La présidentielle, off course

Le journal du off, dans les coulisses d’une campagne présidentielle folle, Frédéric Gerschel et Renaud Saint-Cricq (scénario), James (dessin). Editions Glénat, 128 pages, 15 euros.

Tout aura été inédit et passablement stupéfiant dans cette campagne présidentielle 2017. Même les albums de bande dessinée qui l’auront relaté. Ainsi, ce Journal du off, écrit et dessiné en temps réels durant ces derniers mois et qui réussit l’exploit de paraître à peine une semaine après l’élection d’Emmanuel Macron !
Pourtant, à la fin de l’été dernier, alors que débute l’album, c’était plutôt la lassitude qui gagnait l’opinion et Pierre Bogart, journaliste politique au quotidien Le Citoyen avec qui nous allons suivre tous les rebondissements de la campagne, d’une interview de Nicolas Sarkozy faisant son retour, fin août, au JT de TF1, jusqu’à l’image d’Emmanuel Macron s’imposant sur l’écran de France 2, ce 7 mai 2017 au soir.

Entretemps, Pierre Bogart aura suivi la primaire de la droite, celle de la gauche, la victoire surprise de Fillon et de Hamon, les déchirements à l’extrême droite entre Marine Le Pen et son père, l’éclosion et la marche en avant d’Emmanuel Macron. Neuf mois passés en coulisses, au téléphone avec ses informateurs (nombreux) et en meeting, à tenter de suivre cette élection pas comme les autres…

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Le Pakistan au-delà des clichés

Le pays des Purs, Sarah Caron (scénario), Hubert Maury (scénario et dessin). Editions La Boîte à bulles, 192 pages, 25 euros.

Jeune reporter-photographe, Sarah Caron se retrouve au plus près de Benazir Bhutto à l’automne 2007. Par un concours de circonstances, elle se retrouve avec l’opposante au président pakistanais Pervez Musharaf lorsque celle-ci est assignée à résidence. Occasion d’un premier photo-reportage pour Time magazine, aux effets contrajavascript:;stés. Nouvelle commande ensuite, pour le New York Times, pour aller shooter un comparse du Mollah Omar, candidat aux législatives en plein « talibanistan », près de la frontière afghane. Elle va y rencontrer un jeune pachtoun, Faris, qui lui sera d’une grande aide au cours des diverses péripéties à affronter…

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Quand Macron faisait la Loi

Faire la loi, Hélène Bekmezian et Patrick Roger (scénario), Aurel (dessin). Editions Glénat, 80 pages, 14,95 euros.

La campagne présidentielle 2017, avec son second tour inédit, se mène aussi sur les rayonnage de bande dessinée. Si Marine Le Pen a clairement l’avantage, avec encore récemment La Dynastie Le Pen de Renaud Dély et Fred Coicault ou le tome 3 de La Présidente, Emmanuel Macron y trouve aussi sa place. Le bandeau bleu imprimant en gros son nom sur le titre originel de Faire la loi venant cependant ré-orienter le sens de l’album d’Hélène Bekmezian, Patrick Roger et Aurel.

Le projet des deux journalistes du Monde et du prolifique dessinateur multi-supports (dont le quotidien du soir) était de décrire en détails et vu de l’intérieur « la fabrique de la loi ». Leur choix s’est porté sur la « Loi Macron », celle qui visait, en 2014, à détricoter les professions règlementées, ouvrir de nouveaux marchés à la concurrence ou faciliter le travail du dimanche. Une loi et un ministre se voulant symboliques de la « modernité politique » et qui permettait, sur un sujet médiatiquement connu, de décrypter les diverses phases de réalisation et d’adoption d’un projet de loi.

Un jeu de l’oie en forme de « jeu de rôle et de stratégie » que l’on suit ici étape par étape: avant-projet de loi concocté à Bercy, stratégie de com’ auprès des médias, passage au Conseil d’Etat, présentation formelle en conseil des ministres, puis début du marathon parlementaire, en commission puis en séance plénière à l’Assemblée et en navette entre celle-ci et le Sénat. Avec ici, « bonus » supplémentaire, l’application de l’article 49.3 qui permet de faire adopter un texte sans vote des parlementaires…

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L’art de la communication politique, com’ de bien entendu

La petite bédéthèque des savoirs : la communication politique, Christian Delporte (scénario), Terreur Graphique (dessin). Editions du Lombard

Si la préface – toujours pleine d’intelligence de David Vandermeulen – se place sous l’égide de Montaigne, Klemperer, Karl Krauss ou George Orwell, c’est avec Joseph Napolitan que débute ce récit illustré sur l’histoire de la communication politique, par l’historien spécialiste des médias Christian Delporte et du dessinateur Terreur Graphique.  En 1956, ce jeune journaliste américain « invente » la profession de consultant en communication politique. Premier succès pour lui dès l’année suivante ou il conseille un candidat donné perdant à la mairie de Springfield… qui l’emporte. Début d’une carrière de « gourou de la com » qui le verra avec Kennedy comme avec Giscard en 1974. Il avait compris une chose essentielle, souligne Christian Delporte : « la politique, c’est d’abord une affaire d’imaginaire« …

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Le Pen et Chirac par la bande

 

 

 

 

 

 

 

 

La dynastie Le Pen, son univers impitoyable, Renaud Dély (scénario), Fred Coicault (dessin). Editions Delcourt, Coll.Encrages, 144 pages, 16,95 euros.
Le Grand et le trop court, Jean-Luc Barré (scénario), Krassinsky (dessin). Editions Casterman, 80 pages, 14,90 euros.

