Jirô Taniguchi ne marchera plus

Auteur de Quartier lointain, de l’homme qui marche ou du Sommet des Dieux, Jirô Taniguchi vient de mourir. Il avait 69 ans.

(photo éditions Casterman)

La nouvelle est tombée ce samedi en fin d’après-midi, rendue publique par son éditeur francophone, Casterman : Jirô Taniguchi est décédé. Agé de 69 ans, le plus « européen des mangakas » laissera une oeuvre marquante dans le neuvième art. Comme un pont entre l’univers asiatique et la bande dessinée franco-belge.

Prix du scénario au Festival international d’Angoulême en 2003, Jirô Taniguchi avait aussi été fait chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 2011. Témoignages de son succès grand public, plusieurs de ses oeuvres ont été adaptées au cinéma ou au théâtre, à l’image, bien sûr, de Quartier lointain. Si le film, sorti en 2010 n’a pas laissé un grand souvenir, la transposition sur scène – donnée notamment à la Comédie de Picardie à Amiens, était finalement plus réussie. A noter, qu’Amiens l’avait également mis à l’honneur assez tôt, en réalisant l’expo principale des 12e Rendez-vous de la Bande dessinée d’Amiens, en 2007. C’était alors l’une des premières en Europe.
Depuis son oeuvre avait aussi bien sûr fait d’autres grandes expositions, comme à Versailles l’an passé et l’année d’avant au Festival d’Angoulême…

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R.I.P. 2016

Avant de tourner définitivement la page de 2016, une dernière pensée pour la vingtaine de personnalités du monde du 9e art qui nous ont quitté cette année (merci au rapport Ratier pour le rappel d’une bonne partie de tous ces noms). En forme d’éphéméride de janvier à décembre. Et Requiescat in pace (que tous reposent en paix)…

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Mix & Remix, mort et pas seulement de rire

Quinze jours après le décès de Gotlib, c’est une autre triste nouvelle qui endeuille cette fin d’année dans le petit monde de la bande dessinée et du dessin de presse helvétique mais aussi français.

Moins connu que le fondateur de Fluide glacial, Philippe Becquelin est mort à l’âge de 58 ans des suites d’un cancer du pancréas. Son nom ne dira rien à personne, son pseudonyme sans doute un peu plus: Mix & Remix. Et ceux qui ont découvert un de ses dessins ou de ses strips dans Courrier international, la matinale du Monde ou dans Siné Mensuel ne pourront manquer de s’en souvenir, tant son oeuvre était singulière et son talent et son sens de la satire étaient éblouissants et hilarants, avec un style minimaliste, mais qui en disait un maximum…

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Gai-Luron est triste, Hamster moins jovial… Gotlib est mort

Les éditions Dargaud ont annoncé ce dimanche le décès de Gotlib, âgé de 82 ans.

cy11czhweaa8q8lGai-Luron est triste, Hamster moins jovial et nous tombe dessus un petit coup de blues et de nostalgie. Gotlib, alias Marcel Gottlieb est décédé à l’âge de 82 ans.
De Pif et Vaillant, où il fit ses armes au début des années 60 jusqu’à son retrait progressif de Fluide glacial, il aura marqué des générations de lecteurs, révolutionné en partie la presse BD à l’aube des années 70, suscité de nombreuses vocations et incité à plusieurs reprises de ses oeuvres (récemment encore Gai-Luron ou Super Dupont) toujours marquées par une humble dévotion à leur créateur.

Et pour beaucoup, il aura marqué indélébilement (et pas débilement du tout) les esprits par cet humour loufoque, non sensique (et parfois scatologique) puisé en partie chez les Américains de Mad mais qui apparaissait comme une vraie nouveauté et un grand coup d’air frais…

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Dernier rendez-vous pour Ted Benoît

Grand nom de la néo-ligne claire, premier à reprendre Blake et Mortimer, Ted Benoît est décédé à l’âge de 69 ans.

