La France par le bout du Boucq

Portrait de la France, François Boucq, éditions i, 120 pages, 18 euros.

A l’heure du café du commerce florissant et des propos de comptoirs suscités par le climat propice de cette campagne électorale finissante, voici une leçon de bistrosophie en huit chapitres qui ne saurait être que profitable.

Distillés par le grand François Bouc, ces « portraits de France », souvent accompagnés de l’incontournable Jérôme Moucherot, se déclinent donc en vue saisissantes de la décrépitude de la France atteinte notamment de « lepénité aiguë » (dès le dessin de couverture), ce gros album en restitution de l’insécurité française, en rencontre avec une France bien enveloppée ou remplie de grands sportifs, en évocation de solutions bien hexagonales et d’un éternel retour à la France de toujours…

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Bon anniversaire Franquin, en noir et toujours haut en couleur

Franquin, il était une fois les idées noires, dirigé par Gérard Viry-Babel, éditions Fluide glacial, 120 pages, 19,90 euros.
Gaston, l’anniv’ de Lagaffe, Franquin et Jidéhem. Editions Dupuis, 60 ans pour Gaston 56 pages, 10,90 euros.

Soixante ans pour Gaston Lagaffe, quarante ans pour les Idées noires. Et plus tristement vingt ans depuis le décès de leur auteur, le génial Franquin. On le sait, 2017 est une année anniversaire.

Et tandis que Beaubourg accueille pour quelques jours encore sa jolie expo consacrée au plus sympathique gaffeur de l’histoire du 9e art, deux albums hommage sont parus dernièrement pour célébrer ces anniversaires.

Les éditions Dupuis ont sorti un « hors série » de la collection Gaston réunissant « 60 gags pour 60 ans« , choisis parmi les quelques 900 et quelques égrainés au fil des ans. « les plus représentatifs, les plus drôles, les plus pertinents, les plus aimés« , comme le souligne M.Boulier, « directeur financier des éditions Dupuis dans sa préface. Si la méthode ultra-perfectionnée (à l’aide de groupes de lecteurs et de millions de capteurs) vantée par l’ineffable comptable de la rédaction n’est pas forcément établie, le choix final se tient incontestablement…

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Shoah et bande dessinée, bien plus qu’un simple catalogue

Shoah et bande dessinée, l’image au service de la mémoire, sous la direction de Didier Pasamonik et Joël Kotek. Editions Denoël Graphic / Mémorial de la Shoah,168 pages, 29,90 euros.

Offrant la possibilité de saisir l’esprit de l’expo « Shoah et bande dessinée » à ceux qui ne pourraient se rendre à Paris, ce catalogue format BD, sur un beau papier blanc cassé et très richement illustré, permet un heureux prolongement de la réflexion.
Plus qu’un simple catalogue d’expo, c’est un vrai ouvrage de référence sur le sujet. Quelques textes sont signés des deux commissaires de l’exposition, le journaliste Didier Pasamonik et l’historien Joël Kotek (qui ont édité ensemble voilà deux ans un ouvrage sur Mickey à Gurs et les carnets de dessins inédits de Horst Rosenthal). D’autres sont l’oeuvre de contributeurs de haut niveau (Art Spiegelman, Bernard Joubert, Pascal Ory, Annette Wieviorka)…

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A lire d’art, d’art : Plonk & Replonk exhument une collection oubliée du Musée d’Orsay et Le Chat revisite ses classiques

L’art d’en bas, Plonk et Replonk. Editions Futuropolis, 144 pages, 25 euros.
L’art et le Chat,
Philippe Geluck. Editions Casterman, 80 pages, 14,95 euros.

La bande dessinée est donc un art, le neuvième dans la liste. La chose est désormais, globalement, actée. Il arrive aussi qu’elle se penche plus directement sur les autres arts. Les Bidochon parcourent ainsi les musées des beaux arts avec Binet ; Zep réinterprète les oeuvres de celui de Lille ; voilà un an, Frédéric Bézian évoquait Mondrian dans un original leporello et on peut encore signaler la récente et jolie évocation de Magritte par Campi et Zabus (sur laquelle on ne désespère pas de revenir plus en détail prochainement). Sans oublier la désormais établie collection montée entre Futuropolis et le Louvre ; collection qui s’est étoffée d’une variante « jeunesse » avec Delcourt et s’est déclinée au Musée d’Orsay (avec notamment l’excellente évocation de la Moderne Olympia par Catherine Meurisse).
Deux albums récents viennent de s’ajouter, avec profit et humour, à la liste…

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Heureux qui comme Ulysse a fait des beaux Voyages

voyages-dulysse_couvLes voyages d’Ulysse, Emmanuel Lepage, Sophie Michel (scénario), Emmanuel Lepage, René Follet (dessin). Editions Daniel Maghen, 221 pages, 29 euros.

