Violent cases, la naissance d’un duo magique

Violent cases, Neil Gaiman (scénario), Dave McKean (dessin). Editions Urban comics, 64 pages, 14 euros.

Premier album réalisé ensemble par Neil Gaiman et Dave McKean (en 1987), Violent Cases ressort dans une version soignée. Et présente un incontestable intérêt bibliographique et avant tout graphique.

Le récit, assez court, est un flash-back un peu nébuleux. Le narrateur, jeune adulte, confie un souvenir intime et traumatique de son enfance. Alors qu’il était âgé de 5 ou 6 ans, son père lui cassa accidentellement le bras et l’emmena chez un ostéopathe qui avait eu pour client… Al Capone ! Et le médecin confia ses souvenirs, également traumatiques, du chef de la mafia au jeune garçon…

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Le hip-hop, toute une histoire !

Hip-hop family tree, volume 1 : 1970s-1981, Ed Piskor. Éditions Papa Guédé, 112 pages, 26 euros.

Allumer sa chaîne hi-fi et lui faire cracher quelques sons du Wu-Tang clan ou d’un bon vieux Cypress Hill. Voilà l’un des effets observés après la lecture du premier volume de Hip-hop family tree édité par Papa Guédé.
L’auteur américain Ed Piskor s’est intéressé ici à l’histoire du hip-hop, ses origines et son arbre généalogique, comme le titre l’indique.
Le premier volume replonge au début des années 1970, en plein cœur du Bronx à New-York où est né ce mouvement culturel et musical qui deviendra planétaire. Très vite, les noms de MC’s s’enchaînent : Grandmaster Flash, Coke la rock, Afrika Bambaataa ou encore Kool Herc, considéré comme le premier DJ de l’histoire du hip-hop après avoir inventé une technique de mix, « le Merry-go-round », qui consiste à jouer deux fois le même disque sur des platines différentes, lui permettant ainsi d’en allonger la durée.
On fait connaissance ici avec les pionniers du rap qui, il bien faut l’avouer, ne nous disait pas grand-chose au départ, hormis peut-être Run-DMC et KRS One. Mais là est la force de Hip-hop family tree. A peine quelques cases suffisent pour se familiariser avec ceux (et celles) qui ont fondé le rap, un style à part entière puisant dans le funk, le jazz, le blues ou encore le reggae…

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L’essentiel est dans les Détails

Détails d'une vie brésilienne_couvDétails d’une vie brésilienne, Gabriel Bà et Fabio Moon. Editions Urban Comics, 136 pages, 15 euros.

Oeuvre de jeunesse des jumeaux brésiliens Gabriel Bà et Fabio Moon, ces Détails recouvrent une douzaine d’histoires courtes inspirées de la vie quotidienne, réalisées au début des années 2000. Des récits reflet de la vie de leurs auteurs, des histoires d’amitié, d’amour, de travail, revisitées par une sorte d’onirisme fantastique, de « réalisme magique » si sud-américain.

La première histoire est d’ailleurs celle d’un rêve simultané faite par deux jeunes auteurs incités à franchir la porte de leurs prochaines histoires… Une bonne introduction pour les historiettes qui vont suivre. Comme l’étoile, où dans un bar, le regard d’un homme et d’une femme se croise ; dans un autre bar, un homme tarde à aller parler à une jeune femme qui le regarde avec insistance, au risque de la voire disparaître. Autre rencontre surprenante, où une jeune femme aborde un jeune homme inconnu dans la rue et lui assène qu’il « est trop tard pour que tu tombes amoureux de moi… », ce dernier va donc tenter de lui démontrer le contraire. Il est aussi question d’amitié plus forte que la mort, lorsqu’un groupe de copains, par un rite singulier, fait revenir l’un d’entre eux décédé le temps de son anniversaire. Gabriel Bà et Fabio Moon se mettent aussi plus directement en scène, pour une séquence un peu cauchemardesque dans le métro parisien. A l’inverse, le dernier récit, Autrement dit, muet et nocturne est d’une douce poésie, où la petite flamme de l’amour survit au milieu de la nuite…

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Airboy, super-héros planant

Airboy_couvAirboy, James Robinson (scénario), Greg Hinkle (dessin). Editions Jungle, 120 pages, 17 euros.

Après d’autres, le groupe Steinkis (Jungle, Vraoum, etc) se lance dans l’offre de traductions en provenance directe des Etats-Unis. Premier titre et entrée assez fracassante avec cet Airboy de James Robinson et Greg Hinkle (paraît aussi en parallèle Mystery Society de Steve Niles, Ashley Wood et Fiona Staples). Méta-album plus ou moins autobiographique, réflexion ironique sur le monde des comics et trip bien barré.

