La Petite Bédéthèque, côté femmes

La petite Bédéthèque des savoirs.

tome 10 : histoire de la prostitution de Babylone à nos jours, Laurent de Sutter (textes), Agnès Maupré (dessin),
tome 11 : le féminisme en 7 slogants et citations, Anne-Charlotte Husson (textes), Thomas Mathieu (dessin).

Après l’art, le deuxième diptyque de cette nouvelle série de la Petite bédéthèque des savoirs se consacre à l’oppression des femmes. Une thématique traitée sous deux angles bien différents, certes, mais pas forcément totalement distincts.

Premier angle, La prostitution, donc, sujet « sensible » voire « sulfureux » qui suscita pas mal de réactions, comme l’explique David Vandermeulen, directeur de la collection, dans la subtile introduction – comme toujours – à l’album…

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Deux arts modernes expliqués dans la Bédéthèque

 

 

 

La petite bédéthèque des savoirs :

le minimalisme, Jochen Gerner (dessin), Christian Rosset (scénario), 88 pages ; l’artiste contemporain, Benoît Féroumont (dessin), Nathalie Heinich (scénario), 72 pages. Editions Le Lombard, 10 euros.

Cette deuxième série de la « Bédéthèque » initiée par les éditions du Lombard fonctionne un peu par paire : deux ouvrages traitant, chacun à leur manière de l’oppression faite aux femmes (à travers l’évocation du féminisme et de la prostitution). Et deux, donc, s’intéressant à divers aspects de l’art moderne voire contemporain…

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« Kobané Calling », la rencontre de la culture geek et du Monde diplomatique

kobane-calling-couvKobané Calling, Zerocalcare. Editions Cambourakis, 272 pages, 23 euros.

Le carnet de voyage et le récit de guerre en « BD-reportage » sont des genres désormais bien défrichés et auxquels Joe Sacco a su donner ses lettres de noblesse. A sa manière, décontractée et décalée, l’Italien Zerocalcare parvient néanmoins à les renouveler.

Blogueur inscrit dans la mouvance alternative italienne, Michele Rech (de son vrai nom) a effectué deux voyages dans la zone turco-syrienne kurde en 2015, accompagnant une petite mission humanitaire afin de vérifier. D’abord au Kurdistan turc, à quelques centaines de mètres de Kobané puis dans la région du Rojava, au Kurdistan syrien où s’établit les bribes d’un « état kurde ». Après deux histoires courtes publiées dans le magazine Internazionale (sorte de Courrier international transalpin), il en fait un long récit ici, très subjectif et personnel…

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La vie d’otage au jour le jour

senfuir_couvS’enfuir: récit d’un otage, Guy Delisle. Editions Dargaud, 432 pages, 27,50 euros.

Quittant pour une fois le récit autobiographique qui l’a fait connaître (en contant ses périples à Jérusalem ou en Birmanie), Guy Delisle en conserve cependant le style, mais il s’efface cette fois devant la parole d’un autre : celle de Christophe André.

Ce jeune humanitaire travaillait dans le Caucase, en Ingouchi, pour sa première mission à l’étranger, lorsqu’il a été enlevé début juillet 1997 par des Tchétchènes. Il restera otage pendant plus de trois mois à Grozny. C’est cette expérience qui est contée ici, quasiment au jour le jour.
Chargé des finances de l’antenne locale de Médecins sans frontières, il voit surgir en pleine nuit une bande d’hommes en armes qui hurlent « Milicia » et l’emmènent vers une destination inconnue. Une fois passé l’incompréhension et les premières angoisses, Christophe comprend qu’il est en Tchétchénie et qu’il a été kidnappé. Enfermé dans une pièce meublée d’un seul matelas, puis ensuite menotté à un radiateur dans le sous-sol d’un second appartement, on partage ses réflexions, ses espoirs de libération rapide, ses moments de spleen et de désespoir. Il baptiste son geôlier anonyme « Thénardier », s’efforce de ne pas tomber dans le « syndrome de Stockholm » en pactisant avec ses gardiens, imagine d’hypothétiques évasions, avant d’être confronté à la perspective de, peut-être, pouvoir s’enfuir…

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Aurel des planches aux planches

La menuiserie_couvLa menuiserie, chronique d’une fermeture annoncée, Aurel. Editions Futuropolis, 136 pages, 19,99 euros.