Nouvelle odyssée hors norme pour Emmanuel Lepage, pour un voyage à la fois pictural, littéraire et personnel, qui revisite à sa façon l’oeuvre d’Homère.

Fin du XIXe siècle, à Istanbul. Un obscur peintre, Jules Toulet, recherche sa muse, Ana, qui vit quelque part dans une ville du pourtour méditerranéen. Dans la dèche, il doit à ses oeuvres d’être remarqué par le capitaine Salomé Ziegler, qui l’accepte à bord contre la réalisation d’un dessin par semaine. La mystérieuse jeune femme qui pilote avec charisme L’Odysseus s’intéresse aussi beaucoup à la peinture. Et elle aussi est en quête. Elle recherche un peintre nommé Ammôn Kasacz, pour remplir un devoir familial. Or, Toulet pourrait bien l’aider dans cette recherche qui va les emmener de port en port. Entretemps, Salomé confie à Jules les liens qui la lient à Kasacz et les drames qu’ont traversé sa famille…

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Siné tient toujours la forme

sine_loeil-graphique_couvSiné, l’oeil graphique, en collaboration avec François Forcadell. Editions La Martinière, 240 pages, 29,90 euros.

Alors que Siné mensuel continue vaillamment le combat en l’absence de son fondateur, l’oeuvre de Siné se redécouvre à travers l’angle graphique avec ce nouvel ouvrage des Editions de La Martinière, dans un format assez similaire à celui consacré aux dessins d’Honoré.

Connu surtout pour ses dessins politiques, ses coups de gueule et ses journaux (de Siné Massacre à Siné Mensuel en passant par l’Enragé), Siné était aussi un très bon graphiste, accordant un attention toute particulière à la mise en forme et à la présentation de ses travaux (ses « zones » dans Charlie hebdo puis Siné hebdo et mensuel le démontrent déjà amplement).
Si sa formation à l’Ecole Estienne fut un peu cahotique, Siné reconnaissait que celle-ci marqua profondément son goût pour la mise en page. Comme il l’explique dans un texte repris en introduction du livre : « J’ai appris à aimer les blancs autour d’un texte ou d’une illustration, à respecter un dessin qui m’est confié et à tout faire pour le mettre en valeur sans le retrécir, l’agrandir, le rogner, ni surtout l’anamorphoseer au prétexte qu’il n’a pas la taille qui m’arrangerait bien pour le faire entrer à l’endroit choisi. » Très exigeant en la matière, il souligne presque préférer « un dessin médiocre bien présenté à un bon dessin gâché par l’habillage intempestif d’une typo mal choisi« .

Pour présenter et ordonner cette foisonnante oeuvre, cet ouvrage choisi un classement à la fois chronologique et thématique, avec ses premiers travaux, puis ses commandes publicitaires (commerciales ou pour des pièces, des festivals ou des films), les couvertures d’ouvrages ou de disque, les journaux.
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Il était une fois la France… des Bidochon

Il était une fois Les Bidochon, 40 ans de bonheur absolu, Binet (and co). Editions Fluide glacial, 200 pages, 25 euros.

Bon, on l’avait un peu zappé, l’anniversaire des 40 ans de Raymonde et Robert Bidochon. Paru d’abord en HS du magazine Fluide glacial (en septembre 2015), cet hommage a pris forme, au printemps dernier, d’un gros album à dos carré et couverture cartonnée de 200 pages. A l’intérieur, des reprises de quelques épisodes cultes, des couv’ du magazine où le couple faisait la une, des hommages dessinés d’auteurs de Fluide glacial ou d’ailleurs (on appréciera particulièrement de revoir une double page de Charb) et diverses contributions, parfois étonnantes comme celle de Michel Onfray, Pierre Perret ou Alex Taylor…

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L’art et la matière de Jirô Taniguchi

L'art de Jirô taniguchi_couvL’art de Jirô Taniguchi. Editions Casterman, 128 pages, 35 euros.

Inutile de présenter Jirô Taniguchi, sans doute l’un des mangakas les plus mondialement connus, notamment en Europe. Une renommée qui s’explique en partie par l’influence qu’il revendique de la bande dessinée franco-belge sur son travail.
Si ses albums de déambulations nimbées de fantastique, comme Quartier lointain ou l’Homme qui marche, lui ont apporté une reconnaissance internationale, d’autres aspects de son oeuvre ont émergé au fil des rééditions de ses productions (notamment ses séries de polar ou d’aventures de ses débuts), permettant aujourd’hui d’avoir une vision assez complète de son travail.

