L’enfer des Vosges durant la Première Guerre mondiale

La guerre des loups, l’enfer du Lingekopf, Victor Lepointe. Editions Pierre de Taillac, 64 pages, 14,90 euros.

Le secteur des Vosges n’est pas le théâtre d’opération le plus connu du front occidental durant la Première Guerre mondiale. C’est celui choisi par Victor Lepointe pour évoquer un des faits saillants dans le secteur: l’offensive menée durant l’été 1915 par les chasseurs alpins (qui en gagneront le surnom de « diables bleus ») contre les positions ennemies retranchées dans les hauteurs du Linge (Lingekopf en Allemand). Une attaque – débutée le 20 juillet, il y a tout juste 101 ans – qui préfigure les assauts suicidaires qui allaient suivre, sur un rythme encore plus effroyable, les années suivantes. Ici, en trois mois, 17 000 hommes tomberont, dont 10 000 français, dans ce « tombeau des chasseurs ».

Antoine, berger dans la Loire est l’un de ces « diables bleus ». Affecté au 14e bataillon de chasseurs depuis l’été 1914 et parti en guerre avec le sentiment qu’il allait devoir de nouveau affronter les loups. « La même trouille à l’intérieur du ventre« . Envoyé sur le front vosgien, il s’affronte d’abord au froid, à la longue attente, trouvant réconfort en écrivant à sa fiancée, la belle Léonie, jusqu’à ce que l’enfer des combats ne l’emporte… Lire la suite

De retour dans le « Courrier picard » : « Les Lulus, une guerre à hauteur d’enfants »

Le cinquième épisode de La Guerre des Lulus sort en septembre. Il sera aussi prépublié tout l’été dans Le Courrier picard. Spécialisé en bande dessinée sur la Guerre de 14-18 Vincent Marie apporte son regard d’historien sur la série.

Dès ce lundi 10 juillet et durant tout l’été, les « Lulus », jeunes héros des auteurs samariens Hardoc et Hautière, seront hébergés dans le Courrier picard. Dans une version « collector » en noir et blanc, avant la parution de l’album, couleurs, à la rentrée.
Des retrouvailles familières puisque cela fait trois étés que nos lecteurs peuvent suivre, en prépublication et en avant-première les péripéties du quatuor d’orphelins bousculés par la Grande Guerre.

Après s’être réfugiés dans les bois de l’Aisne, avoir tenté de se cacher au Familistère de Guise puis s’être retrouvés malencontreusement en Belgique, Luigi, Lucas, Ludwig et Lucien ont rejoint de nouveau la France. Laissant leur amie Lucie chez ses grands-parents outre-Quiévrain, on les retrouvera, en ce début d’année 1918 et de cinquième album, dans les Vosges. Toujours derrière les lignes allemandes et alors qu’une résistance se met en place. Au début de l’album, ils seront en bien mauvaise posture (voir vignette ci-dessus)… On se gardera donc de dévoiler l’intrigue. Sinon pour noter que pour la première fois depuis le début de la guerre, le groupe va être contraint de se séparer.

Pour évoquer la place occupée par cette série jeunesse (mais tout public) dans la production d’albums de bande dessinée sur la Première Guerre mondiale, entretien avec Vincent Marie, agrégé d’histoire, auteur notamment du documentaire Là où poussent les coquelicots et qui fut commissaire de la première grande expo consacrée à BD et 14-18 à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne…

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Les Etats-Unis dans la Grande Guerre en noir et blanc

La Grande Guerre vue par les Américains, carnet du Cpt. Alban Butler Jr, de la First Division, 1917-1919, Alban Butler. Editions Albin-Michel, 272 pages, 16 euros.
Les Harlem Hellfighters, Max Brooks (scénario), Caanan White (dessin). Editions Pierre de Taillac, 200 pages, 14,90 euros.

C’est le jour de l’Independance Day, ce 4 juillet, et aussi l’année du centenaire de l’entrée en guerre des Etats-Unis lors du premier conflit mondial. Deux dates symboliques pour évoquer deux ouvrages récents qui reviennent sur cette « Grande guerre » vue du côté américain. Avec deux optiques et deux regards assez différents, mais qui ne manquant pas d’intérêt.