Robinson, auteur réputé et auréolé de sa reprise de Starman, se voit proposé par son éditeur de relancer un vieil héros des années 40 : Airboy. Pas de quoi réjouir l’auteur britannique expatrié aux USA, en pleine crise conjugale et qui craint de se voir ainsi confiné dans le « reboot ». Il fait alors appel à un jeune dessinateur, Greg Hinkle pour l’assister. Mais ils commencent par « aller prendre un verre », prélude à une nuit de dérive hallucinée, pleine d’alcool, de coke, de fellation par des travelos et de bites à l’air. Et le mauvais plan s’accentue lorsque leur héros, Airboy, débarque pour de bon dans leur monde. Et les entraîne dans son monde dévasté à lui…

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Dans la Jungle des comics

Tendance forte du moment, le comics suscite bien des aspirations chez les éditeurs. A côté des historiques du secteur comme Panini, et après Dargaud (avec l’excellent label Urban comics) ou Glénat, c’est au tour de Jungle (groupe Steinkis) de s’y lancer, ce printemps.

airboy_steinkisLe nouveau label, Jungle Comics, ambitionne de publier un nombre limité d’albums, one-shots ou intégrales. Et des productions originales et indépendantes plutôt que « des sempiternels développements sur les super-héros de Marvel et DC bien soutenus par le système hollywoodien« , comme le soulignait Moïse Kissous, fondateur et dirigeant du groupe Steinkis, dans un communiqué diffusé hier.

Première sortie dans cette collection: Airboy, (paru chez Image Comics l’an passé), qui se veut une satire de la tendance lourde du « reboot » des vieux héros et une auto-introspection du monde des dessinateurs de comics. Reconnu pour avoir relancé Starman, et sommé par son éditeur de relancer son vieil héros Airboy, James Robinson sollicite alors un jeune dessinateur et tous deux commencent par partir dans une grosse défonce…  Deuxième parution programmée par Jungle Comics, ce printemps, la réédition en intégrale du fantaisiste Mystery Society, paru en 2011 chez IDW Editions et dessiné par Fiona Staples (qui s’est fait un nom, depuis, avec la saga Saga)…

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Des pavés pour la plage…

Retour sur quelques (beaux) livres sur le 9e art, parus dernièrement et jamais évoqués ici, faute de temps. En attendant la rentrée et avant quelques jours de pause de ce blog.

Van hamme_mémoires d'écritures_couvJean Van Hamme, mémoires d’écriture, éditions GrandAngle, 112 pages, 15,90 euros. Jean Van Hamme l’a avoué ouvertement dans le dernier numéro du mensuel Casemate. Mais il le laissait déjà entendre dans ses « Mémoires d’écritures », parus fin mai (« Je vais aussi lâcher bientôt ce brave Largo. Pour retrouver ce temps qui me file entre les doigts afin de réaliser avant qu’il ne soit trop tard d’autres projets qui me tiennent à cœur. De toute manière, Philippe, qui a vingt-cinq ans de moins que moi s’y prépare déjà »)… Dans le dossier de presse accompagnant la sortie du livre, il déclarait d’ailleurs vouloir arrêter complètements son activité de scénariste BD ! Une remarque parmi toutes celles qui parsèment ce livre, dans lequel le romancier et scénariste belge raconte son parcours. Dans une « autobibliographie » plus qu’autobiographie d’ailleurs.

Dans une approche plutôt chronologique, Van Hamme ne livre pas de « scoops », mais des réflexions sur sa carrière, sur la bibliothèque de son aventureux de père en qui il voit l’origine de sa vocation, sur ses péripéties professionnelles (à l’extérieur comme à l’intérieur du monde du 9e art) et bien entendu sur la genèse de toutes ses séries, de XIII (dont on apprend qu’il fut un roman avant d’être la série phare que l’on sait) à Thorgal ou aux Maîtres de l’orge. Avec humour et une pointe d’autodérision, l’auteur égratigne au passage certains de ses pairs, mais insiste surtout sur des rencontres marquantes, avec Rozinski entre autre. Avec une riche illustration et d’une lecture aisée, ce livre apporte un joli regard sur l’un des plus grands conteurs de la BD contemporaine.