Voilà deux ans, il avait ressuscité son héros Ray Banana, personnage emblématique des années 80, ou Ted Benoît s’était affirmé, aux côtés de Floch’ ou Chaland comme une des figures de proue de la « néo-ligne claire », dont la froideur épurée collait bien, finalement, à la « modernité » de cette décennie-là.

Avant cela, le dessinateur né à Niort en 1947 avait émergé dans les années 70, publiant dans l’Echo des Savanes, Métal Hurlant, A suivre ou dans le quotidien Libération. Et dans la décennie suivante, celle des années 1990, l’auteur sera remarqué – et plus maintstream – en étant le premier à reprendre les personnages de Blake et Mortimer. Il réalisera deux albums avec Jean Van Hamme, L’Affaire Francis Blake (1996) et L’Etrange Rendez-vous (2001).

Ted Benoît était aussi affichiste et illustrateur.

 

Mobidic fait surface à Amiens : « Je suis clairement du côté des trucs vivants ! »

Retour sur une rencontre enjouée et cool avec Mobidic, primée par les lycéens picards pour son album Le Roi Ours.

mobidicLe prix du meilleur premier album des lycéens picards 2016, Le Roi ours, est une oeuvre passablement intrigante, avec son style graphique aux traits appuyés mais d’une belle élégance, avec un dessin donc plutôt « joli » pour une histoire qui l’est nettement. Avec des références à une peuplade indienne un peu mystérieuse.
Tout cela donnait envie d’en savoir plus sur ce projet et son auteure, Francilienne résidant désormais à Bruxelles, masquée derrière son nom de blogueuse.
Rencontre éclairante et enjouée lors des 21e Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, ce dimanche 5 juin…

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Un beau tombeau pour « Bob » Siné

Siné mensuel sort aujourd’hui un hors série sur Siné, décédé le 5 mai : « ma vie, mon oeuvre, ma mort » ! De quoi rester éternellement sinéphile.

siné mensuel hs mort siné C’est un beau tombeau (au sens second du terme, celui de poème hommage) que l’équipe de Siné Mensuel rend à son fondateur avec ce numéro spécial de 40 pages (5,90 euros) qui paraît aujourd’hui, moins de quinze jours après le décès de son fondateur. Sobre, complet et restituant bien toute l’ampleur du personnage.

Siné lui même y a d’ailleurs participé, avec la couv’… conçue sur son lit d’hôpital en février (en précisant : « Si je casse ma pipe, on aura la prochaine couv’« ). Autres inédits: les premiers chapitres du tome 10 de Ma vie, mon oeuvre, mon cul ! son autobiographie manuscrite et illustrée, dont le dernier tome est paru l’an passé

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Siné a passé l’arme à (l’extrême) gauche

Ce jeudi 5 mai, à 8 heures, le dessinateur Siné est décédé à l’hôpital Bichat des suites d’une opération, a-t-on appris de son entourage.

medias-presse-sine-hebdo_5592949Mourir le jour de l’Ascension, pour un anar farouchement athée comme Siné, il faut y voir un dernier bras d’honneur. Le dessinateur est décédé ce matin à l’hôpital Bichat des suites d’une opération des poumons…

Avant-hier, il écrivait sa dernière zone, publiée hier sur le site de Siné Mensuel :
Ça m’énerve grave
. Depuis quelque temps, vous avez dû remarquer que je ne nageais pas dans une joie de vivre dionysiaque ni dans un optimisme à tous crins, ce qui est pourtant mon penchant habituel. Je ne pense, depuis quelque temps, qu’à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier. Mon moral, d’habitude d’acier, ressemble le plus souvent maintenant à du mou de veau ! C’est horriblement chiant de ne penser obsessionnellement qu’à sa mort qui approche, à ses futures obsèques et au chagrin de ses proches ! Je pense aussi à tous les enculés qui vont se frotter les mains et ça m’énerve grave de crever avant eux !Heureusement que vous êtes là, admirateurs inconditionnels, adulateurs forcenés… vous ne pouvez pas savoir comme vos messages me font du bien, un vrai baume miraculeux !
Et banzaï malgré tout !

