Huis clos d’un été 48 dans le Montana

Montana, 1948, Nicolas Pitz, d’après le roman de Larry Watson. Editions Sarbacane, 128 pages, 19,50 euros.

Dans le Montana, à la frontière avec le Canada, dans l’après Seconde Guerre mondiale, le jeune David Hayden est le fils du sheriff de Mercer County. Il vit avec sa mère, luthérienne fervente et Marie, sa jeune nounou indienne. Et son père n’a rien d’héroïque, à la différence de son frère, Frank, charismatique héros de guerre devenu le médecin de la ville. Mais derrière l’image publique se cache une réalité plus sordide. Frank est soupçonné d’attouchements et d’agressions sur les jeunes indiennes de la réserve toute proche. Et toute la famille va être prise dans une douloureux choix, entre la loyauté familiale et la justice…

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Renaud Farace remporte son Duel

Duel, Renaud Farace. Editions Casterman, 192 pages, 22 euros.

Tout démarre en 1794 à Strasbourg, pour une broutille. Un lieutenant des hussards, Armand d’Hubert, est chargé de ramener Féraud, également lieutenant, pris dans une sale histoire de duel contre un civil. Autant le premier, issu de la noblesse picarde est flegmatique, autant le second est sanguin est querelleur. Et ce qui n’aurait dû être qu’une simple histoire de sanction militaire va tourner à l’histoire mythologique. Pendant près de vingt ans, à a chacune de leur rencontre, les deux hommes vont s’affronter en duel. Ni la fraternité des armes entre eux (dont un éprouvant épisode durant la campagne de Russie), ni leur progression en grades (ils vont finir tous deux généraux d’Empire) ne fera cesser cette « question d’honneur », qui connaîtra son épilogue et point d’orgue au début de la Restauration…

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Dramatique histoire Damour

Jacques Damour, Vincent Henry (scénario), Gaël Henry (dessin). Editions Sarbacane, 144 pages, 19,50 euros.

Après une jolie évocation de l’anarchiste-cambrioleur Alexandre Jacob, Vincent et Gaël Henry se retrouvent de nouveau chez Sarbacane autour d’un autre personnage du tournant du siècle (plutôt campé cette fois dans la fin du XIXe siècle que dans le début du XXe siècle).
Paris, 1880, Emile (Zola ?) se voit éconduit de chez sa maîtresse, Louise de Savigny. Celle-ci vient de retrouver son père, qu’elle croyait mort, qui lui a été ramené par un vieil ami ambigu de ce dernier, Berru. Jacques Damour, ce père disparu donc, était sur le point de se jeter dans la Seine. Il est vrai que sa vie ne semblait plus vouloir lui apporter grand chose.
Tout n’avait pourtant pas si mal commencé. Pauvre, mais heureux, il vivait sa petite vie de ciseleur sur métaux à Ménilmontant, avec son fils Eugène, sa petite « Louise » à la constitution fragile, son épouse Félicie et son ami Berru, un brin pique-assiette aux idées révolutionnaires. Mais tout va basculer lors de la Commune de Paris.
A la fin de celle-ci, déporté en Nouvelle-Calédonie, Jacques Damour va vivre dix ans d’errances, en Amérique ou en Belgique, avant de rentrer dans sa ville où on le croit mort et où sa femme s’est remariée. Choyée par sa fille (devenue la protégée d’un riche comte), son histoire rocambolesque va inspirer aussi Emile…

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Un grand Livre

Le livre, Nicolas Arispe. Editions Le Tripode, 80 pages, 16 euros. Sortie le 11 mai

La relecture de la Bible tend à devenir un sous-genre de la bande dessinée. Au-delà des adaptations pieuses et didactiques, plusieurs grands noms s’y sont attaqués dernièrement comme Crumb, Winshluss ou Niko Henrichon notamment. L’Argentin Nicolas Arispe propose à son tour sa vision du Livre.
Piochés dans l’Ancien Testament, les sept courts chapitres qui composent cet ouvrage évoquent la Genèse, le sacrifice d’Abraham, la colère de l’archange Michel, la souffrance de Job, les lamentations du pauvre pêcheur, l’armée d’Ezechiel et enfin la mésaventure maritime de Job avec la baleine. Avec la reprise d’extraits du texte originel, accompagnés d’illustrations pour chacune des phrases. Et c’est bien ces dessins qui font toute la singularité de l’entreprise…

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Le Comte de Monte-Cristo remis au goût du jour

Le Comte de Monte-Cristo, d’après Alexandre Dumas, Ena Moriyama (dessin). Editions Kurokawa, 272 pages, 8,90 euros.

