Alexandrin, en vers et pour tous !

Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied, Pascal Rabaté (scénario), Alain Kokor (dessin). Editions Futuropolis, 96 pages, 22 euros.

Monsieur Alexandrin de Vanneville est poète ambulant, « arpentant les chemins de terre ou de bitume, par le vent et par la pluie« , mendiant de la rime (et non du slam), qu’il pratique au quotidien. Sa rencontre avec Kevin, un jeune fugueur qui devient son auxiliaire, va lui donner l’occasion de revivre. Occasion de belles rencontres, redécouverte d’un amour et d’une paternité trop fugitives. Mais le retour de la solitude va s’avérer ensuite pesante, jusqu’à tarir la source des rimes et faire disparaître l’auteur de ceux-ci. Mais « partout se trouve la beauté » et « l’émerveillement s’apprend et se transmet ».

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Nouveaux plaisirs solitaires en bouche

les rêveries d'un gourmet solitaire_couvLes rêveries d’un gourmet solitaire, Jirô Taniguchi et Mazayuki Kusumi. Editions Casterman, 144 pages, 16,95 euros.

Dix-huit ans après la parution du premier tome, le « gourmet solitaire » né de la collaboration du mangaka Jirô Taniguchi et du scénariste Mazayuki Kusumi n’a pas perdu son appétit.

Toujours à la recherche d’expériences culinaires enrichissantes, ce « salary man » anonyme découvre de nouvelles gargotes aux plats succulents. Au hasard de ses déambulations, il va aller d’un oden (une sorte de pot-au-feu revigorant) en soupe à Shizuoka à des râmen au porc dans l’arrondissement de Chiyoda à Tokyo ou un ragoût japonais au parc Komazawa. Parfois, l’expérience se fait plus érudite ou littéraire, lorsque la vision récente du film d’Ozu le goût du Chasuke lui donne envie d’aller goûter ce plat de riz dans un bouillon de thé vert.

Et dans ce deuxième volume, le gourmet s’ouvre à des plats plus internationaux: une pizza dans une ruelle de Shimokitazawa, une dégustation de frijoles péruviens à Shinjuku, des plats coréens sous un viaduc à Yûrakuchô ou même un couscous à Paris…

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La beauté retrouvée de Catherine Meurisse

La légèreté_couvLa légèreté, Catherine Meurisse. Editions Dargaud, 136 pages, 19,99 euros.

Comme Luz, Catherine Meurisse fait partie des « survivants » du massacre à Charlie hebdo, le 7 janvier 2015. Comme Luz, elle doit indirectement la vie à une histoire d’amour. Une nuit trop prolongée avec sa femme pour lui, le blues d’une rupture pour elle. Le traumatisme post-attentat lui avait fait perdre son dessin. Pour Catherine Meurisse, c’est la mémoire qui a flanché. Un grand vide qu’elle va tenter de remplir à travers sa redécouverte de la beauté, de la nature et de l’art (elle, dont les albums précédents, comme Le Pont des arts ou Moderne Olympia étaient justement des variations et des réflexions autour des peintres et des poètes).

Tandis que Luz racontait sa reconstruction par l’amour de Camille, Catherine (ainsi qu’elle signe ses dessins dans Charlie) relate sa tentative – ratée – de retrouver Proust, son auteur favori, à Cabourg ou ses plongées dans Baudelaire, poète préféré de Mustapha, le correcteur assassiné de Charlie. Elle revient aussi plus longuement, dans ce qui fait la seconde partie du livre sur son passage à la Villa Médicis, à Rome, où chaque oeuvre vue lui rappelle des aspects du 7 janvier et qui va lui permettre de vivre un « syndrome de Stendhal » à l’envers…

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La vie surréaliste à Tel Aviv

K.O. à tel Aviv_3_couvK.O. à Tel Aviv, tome 3, Asaf Hanuka. Editions Steinkis, 88 pages, 18 euros.

Après un deuxième volume en sélection officielle à Angoulême l’an passé, la série K.O. à Tel Aviv vient d’être nommée aux prestigieux Eisner Awards américains (catégorie meilleure édition US d’une oeuvre internationale). Une reconnaissance méritée pour un auteur et une oeuvre singulières.