La dernière "une" de Siné, pour le numéro de mai de Siné mensuel

La dernière « une » de Siné, pour le numéro de mai de Siné mensuel

Il avait déjà été absent du numéro d’avril de Siné mensuel. Mais avait fourni deux unes (en avril et mai) particulièrement rageuses et vivantes. A l’image d’une vie toute entière dédiée à la révolte face à l’ordre établi. Vie qu’il avait en partie racontée dans son autobiographie dessinée en plusieurs épisodes…

Né Maurice Sinet, le 31 décembre 1928 à Paris, il était fils d’un ferronnier anarchiste (bon sang ne saurait mentir) et d’une épicière. Entré à l’école Estienne en 1942, il devient graphiste. Ses premiers dessins sont publiés en 1952 dans France Dimanche. En 1955, il reçoit le grand prix de l’humour noir pour son recueil Complaintes sans paroles, préfacé par Marcel Aymé et postfacé par Jacques Prévert.
En 1957, il publie 
les Chats, une oeuvre marquante qui lui donnera une première notoriété. En 1958, il entre à l’Express, mais sa fougue anticolonialiste durant la guerre d’Algérie passe mal et il finit par démissionner en novembre 1962. Il rebondit en créant son propre hebdo Siné Massacre. Et il prend part à Mai 1968 avec l’Enragé. Il participe ensuite à Hara-Kiri, dessine pour l’Humanité Dimanche et rejoint l’équipe de Charlie Hebdo en 1981.
Il fait aussi partie du « second Charlie Hebdo », celui de Philippe Val, en 1993, mais les relations se tendent progressivement avec le directeur de la rédaction et son orientation de plus en plus atlantiste et droitière. Il se fait virer de Charlie en 2008, accusé d’antisémitisme pour une évocation du fils de Sarkozy. Siné sortira totalement blanchi par la justice de cette accusation. Mais, suite à l’émotion suscité par ce licenciement, Siné et sa femme, Catherine Sinet, fondent Siné hebdo. Celui-ci passe ensuite mensuel et continue aujourd’hui de développer un humour sarcastique et politique.

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Cleet Boris a disparu en même temps qu’Hubert Mounier, de l’Affaire Louis Trio

Chanteur de l’Affaire Louis Trio mais aussi auteur de bande dessinée, Hubert Mounier est décédé d’une crise cardiaque ce lundi 2 mai. Il avait 53 ans.

Auto-portrait de Hubert Mounier (copyright Editions Dupuis)

Auto-portrait de Hubert Mounier (copyright Editions Dupuis)

Chanteur connu pour sa participation à l’Affaire Louis Trio, Hubert Mounier était aussi un dessinateur de bande dessiné, sous le pseudo de Cleet Boris.

Comme le rappelle les éditions Dupuis (pour qui Hubert Mounier préparait un nouvel album de bande dessinée sur l’univers de Tarzan), son premier album de BD, J’ai réussi, avait été publié en 1985, deux ans avant le premier album de son groupe, Chic Planète (dont la couverture était dessinée par Yves Chaland). Suite au succès de l’Affaire Louis Trio (puis d’une profonde dépression), il avait arrêté la BD jusqu’en 2011, où les éditions Dupuis « parvenaient enfin à le faire revenir à sa table à dessin » avec La maison de pain d’épices, récit autobiographique sur les affres de la création musicale du disque portant le même nom et qui sortait en parallèle.

Ces derniers temps, Hubert Mounier travaillait sur un grand projet personnel pour le label Aire Libre, un essai en 200 planches de bandes dessinées consacré au « roi de la jungle », son personnage favori depuis l’enfance.