Il sera celui qui ne reprendra pas l’entreprise familiale, ayant privilégié les planches (de bande dessinée) aux planches de bois de la menuiserie où quatre générations se sont succédé.
Alors que son père songe à sa retraite, Aurélien Fromet (plus connu sous sa signature de dessinateur d’Aurel, puisque c’est de lui qu’il s’agit) entreprend un grand reportage intime pour raconter l’histoire de la famille, implantée dans ce petit village des Vans, en Ardêche, mais aussi pour évoquer ces métiers du bois et la passion des hommes qui le travaillent.
Revenu dans son village d’enfance, il va suivre et interroger sa grand-mère – qui a assuré la pérennité de l’entreprise lors du décès subit de son mari – mais aussi son père, ingénieur des Arts et métiers revenu prendre la succession familiale, ainsi que chacun des ouvriers. Avec une pointe de culpabilité, peut-être, il défend l’idée d’une reprise de la société en SCOP, projet abandonné par tous pour diverses raisons personnelles. Chaque chapitre vient apporter sa touche de compréhension à l’ensemble…

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Le Postello, en quête d’art

Le Postello_couvLe postello, Hervé Richez (scénario), Winoc (dessin). Editions Grand Angle / Bamboo, 113 pages, 18,90 euros.

Comment un ex-mannequin dans le monde de la mode parisienne des années 1990 en est-il devenu à vouer son existence à l’art pictural, c’est le cheminement de ce one-shot. Jeune homme à la vie facile, Stéphane K. a le coup de foudre pour une sérigraphie d’Andy Warhol. Cette fascination va changer sa vie. D’abord courtier pour un antiquaire du marché aux puces parisien, il devient associé à un marchand de tableaux. Et tandis qu’il entre à l’école du Louvre, il tombe sur une nouvelle oeuvre qui va bouleverser son existence: un tableau représentant une scène équestre et des chevaux « aux gros culs » dans lesquels il croit reconnaître le style d’Edgar Degas et un « modello », travail préalable à un tableau du musée de Boston. Mais des détails détonnent, notamment un style plus abstrait laissant penser à un « postello », comme une ébauche postérieure à l’oeuvre. A moins qu’il ne s’agisse d’une vulgaire copie. La recherche de la vérité va l’entraîner dans une longue enquête, en forme de quête personnelle, qu’il paiera cher…

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La France mise à SAC

gaulleCher pays de notre enfance, Enquête sur les années de plomb de la Ve République, Étienne Davodeau et Benoït Collombat, Futuropolis, 24 euros.

Voici bien un ouvrage à côté duquel il ne faut absolument pas passer !

Étienne Davodeau aime travailler en collaboration avec des personnes non-issues de la BD. Il nous l’avait notamment montré avec Les Ignorants, un échange de connaissances entre un auteur de BD et un vigneron, Richard Leroy. Cette fois-ci, il s’est acoquiné avec Benoît Collombat, grand reporter au sein de la rédaction de France Inter pour évoquer, avec le plus grand sérieux, d’un dossier des plus épineux : le SAC, à savoir le Service d’Action Civique. Créé en 1960 sous Charles de Gaulle et son premier président fut Pierre Debizet, sous la coupe de Jacques Foccart. Parmi ses fondateurs, on retrouve notamment Alexandre Sanguinetti et Charles Pasqua. Le SAC et ses méthodes mafieuses ont fait couler beaucoup d’encre et de sang…

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L’Esprit sain du 11 janvier

l-esprit-du-11-janvier-une-enquete-mythologiqueL’esprit du 11 janvier, une enquête mythologique, Serge Lehman (scénario), Gess (dessin). Editions Delcourt, 90 pages, 9,95 euros.

« L’esprit du 11 janvier est mort. Sa vie posthume peut commencer« . Placée en exergue en quatrième de couverture et en début de l’album, la phrase a valeur de programme, pour ce joli petit livre, particulièrement d’actualité en cette période de premier anniversaire des attentats contre Charlie Hebdo et l’hyper-Cacher.