Ici, pour la troisième fois, donc, Asaf Hanuka poursuit son évocation fantasmée de sa réalité quotidienne d’artiste et de père à Tel Aviv: sa vie de famille perturbée par les bêtises et les questions existentielles de ses enfants, ses problèmes avec le fisc et la banque, l’observation des petits faits significatifs de société (comme l’usage des SMS), il revient aussi sur sa chronique familiale, le retour de son frère jumeau, il se souvient de sa vie parisienne (quartier Oberkampf) ou de la révélation que fut pour lui la découverte des Watchmen d’Allan Moore et son amour des comics.

Et, bien sûr, il restitue l’inquiétude constante face à aux alertes, dans une ville toujours susceptible d’être prise pour cible. Mais, il évoque aussi le quotidien d’un jeune Palestinien des territoires occupés qui doit réaliser chaque jour un vrai parcours du combattant pour parvenir dans l’arrière-salle du bar où il lave la vaisselle.
Citoyen israélien désenchanté, père de famille angoissé, il transfigure cet univers hétéroclite, devenu banalement étrange, par des visions oniriques et absurdes…

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Alvin se perd un peu dans le bayou

alvin-tome-2-le-bal-des-monstres_couvAlvin, tome 2: le bal des monstres, Régis Hautière (scénario), Renaud Dillies (dessin). Editions Dargaud, 56 pages, 13,99 euros.

Fin du périple pour l’ours Gaston et son protégé, le jeune orphelin Alvin, recueilli après le décès de sa maman à New York. Toujours accompagné de l’énigmatique Jimmy « face de Lune », le trio est redescendu vers le sud des Etats-Unis, s’est trouvé confronté à des voleurs, à failli se noyer sur le grand fleuve mais a atteint Crapeville, ou résiderait la famille d’Alvin. Dans cette ville marquée par la ségrégation contre « ceux qui ont un bec » (et l’apparence un peu trop « bronzée »), Gaston réussit à retrouver une piste. Mais il se confrontera à beaucoup d’hostilité. Et la tension monte encore quand le révérend fanatique fait son apparition en ville, incitant à des expéditions punitives contre les hérétiques…

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Etats d’âmes sensibles de Pedrosa

Les Equinoxes_couvLes équinoxes, Cyril Pedrosa. Editions Dupuis, Coll. Aire libre, 336 pages, 35 euros.

Après un gros roman graphique intimiste, le très reconnu Portugal, Cyril Pedrosa revient avec un encore plus gros roman graphique, mais choral cette fois.

Le temps d’une année, découpée en ses quatre saison, différentes vies se révèlent: une jeune ado aux parents divorcés se découvre une passion pour le dessin, fascinée par un tableau du Louvre ; son père, orthodontiste quinquagénaire tente de dépasser son vague à l’âme, notamment en retrouvant son frère, devenu pasteur. Ailleurs, dans l’est, un vieil homme, militant de gauche fatigué suit de loin la progression politique d’une ancienne de ses protégées, devenue secrétaire d’Etat à l’Environnement (dans laquelle on reconnaîtra un peu Dominique Voynet), tandis que la région se mobilise contre un projet d’aéroport (qui fera penser à celui de Notre-Dame-des-Landes). En Bretagne, la remise en cause du chantier de l’aéroport met en difficulté une usine dont les salariés se mettent en grève. Un vieil ouvrier, proche de la retraite, envoyé sur ce fameux chantier y fait par hasard une découverte: celle d’une grotte préhistorique (dont on aura découvert, en prologue de chaque saison, quelques instants de vie, muets, d’un jeune garçon du néolithique). La relation entre tous ces destins se fait souvent via une jeune photographe, Rmiste et qui fige sur sa pellicule leurs portraits, en attendant de trouver, elle aussi l’âme soeur…

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La jolie colonie de vacance d’Arsène Schrauwen

Arsène schrauwen_couvArsène Schrauwen, Olivier Schrauwen. Editions l’Association, 256 pages, 35 euros.

A s’en tenir au synopsis ou au résumé littéral que l’on pourrait en faire, cela relève de la biographie historique et de l’exotisme colonial ; au regard de la couverture, du roman d’aventures populaire promettant « de la peur », « de l’amour », « de la luxure », « un piège »… et, moins classique : « de l’architecture », « des conneries artistiques » et même « rien » ! Et c’est en fait encore tout autre chose.