Fidèle à sa volonté de promouvoir les classiques de la littérature européenne, l’éditeur Kurokawa frappe un grand coup en sortant l’adaptation manga du Comte de Monte-Cristo (déjà prépublié au Japon en 2014 dans le magazine Young Animal).

Après Les Misérables, Sherlock et Arsène Lupin, les lecteurs se voient proposer l’une, si ce n’est la plus célèbre histoire de vengeance, celle écrite par l’immense Alexandre Dumas en 1844.
Le one shot est signé Ena Moriyama, une mangaka fascinée (comme tant d’autres) par l’œuvre originale depuis toute petite.

L’histoire commence donc à Marseille en 1815. Promis à un bel avenir, Edmond Dantès, 19 ans, est promu capitaine du navire marchand Le Pharaon par l’armateur Morrel. De retour sur terre après un long voyage en mer et une escale à l’île d’Elbe, il s’apprête à épouser Mercédès la belle catalane. Une vie de bonheur lui tend les bras sauf que le jour de son mariage, il est arrêté et enfermé pour d’obscures raisons au Château d’If. Une prison sombre et humide pour « criminels politiques » que l’on quitte généralement dans un sac de jute lesté de plomb et jeté à l’eau… Abandonné à son sort, l’officier de marine ne cesse de crier à l’injustice, lui qu’on accuse de fomenter un complot bonapartiste à la suite de la découverte d’une mystérieuse lettre écrite par l’« usurpateur » retiré sur l’île d’Elbe. Après plusieurs années d’enfer, Dantès fait connaissance avec un autre prisonnier, le clairvoyant abbé Faria, et finit par comprendre qu’il a été victime d’une terrible trahison. Une machination sans doute ourdie par des amis jaloux, Fernand et Danglars, avec la complicité du substitut du procureur, l’infâme Villefort. La colère et la haine submergent le jeune homme qui parvient à s’évader et à mettre la main sur le fabuleux trésor des Spada dont lui a parlé l’abbé Faria peu avant sa mort. Le candide Dantès bascule et devient le démoniaque et richissime Comte de Monte-Cristo. Débute alors une terrible vengeance pour tous les punir et leur faire payer ses 14 années d’emprisonnement…

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Renaud, une bande (dessinée) pour lui tout seul maintenant

La bande à Renaud, collectif. Editions Delcourt, 106 pages, 18,95 euros.

Renaud aime bien la bande dessiné et les auteurs de bande dessinée aiment bien Renaud, au vu de cet album collectif chaleureux et très diversifié. Vingt-cinq chansons sont adaptées ici en dessins par un beau collectif de dessinateurs (de Richard Guérineau à Edith, par ordre d’arrivée dans le tour de chant et de crayon).

Comme Renaud l’explique lui-même dans la préface, « c’est même pas moi qu’a eu l’idée. On m’a demandé si ça m’brancherait que quelques dessinateurs balèzes parmi les balèzes, illustrent mes chansons en quelques planches. ‘Videmment que j’ai dit ouais ! »

C’est donc à Guy Delcourt que revient l’idée de cet album collectif, réunissant une trentaine d’auteurs, dans des styles et des chansons très divers…

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Délicate « Délicatesse »

« La délicatesse », Cyril Bonin, d’après le roman de David Foenkinos. Editions Futuropolis, 96 pages, 17 euros.

Un album sur la délicatesse. L’adaptation du roman best-seller de David Foenkinos semblait faite sur mesure pour Cyril Bonin, par l’élégance de son trait et son intérêt pour les récits sentimentaux plein de finesse.

L’histoire débute comme un conte de fées moderne. Dans la rue, Nathalie, une toute jeune femme belle et discrète est abordée par François, qui n’a pu retenir cette impulsion à la vue de la discrète et belle jeune femme. Ils se plaisent, vont se marier et vivre un parfait amour jusqu’à ce qu’un accident fasse basculer la vie de Nathalie. Son amour mort, elle se remet mécaniquement au travail, dans l’entreprise suédoise ou elle avait été embauchée quelques temps auparavant. Elle ne cède pas aux avances de son patron, mais un jour, elle se met à embrasser Markus, un employé un peu pataud et bizarre, arrivé tout droit d’Uppsala. Si pour elle, il ne s’agit que du relâchement d’un instant, pour lui, c’est un événement qui transfigure sa vie. Ils vont nouer une relation amicale, pleine de délicatesse…
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Pereira, poids plume de la résistance au Salazarisme

pereira-pretend_couvPereira prétend, Pierre-Henry Gomont, d’après le roman d’Antonio Tabuchi. Editions Sarbacane, 160 pages, 24 euros.