jack-kirby-king-of-comicsJack Kirby, King of comics, Mark Evanier, ed. Urban Comics, 224 pages, 29 euros. 2015 fut une « année Kirby » avec une expo hommage lors du festival d’Angoulême et une très belle version française de cette biographie signée Mark Evanier, ancien collaborateur du créateur de Thor, Hulk ou des 4 fantastiques. Préfacé par Neil Gaiman, l’ouvrage suit une approche et un chapitrage très classiquement chronologique, avec un inclinaison très empathique avec son sujet d’étude. Mais, paradoxalement, c’est une impression douce-amère que laisse cette vie d’un créateur présenté ici comme souvent exploité et rarement reconnu dans ses mérites – sinon quasi post mortem. quatrieme-monde-le-270x404Mais, à travers lui, c’est toute l’histoire des Comics qui est évoquée, avec sa traditionnelle opposition entre DC Comics et Marvel (qui doit énormément à Jack Kirby et Stan Lee). Mais le plus intéressant est dans l’approche esthétique et iconographique. Le livre reproduit de très nombreuses reproductions de planches (souvent en version originale), de couvertures, de crayonnés. Et propose quelques incises sur des collaborateurs du maître. En parallèle, Urban comics a aussi eu la bonne idée de republier une des œuvres phares (et longtemps mésestimée de Kirby) : Le quatrième monde ( 35 euros), un vrai trip mêlant Jimmy Olsen, des « chevelus », des gangs de motards, mêlés à des néo-dieux et à une guerre intergalactique. Un gros livre de 408 pages, lui aussi superbement édité, avec une introduction de Grant Morrison et une postface de Mark Evanier.

tout-lart-du-joker-270x363Tout l’art du Joker, Daniel Wallace. Urban Comics, 209 pages, 29 euros. Quatre mois après Kirby, Urban Comics exhume de nouveau un pan de l’univers graphique des comics avec sa version française d’une grosse monographie consacrée au Joker, l’emblématique adversaire ricanant de Batman, à l’occasion des 75 ans du personnages. Réalisé par un spécialiste des comics, Daniel Wallace, ce gros volume est, une fois encore, richement illustré. Mais il se distingue par son approche très thématique, évoquant ses débuts, mais aussi ses complices, ses méfaits emblématiques, etc. killing-joke-75-ans-270x407Le tout déployant une très grande diversité graphique, illustrant les multiples réutilisations du personnage depuis trois quarts de siècle. Dans la même logique éditoriale que pour le précédent ouvrage, est publiée une version « collector » en noir et blanc de Killing Joke, épisode culte signé Brian Bolland et Alan Moore et racontant les origines du Joker, comique minable instrumentalisé par des gangsters avant de sombrer dans la folie. Une œuvre majeure de « l’âge sombre » des comics et qui n’a rien perdu de sa noirceur et de sa force.

etre làÊtre là, avec Amnesty International reportages de Christophe Dabitch illustrés par treize dessinateurs. Editions Futuropolis, 184 pages, 24 euros. Après avoir recueilli des paroles « d’immigrants » pour Amnesty International, le journaliste Christophe Dabitch a repris la route, à la rencontre de militants et de victimes. Un périple aussi divers que les atteintes aux droits de l’homme peuvent également l’être. Son chemin débute en Argentine, auprès des familles et amis qui cimentent, dans des carreaux de céramiques colorées, la mémoire des victimes de la dictature ; action étonnant et poignant. Au Cambodge, il fait témoigner des femmes ayant résisté aux expulsions forcées des Khmers rouges ; en Ingouchie, il rencontre un avocat racontant son combat forcément très inégal contre un état oppressif. En Syrie, c’est une chercheuse, spécialiste des « conflits en phase aiguë » qui évoque – sans manichéisme – son action, sous les bombes des troupes de Bachar El-Assad. En Côte d’Ivoire, c’est aussi une atteinte à la nature qui est mise en avant, avec le rappel du scandale écologique du déversement de tonnes de produits toxiques à Abidjan. Mais les atteintes aux droits de l’homme ont aussi lieu en occident. Ceux-ci donnent lieu à deux reportages parmi les plus marquants de cet album. A travers les multiples réseaux de surveillance mises en place depuis une dizaine d’années, que des lanceurs d’alerte comme Snowden ou Assange ont révélé, mais aussi, plus prosaïquement en écoutant des roms de Grigny, dans l’Essonne. Eclectiques (à l’image des treize dessinateurs qui ont mis en images ces reportages), très denses, cet album collectif n’est pas d’un abord forcément très facile. Mais incontestablement utile. Venant rappeler l’actualité de la défense des droits humains un peu partout sur la planète.