De fait, six mois après les attentats de janvier, Serge Lehman, de sa villégiature sur la côte catalane constate bien la disparition de cet « esprit »: « Tout est comme avant. Tout est pire qu’avant. Le 11 janvier est mort. » Mais l’esprit de cet « événement-monstre », comme le caractérise Pierre Nora, lui, demeure. Lehman pointe d’abord le trouble « quasi-spirituel » qu’a provoqué cette marche républicaine du 11 janvier chez nombre d’intellectuels, de Jean-Marie Rouart à BHL exprimant le « le mystère », le « prodige » de cet instant. Et si, prenant les mots au pied de la lettre, il y avait justement eu un vrai « miracle », ces jours-là ? Ainsi du « pardon », exprimé par le dessin de Luz dans le « numéro des survivants », ainsi de l’autre image de l’islam incarnée d’entrée par le frère d’Ahmed Merabat ou cette concomitance entre le buzz autour du livre de Houellebecq, Soumission, dont l’auteur faisait la une du numéro de Charlie paru le 7 janvier 2015 et du parallèle entre la vierge noire évoquée dans le roman et la statue de la République, prenant des airs de… vierge (laïque) noire le soir du 11 janvier, place de la République…

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L’autre révolution égyptienne encore à faire

doigts d'honneur_couvDoigts d’honneur: révolution en Egypte et droits des femmes, Ferenc (scénario), Bast (dessin). Editions La Boîte à bulles, 112 pages, 16 euros.

Ce n’était qu’en 2013, mais cela semble déjà si loin. Deux ans après le « printemps arabe » qui avait vu la chute de Moubarak, l’Egypte se soulevait de nouveau, sa jeunesse occupait encore la place Tahrir, pour exiger cette fois le départ de Mohammed Morsi, récemment élu mais dont l’emprise islamiste sur la société commençait à inquiéter. Au final, dans un étrange coup d’Etat au vernis démocratique, le seul président égyptien élu était emprisonné par l’armée, avec des milliers d’autres « frères musulmans » et progressivement, le régime autoritaire du général Al-Sissi refermait la brèche, au grand soulagement des régimes arabes… et occidentaux.
Au sein de ce moment déjà dépassé, ce petit ouvrage s’attache à un autre phénomène en voie d’oubli: celui du harcèlement, voire des viols, dont furent victimes des femmes lors des manifestations de Tahrir. Journalistes occidentales ou simples manifestantes comme Layla. Etudiante studieuse, elle est entraînée dans l’effervescence révolutionnaire par son ami. Sur place, elle sympathise avec d’autres militantes. Mais un jour, isolée de ses amis, elle devient la proie d’une agression sexuelle particulièrement violente. Autre victime plus emblématique, Azza Suleiman, cette femme vêtue de rouge qui avait tenté de venir en aide à une femme victime emblématique, la « fille au soutien-gorge bleu » dont les images ont circulé sur internet. Elle fut passée à tabac par des soldats égyptiens sur cette même place. D’autres femmes, emprisonnées, durent aussi subir un humiliant « test de virginité » dans les geôles de l’armée…

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À marée haute

vive la marée_couvVive la marée !, David Prudhomme (scénario), Pascal Rabaté (dessin). Editions Futuropolis, 20 euros.

Tous les étés c’est la même rengaine. Les bords de mer attirent des touristes de tous poils. Coquillages, crustacés, crème solaire, tongs, bob, les sandalettes méduses, bermuda et bouée couin-couin. La panoplie de rigueur pour passer de bonnes vacances. Une période tant attendue. Pourtant, ceci ne s’accompagne pas forcément de décontraction et de sérénité.
Le voyage et ses rituels font partie de cette parenthèse enchantée. Il y a ceux qui voyagent en train; ceux qui font des concours de vitesses sur l’autoroute, doublant de manière assez cavalière, question d’honneur; ceux qui font du stop. Destination: la plage !

Pâtés de sable, pèche à la crevette, retrouvailles familiales, bouffes entre amis, bref le rêve. Non ? Ou presque…

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