On retrouve l’ensemble de la palette de Taniguchi ici. Cette « alliance rare de retenue et d’efficacité, de délicatesse et de clarté« , comme l’écrit Benoît Peeter dans la préface de cet ouvrage qui rassemble dessins de couverture et illustrations. Ceux-ci sont plus ou moins rassemblés de manière cohérente, débutant par les personnages des mangas les plus connus ou les plus intimistes (Quartier lointain, le journal de mon père, le promeneur, le gourmet solitaire), avant d’enchaîner vers des oeuvres plus récentes (Les gardiens du Louvre), puis à l’inverse vers les ouvrages plus « populaires » de jeunesse (comme la magnifique série Le Sommet des Dieux, Ice Age chronicle of the Earth, Le chien Blanco, Trouble in my business, etc), avant de s’achever avec la série Au temps de Botchan.

Reflet de cette diversité thématique, cet art book révèle aussi l’importance accordée aux décors, à l’arrière-fond des vignettes, réalisés avec minutie et un sens aigu du détail. Des qualités qui s’affirment encore plus, peut-être, à travers ces reproductions quasi exclusivement en couleurs. Et même avec des images sorties de leur contexte, la mélancolie des personnages, leur regard profond laissant imaginer tout un destin à découvrir, s’imposent…

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L’actualité très honorée

0Petite anthologie du dessin politique, Honoré, préfaces François Morel et Hélène Honoré. Editions de la Martinière, 288 pages, 25 euros.

Le premier dessin montre deux vahinés réduites à l’état de squelettes, annonçant la reprise des essais nucléaires français dans le Pacifique en juin 1995. Le dernier, vingt ans plus tard, est plus connu : le chef de Daesh, Al-Baghdadi prononce ses voeux, en janvier 2015: « Et surtout la Santé ! »
Le jour même de la sortie de Charlie hebdo qui publiait ce dessin, son auteur, Philippe Honoré, était assassiné avec ses collègues par les frères Kouachi.

Le choix de ses deux images pour encadrer cette Petite anthologie du dessin politique illustre bien le style si personnel d’Honoré : le recul distancié face à l’événement et l’angle qui touche juste et synthétise, en un dessin unique et généralement muet, tout le propos politique. Ici la mort atomique polluant les atolls du Pacifique et discréditant l’image cliché du paradis océanien ; là le prêche faussement empathique d’un leader terroriste provoquant la mort à stade industriel.
Cette même approche se retrouve au fil des presque 300 pages de ce beau recueil préfacé sobrement par la fille du dessinateur, Hélène Honoré, et par l’acteur et humoriste François Morel. Ce dernier pointe avec justesse la bienveillance et la considération qu’Honoré portait aux autres – ou du moins celle qui transparait dans ses dessins : « Enragé, il restait bienveillant. En colère, il demeurait prévenant. Furieux, furibond, corrosif, votre père, profondément, était respectueux. Manuel Valls ou Sarkozy, John Wayne ou al-Baghdadi étaient représentés sans être déformés ou enlaidis. Ils étaient juste mis en situation »

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Une somme sur la Grande Guerre en BD

Grande Guerre et BD_luc révillonLa Grande guerre dans la BD, un siècle d’histoires, Luc Révillon. Beaux Arts édition – Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux, 240 pages, 29 euros.

Alors que le Musée de la Grande Guerre de Meaux accueille, ce samedi 28 mai, son premier salon de la bande dessinée sur 14-18, c’est l’occasion rêvée d’évoquer et de revenir sur ce livre de l’historien Luc Révillon, commandité justement par le musée dirigé par Michel Rouger, qui s’affiche volontiers grand fan du 9e art. Et dans sa préface, il souligne combien son musée « entretient des liens étroits avec la BD: des exemplaires du Bon-Point amusant, de la Semaine de Suzette ou encore des Trois couleurs au sein des collections ; une fresque dans la salle d’introduction tirée d’un dessin original ; des ateliers d’initiation à la bande dessinée pour les groupes scolaires ; un rayon BD au sein de la boutique qui connaît un beau succès... » Auxquels on pourrait encore ajouter l’expo consacrée, l’an passé à Pat Mills et la Grande Guerre de Charlie et le fait que le musée est né, en grande partie, des collections cédées par Jean-Pierre Verney, collaborateur attitré de Tardi. Bref, ces liens entre Grande Guerre et BD ne sont plus à démontrer. Et ils se concrétisent dans cette Grande Guerre dans la BD. Et dans la superbe double couverture originale réalisée par Maël…

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