Arsène Schrauwen débute donc comme un hommage familial d’Olivier Schrauwen à son grand-père, Arsène. En 1947, celui-ci quitte les Flandres pour l’Afrique, appelé par son cousin, Roger Desmet, pour participer à l’édification d’une cité futuriste au coeur de la jungle. La traversée en bateau sera déjà éprouvante, après les mises en garde d’un étrange passager, contre les dangers qui l’attendent sur place: « vers-éléphants » et autre « hommes-léopards ». Sur place, s’il tombe sous le charme de l’épouse de son cousin, Marieke, il sombre dans la paranoïa, dans le huis-clos de son bungalow, secondé par un « boy » qu’il ne voit jamais. Et quand Roger subit à son tour un coup de folie, Arsène se voit confié la tête de l’expédition qui doit poser les bases de la future ville de Freedom Town…

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Borb, une vie à la rue

borb_couvBorb, Jason Little. Aaarg éditions, 98 pages, 12,50 euros.

Clodo, crevard, épave, hobo, mendiant, crève-la-faim, sac à vin, sans-abri, sans domicile fixe, schlag, traîne-savatttes, vagabond, va-nu-pieds, zonard… Borb coche toutes les cases de la liste placée en exergue du livre de Jason Little.  A peine se voit-il offert un dentier pour remplacer ses dents pourries qu’il vomit celui-ci  dans le canal de Gowanus, puis dormant debout abruti par l’alccol, il se fait une fracture ouverte du tibia. Profitant de sa convalescence à l’hôpital puis d’un logement provisoire trouvé par l’aide sociale. Mais c’est pour bientôt voire brûler son appartement à cause d’un chauffage défectueux. Nuits de galère en foyer, accusation d’exhibitionnisme et de pédophilie (à cause d’un pantalon craqué), nécrose d’un pied et autres dérives rythme son quotidien, jusqu’à la spirale fatidique, conséquence d’une bascule irrémédiable dans le crack qui l’a poussé à la rue…

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De bien beaux instants de vie avec Jim

de beaux moments_couvDe beaux moments, Jim. Editions Grand Angle, 136 pages, 18,90 euros.

« C’est à l’instant où ils nous filent entre les doigts qu’on réalise que c’étaient de beaux moments« . L’ambition et l’objectif de Jim sont bien résumés par cette phrase, qui termine le livre (et qui est judicieusement reprise au dos de la couverture). A travers douze histoires courtes, ce spécialiste des récits sentimentaux et (plus ou moins) romantiques, revient sur de tels moments marquants, pour une histoire d’amour, d’amitié, de souvenirs familiaux.

Un père songe à l’enfance irrémédiablement perdue de ses enfants ; une jeune femme qui s’était laissée aller, dans l’ivresse d’une soirée, à une proposition de bain de minuit adultère hésite à conclure ; un mari vieillissant pense à sa femme ; une quadragénaire qui trouve une seconde jeunesse dans une séance photo coquine ; la naissance d’une grande amitié virtuelle sur facebook ; un homme qui pense à son père trop pudique pour lui avoir jamais affirmé son amour ; un texto qu’il aurait mieux valu ne pas faire parvenir à sa mère ; une idée de cadeau d’anniversaire géniale et risquée. Et puis, un peu en contre-exemple, une soirée de Noël vraiment trop originale ou une compilation de photos d’instants « pourris », pour « au moins apprécier la vie à venir« …

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« Junior », un rêve d’éducation parentale qui fait frémir

Junior_couvJunior, J.Personne. Editions Les Enfants rouges, 88 pages, 17,50 euros.

Histoire d’une éducation parfaite. Ou presque. A 40 ans, Martin Léglise, estime avoir raté sa vie. Il « achète » illicitement un bébé afin de se rattraper et de réussir, par substitution. Grâce à un petit héritage, en père exemplaire, il consacre sa vie à son enfant, « Junior ». Planifiant tout dans la vie de son fils afin de lui donner toutes les chances de réussite, de la prof d’anglais dès 2 ans à une scolarité au collège en ZEP (« pour qu’il apprenne l’autonomie »), puis un glissement vers un lycée d’élité. Une préparation méticuleuse qui va aussi jusqu’au contrôle des fréquentations de l’enfant. Mais son implication dans ce trafic d’enfant pourrait le rattraper, surtout quand le père d’un copain de Junior s’avère être un fils enquêtant sur ce type d’affaires. Et puis, malgré tous ses efforts, la situation pourrait quand même lui échapper…

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