Adaptation subtile et forte d’un roman à succès d’Antonio Tabuchi.

En 1938, en pleine dictature salazariste, le doutor Pereira est un journaliste vieillissant, veuf inconsolable et solitaire. Depuis une trentaine d’années, il rédige sans passion la page culturelle du Lisboa, quotidien conservateur de Lisbonne. Indifférent aux violences du régime, « bon catholique« , conversant surtout avec le portrait de sa défunte épouse et les affres de sa conscience, il s’interroge sur la résurrection de l’âme et pense avoir trouvé une partie de la réponse chez un jeune écrivain, Francesco Monteiro Rossi, qu’il engage – sans logique véritable – comme collaborateur, sous le prétexte de lui faire rédiger des nécrologies anticipées d’écrivains. Mais emporté par sa fougue et par la ferveur de sa compagne au service des Républicains espagnols, Monteiro livre des textes sulfureux sur des auteurs interdits comme Garcia Lorca ou Maïakovski. Lorsqu’il se retrouvera confronté avec la police politique, Pereira devra, à son tour, prendre position…

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Une adaptation ravageuse

capture-decran-2016-09-17-a-11-19-01Ravage, tome 1, Jean-David Morvan (scénario), Rey Macutay (dessin), d’après l’oeuvre de Barjavel. Editions Glénat, 48 pages, 13,90 euros.

René Barjavel et son célèbre roman Ravage fait à son tour l’objet d’une adaptation en bande dessinée en cette rentrée.

La France, autour de l’an 20150. Deux bandes armées hétéroclites se font face dans un monde post-apocalyptique. Les assaillants, menés par « le Patriarche » – leur charismatique chef âgé de 130 ans –  veulent absolument détruire « la machine » des villageois, un véhicule à vapeur bricolé. Car le Patriarche proscrit toutes technologies ou forme de progrès technique. Un engagement qui trouve sa source un siècle plus tôt quand il n’était qu’un jeune étudiant en chimie et se nommait François Deschamps. En cette année 2052, la vie s’ouvre à lui et à sa fiancée, Blanche. Mais cette dernière va se voir instrumentalisée par un magnat du show-bizz. Et, surtout, la « catastrophe » va tout bouleverser, stoppant d’un coup toutes les machines…

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Avec Luz, l’horreur est humaine

ô vous, frères humains_couvô vous, frères humains, Luz (d’après l’oeuvre d’Albert Cohen). Editions Futuropolis, 136 pages, 19 euros.

A la fin de Catharsis Luz évoquait son souhait d’adapter Shining, de Stephen King. Finalement, c’est autour d’un autre enfant et d’une autre forme d’horreur qu’est construit son nouvel album, adaptation d’Ô vous, frères humains, d’Albert Cohen.

Le court résumé fait par Albert Cohen lui-même de son ouvrage dit tout: « Un enfant juif rencontre la haine le jour de ses dix ans.. J’ai été cet enfant. »

Alors qu’il est devenu un vieil homme, l’auteur de Belle du seigneur se replonge dans cette anecdote traumatisante de sa jeunesse. Un matin d’août 1905 à Marseille, le petit garçon qu’il fut marche joyeusement dans les rues de sa ville. Attiré par un attroupement, il découvre un camelot qui vante les mérites de son détachant universel. Tout heureux, il lui tend les 3 pièces que sa mère lui avait donné afin de lui offrir ce produit miracle. Mais le camelot lui assène alors dans l’hilarité générale et complice : « Toi, tu es un youpin, un sale youpin, je vois ça à ta gueule… » Tout bascule alors. Humilié et honteux, le petit garçon s’enfuit et la ville elle-même se transforme en milieu hostile, où s’affiche sur les murs cette haine irraisonnée ; une haine qui, quarante ans plus tard, se concrétisera dans les monceaux de cadavres des camps de concentration nazis…

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