Baffes & Furious

Furious_couvFurious, Bryan J.L.Glass (scénariste), Victor Santos (dessin). Editions Glénat Comics, 144 pages, 14,95 euros.

On connaissait déjà la série sévèrement burnée des Fast & Furious. Ici, c’est plutôt de baffes & Furious qu’il s’agit. Et c’est la gent féminine qui est à la manoeuvre.
Car si les super-héros sont tous des caractériels, diagnostic bien connu (au moins depuis les Watchmen et autres relectures par Alan Moore), cette petite nouvelle n’a pas grand chose à leur envier sur ce point.

Apparue un jour dans le ciel de la cité, se nommant la « vigie », cette jeune fille blonde en tenue azur se veut à l’affut de l’injustice, offrant son exemple à l’humanité et lui signalant la voie d’un avenir meilleur. Sauf qu’à chacune de ses interventions (contre des kidnappeurs d’enfants, des sadiques), une rage furieuse s’empare d’elle, lui faisant littéralement massacrer ses victimes. Une fois cela fait devant les caméras de télévision, elle devient pour tous « la Furie ». Et la première super-héroïne de la création, Cadence Lark, doit aussi gérer son lourd passé d’ado star. Et cette identité secrète va ressurgir lorsqu’apparaît une seconde super-héroïne volante, tout aussi violente et encore plus barrée…

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Dr Manhattan, héros au physique quantique

Before Watchmen Manhattan-couvBefore Watchmen, tome 8: Dr Manhattan, Joe Michael Straczyinski (scénario), Adam Hughes (dessin). Editions Urban Comics, 112 pages, 15 euros

Le Dr Manhattan est peut-être le plus mystérieux, mais aussi le plus émouvant des Watchmen. Pivot de l’univers créé par Alan Moore et Dave Gibbons, il ressort encore grandi dans cette prequel, qui conclue le projet éditorial de conter, à travers des histoires inédites, d’abord en fascicules puis rassemblés en albums cartonnés, le passé des « Gardiens ».

Fils d’horloger, rescapé de la Shoah, Jon Osterman est devenu un scientifique spécialisé dans le domaine du nucléaire dans l’Amérique de la fin des années 50. Mais un accident dans une chambre d’essai de canon à particules l’a métamorphosé à jamais. Devenu le « Dr Manhattan », géant à la peau bleue, il est désormais omniscient, connaissant tout du passé, du présent et du futur. Mais cette capacité à maîtriser la matière et l’espace-temps l’éloigne de plus en plus de l’humanité.
Ici, il tente un retour sur lui-même, jusqu’à l’instant de sa transformation et revoit son passé. Et même les différentes autres possibilités qui se seraient offertes à lui s’il avait pris telle ou telle décision à un moment donné, choisi telle ou telle voie…

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Naissance d’un super-héros

Battling Boy, tome 1, Paul Pope, éditions Urban Comics, 208 pages, 17,95 euros.

La gigantesque mégalopole d’Acropolis subit l’assaut répété de monstres hideux qui kidnappent les enfants. Face à eux, un super-héros est là : Haggard West, au look rétro et au bonnet d’aviateur à la Rockeeter. Jusqu’au jour où celui-ci succombe, sous les yeux de sa fille, victime d’un piège du super-méchant Sadisto. Un dieu guerrier projette alors son fils, Battling Boy, pour le remplacer. Le jeune ado de 12 ans se voit juste doté d’une carte de crédit magique et d’une douzaine de tee-shirts tout aussi enchantés, dotant leur porteur de la force des animaux qui y sont dessinés…

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Messie cloné et religion cathodique

Punk rock Jesus, Sean Murphy, éditions Urban Comics, 224 pages, 17 euros.

Après Joe, l’aventure intérieure, Urban Comics fait découvrir la dernière création, tout aussi étonnante, de Sean Murphy (parue en 6 fascicules aux Etats-Unis l’an passé). Un récit d’anticipation en prise avec une actualité déjà bien présente.

En cette année 2019, Jésus revient… par la grâce de la téléréalité et de la génétique. Une chaîne a l’idée de cloner le Christ à partir de l’ADN prélevé sur le suaire de Turin puis de suivre la vie de l’enfant devant les caméras de télévision ! Et, bien sûr, tout va se dérégler dans la vie de ce Jésus 2.0, dont on découvre l’enfance, puis l’adolescence au plus près, assiégé par les divers groupes d’intégristes choqués d’un tel blasphème.

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