadores du XVIe siècle, prêts à tout pour satisfaire leur appétit. Tels les Pizarro, ou plus précisément ici, Francisco Pizarro qui, d’entrée mis à mort dans un sanglant guet apen, se remémore ses aventures en agonisant sur son lit de souffrance. Pizarro revient alors en détail sur sa troisième expédition, celle de la dernière chance en 1531, mais aussi celle de la consécration au terme d’un infernal périple où l’ennemi est d’abord sur son propre terrain de jeu, en l’occurrence Almagro, son rival, venu s’imposer dans le bateau au nom du roi.

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« Grand prix » en mérite un !

Grand prix, tome 3 : Adieu, Marvano, éditions Dargaud, 56 pages, 13,99 €.

Le triptyque Grand prix se termine par un « Adieu », selon le titre de ce troisième tome, à la fois angoissant et déchirant, tant Marvano nous plonge avec force et réalisme dans l’atmosphère étouffante de l’immédiat avant-guerre.

Dans la continuité de Renaissance et Rosemeyer, cet Adieu clôt en tout cas magnifiquement, au sens dramatique du terme, ce récit original de l’inexorable progression du régime nazi vu depuis le milieu du sport automobile. Secteur où Hitler voulait également dominer le monde. Dès lors, ses sombres desseins contaminent un milieu contraint lui aussi de se soumettre ou de fuir. Un choix auquel sont notamment confrontés les personnages principaux de la série, que l’on retrouve grand prix après grand prix (en particulier en France, à Pau et Angoulême) au volant des Auto-Union et autre Mercedes, fleurons allemands de la compétition, au milieu de pilotes de renoms. Tel Tazio Nuvolari (1892 – 1950), mythique champion italien d’avant-guerre, que la Formule 1 qui n’existait pas encore aurait starisé. Contemporain d’Enzo Ferrari, il fut joliment surnommé par Ferdinand Porsche « le plus grand coureur d’hier, d’aujourd’hui et de demain »

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La guerre du Kosovo au-delà des clichés

La dernière image, une traversée du Kosovo de l’après-guerre, Gani Jakupi, collection Noctambule, éditions Soleil, 88 pages, 17,95 euros.

On avait découvert Gani Jakupi à travers son récit d’histoire-fictionnelle Les Amants de Sylvia, belle retranscription sensible et originale de la relation entre Ramon Mercader et la secrétaire de Trotsky qui allait lui permettre d’assassiner le chef de la IVe Internationale. Une approche qui séduisait déjà par sa finesse et son refus de tout manichéisme.

Cette fois, l’auteur kosovar revient sur une page d’Histoire encore plus tragique et personnelle : celle de la guerre au Kosovo et de son sanglant bilan. Avec un roman graphique sous forme du « making-of » du reportage qu’il aurait dû écrire et qui n’est jamais paru dans le quotidien espagnol qui l’avait missionné là-bas en tant que journaliste… afin qu’il raconte son retour au pays. Une mise en abîme plutôt délicate donc, et risquant toujours de basculer dans l’auto-fiction nombriliste. Mais s’il se met bien en scène, c’est toujours avec recul et non sans ironie. Son style graphique, réaliste et proche du carnet de route, rehaussé d’une couleur à dominante marron-orangé, tout comme ses textes exclusivement en voix off, participent de cette distanciation.

Et d’une approche totalement subjective et personnelle, ce « récit intimiste » (ainsi qu’il est catalogué par son éditeur) aboutit à livrer un regard finalement très objectif sur la réalité de cette sale guerre, doublé d’une réflexion sur la force et l’impuissance du journalisme.

Parti en juin 1999, au moment ou s’opère le retrait de l’armée serbe et où vont s’arrêter les bombardements de l’OTAN, son périple dans son pays de naissance va le confronter à la réalité des villes détruites, des fosses communes… mais aussi aux relations conflictuelles avec le photographe qui l’accompagne. Ce second aspect s’élargit à une description plus globale de ce milieu des photoreporters de guerre, sur lequel il porte un regard critique – sur les dérives sensationnalistes, la recherche du scoop – mais aussi empathique, sur les qualités humaines qu’ils manifestent et leur engagement réel sur le terrain.

Joliment édité (occasion de saluer encore une fois le travail fait dans cette collection Noctambule, qui fait un sans-faute dans ses parutions jusqu’ici), l’ouvrage se complète d’un copieux dossier d’entretien « intimes » avec plusieurs grands reporters, protagonistes évoqués dans le récit. Une manière intelligente de poursuivre la réflexion sur le journalisme et de remettre encore plus en perspective cette enquête autobiographique.

A noter aussi, pour aller encore plus loin, l’intéressant entretien, paru début mai, que Gani Jakupi a accordé au site actua BD, dans lequel l’auteur précise fort bien le sens de sa démarche. Une démarche qui s’exprime dans l’exergue de la postface du livre, une phrase de Jean-Paul Sartre extraite d’un article des Temps modernes sur la littérature : « Un auteur écrit toujours pour que personne ne se considère innocent de ce qui se passe dans le monde. » Objectif atteint ici, avec ce bel album graphique qui donne à réfléchir. Une Dernière image qui reste en tout cas longtemps imprimée sur la rétine, comme un magistral témoignage sur la guerre, ses victimes et ceux qui sont chargés de la « couvrir ».

 

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