En cette période électorale qui remet la politique au coeur de l’actualité, deux regards décalés, et en coulisses, sur la vie de deux personnages qui ont marqué l’histoire récente : Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Deux albums qui, malgré des différences de style et d’objet, partagent la même astuce narrative pour amener leur sujet et la même inclination à aller chercher en coulisses le détail qui fait sens ou la petite phrase vacharde…

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La Petite Bédéthèque, côté femmes

La petite Bédéthèque des savoirs.

tome 10 : histoire de la prostitution de Babylone à nos jours, Laurent de Sutter (textes), Agnès Maupré (dessin),
tome 11 : le féminisme en 7 slogants et citations, Anne-Charlotte Husson (textes), Thomas Mathieu (dessin).

Après l’art, le deuxième diptyque de cette nouvelle série de la Petite bédéthèque des savoirs se consacre à l’oppression des femmes. Une thématique traitée sous deux angles bien différents, certes, mais pas forcément totalement distincts.

Premier angle, La prostitution, donc, sujet « sensible » voire « sulfureux » qui suscita pas mal de réactions, comme l’explique David Vandermeulen, directeur de la collection, dans la subtile introduction – comme toujours – à l’album…

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Deux arts modernes expliqués dans la Bédéthèque

 

 

 

La petite bédéthèque des savoirs :

le minimalisme, Jochen Gerner (dessin), Christian Rosset (scénario), 88 pages ; l’artiste contemporain, Benoît Féroumont (dessin), Nathalie Heinich (scénario), 72 pages. Editions Le Lombard, 10 euros.

Cette deuxième série de la « Bédéthèque » initiée par les éditions du Lombard fonctionne un peu par paire : deux ouvrages traitant, chacun à leur manière de l’oppression faite aux femmes (à travers l’évocation du féminisme et de la prostitution). Et deux, donc, s’intéressant à divers aspects de l’art moderne voire contemporain…

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« Kobané Calling », la rencontre de la culture geek et du Monde diplomatique

kobane-calling-couvKobané Calling, Zerocalcare. Editions Cambourakis, 272 pages, 23 euros.

Le carnet de voyage et le récit de guerre en « BD-reportage » sont des genres désormais bien défrichés et auxquels Joe Sacco a su donner ses lettres de noblesse. A sa manière, décontractée et décalée, l’Italien Zerocalcare parvient néanmoins à les renouveler.

Blogueur inscrit dans la mouvance alternative italienne, Michele Rech (de son vrai nom) a effectué deux voyages dans la zone turco-syrienne kurde en 2015, accompagnant une petite mission humanitaire afin de vérifier. D’abord au Kurdistan turc, à quelques centaines de mètres de Kobané puis dans la région du Rojava, au Kurdistan syrien où s’établit les bribes d’un « état kurde ». Après deux histoires courtes publiées dans le magazine Internazionale (sorte de Courrier international transalpin), il en fait un long récit ici, très subjectif et personnel…

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La vie d’otage au jour le jour

senfuir_couvS’enfuir: récit d’un otage, Guy Delisle. Editions Dargaud, 432 pages, 27,50 euros.

Quittant pour une fois le récit autobiographique qui l’a fait connaître (en contant ses périples à Jérusalem ou en Birmanie), Guy Delisle en conserve cependant le style, mais il s’efface cette fois devant la parole d’un autre : celle de Christophe André.

Ce jeune humanitaire travaillait dans le Caucase, en Ingouchi, pour sa première mission à l’étranger, lorsqu’il a été enlevé début juillet 1997 par des Tchétchènes. Il restera otage pendant plus de trois mois à Grozny. C’est cette expérience qui est contée ici, quasiment au jour le jour.
Chargé des finances de l’antenne locale de Médecins sans frontières, il voit surgir en pleine nuit une bande d’hommes en armes qui hurlent « Milicia » et l’emmènent vers une destination inconnue. Une fois passé l’incompréhension et les premières angoisses, Christophe comprend qu’il est en Tchétchénie et qu’il a été kidnappé. Enfermé dans une pièce meublée d’un seul matelas, puis ensuite menotté à un radiateur dans le sous-sol d’un second appartement, on partage ses réflexions, ses espoirs de libération rapide, ses moments de spleen et de désespoir. Il baptiste son geôlier anonyme « Thénardier », s’efforce de ne pas tomber dans le « syndrome de Stockholm » en pactisant avec ses gardiens, imagine d’hypothétiques évasions, avant d’être confronté à la perspective de, peut-être, pouvoir s’enfuir…

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Aurel des planches aux planches

La menuiserie_couvLa menuiserie, chronique d’une fermeture annoncée, Aurel. Editions Futuropolis, 136 pages, 19,99 euros.

Il sera celui qui ne reprendra pas l’entreprise familiale, ayant privilégié les planches (de bande dessinée) aux planches de bois de la menuiserie où quatre générations se sont succédé.
Alors que son père songe à sa retraite, Aurélien Fromet (plus connu sous sa signature de dessinateur d’Aurel, puisque c’est de lui qu’il s’agit) entreprend un grand reportage intime pour raconter l’histoire de la famille, implantée dans ce petit village des Vans, en Ardêche, mais aussi pour évoquer ces métiers du bois et la passion des hommes qui le travaillent.
Revenu dans son village d’enfance, il va suivre et interroger sa grand-mère – qui a assuré la pérennité de l’entreprise lors du décès subit de son mari – mais aussi son père, ingénieur des Arts et métiers revenu prendre la succession familiale, ainsi que chacun des ouvriers. Avec une pointe de culpabilité, peut-être, il défend l’idée d’une reprise de la société en SCOP, projet abandonné par tous pour diverses raisons personnelles. Chaque chapitre vient apporter sa touche de compréhension à l’ensemble…

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