Le premier est un témoignage croqué sur place du quotidien des soldats, pris par un observateur privilégié. Le second exhume un aspect méconnu et largement oublié de cet engagement, celui d’un bataillon formés de noirs, qui fut l’acteur du premier exploit militaire américain en France…

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Centenaire 14-18: Premières Traces dessinées parmi nous à Amiens

Amiens affiche sur ses murs quatre dessins d’auteurs de bande dessinée, sur le thème de la Première Guerre mondiale. Prélude à une opération éditoriale d’envergure internationale l’an prochain.

Le dessin de Damien Cuvillier, en face de la mairie d’Amiens

Amiens a fait le choix d’inscrire la Première guerre « parmi nous », dans les rues, à l’aide de photos géantes collées aux murs. Désormais, la bande dessinée s’intègre à ce projet de la Ville « porte d’entrée des sites de mémoire de la Somme ».

En collaboration avec l’association On a marché sur la bulle, et en phase avec le récent festival de bande dessinée d’Amiens, quatre auteurs ont réalisé des dessins (voir ci-dessous), reproduisant des photos d’époque de soldats, déjà placardés sur les murs amiénois.

L’Anglais Charlie Adlard (dessinateur de la série culte The Walking Dead) a livré un portrait de soldat britannique, réalisé à la craie et au fusain, dans le style de son livre choc sur 14-18, La Mort blanche. Hardoc, bien connu désormais pour sa série sur La Guerre des Lulus a illustré une scène de fraternisation franco-britannique colorée et chaleureuse. Maël (qui s’est imposé sur la thématique de la Grande Guerre avec la série Notre-Mère la Guerre, avec Kris) développe une thématique un peu similaire, avec une «popote» anglaise. Enfin, Damien Cuvillier (qui a collaboré en son temps à l’album collectif Cicatrices de Guerre) dessine une insolite brigade de cyclistes indiens…
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Chienne de vie

Monument-Amour, tome 1: chiens de guerre, Didier Quella-Guyot (scénario), Arnaud Floc’h (dessin). Editions Bamboo (coll. Grand Angle), 48 pages, 13,90 euros.

Pour Camille Le Moal, sculpteur nantais, la mobilisation générale de 1914 avait été une forme d’aubaine, pour s’extirper d’un douloureux drame personnel. Et il s’en était plutôt bien sorti, jusqu’à ce jour de l’hiver 1917 où une bombe l’ensevelit sous une tranchée.

Un chien errant le sauve par miracle et va désormais devenir son fidèle compagnon, de l’hôpital jusqu’à un centre de convalescence où ses talents de sculpteur vont être appréciés. Il se fait aussi repérer par un lieutenant responsable d’une section canine…

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Beaux fragments d’une Première guerre dessinée

Là où poussent les coquelicots, fragments d’une guerre dessinée, film documentaire de Vincent Marie, 52 minutes, 2016. 15 euros.

Certains ont pu le voir le 14 novembre dernier sur France 3. Le beau documentaire de Vincent Marie Là où poussent les coquelicots pourra être vu cette fois sur grand écran, dans le cadre des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, ce samedi au Ciné Saint-Leu d’Amiens (à 14 heures) et en présence du réalisateur, enseignant-chercheur spécialiste de l’histoire de la bande dessinée. Une bonne occasion de revenir un peu sur ce film envoûtant.

Comme l’explique Vincent Marie dans le dossier de présentation « Là où poussent les coquelicots, désigne cet endroit où la terre a été remuée par la guerre mais c’est aussi un lieu de l’imaginaire des auteurs de bande dessinée où refleurit la mémoire du premier conflit mondial… »  Neuf auteurs de bande dessinée, qui ont fait de la Première Guerre mondiale le sujet de leur travail graphique sont sollicités pour témoigner. Avec des interventions qui s’insèrent dans la chronologie de la guerre Jacques Tardi, bien sûr, principalement à travers son dernier livre, son Dernier assaut intervient sur la mobilisation en 1914 mais aussi les « mutins » en 1917, Kris et Maël, dont leur série Notre-Mère la Guerre est devenue une référence « post-Tardi » pour la Somme en 1916 ou les traces chez les combattants. D’autres auteurs d’albums forts sur le sujet sont aussi présents, comme Charlie Adlard (désormais célèbre pour Walking Dead) et Robbie Morrison pour La Mort blanche et le front austro-italien en 1916-197, l’Américain Henrik Rehr pour Gavrilo Princip, l’homme qui changea le siècle, et l’attentat de Sarajevo bien sûr, David Vandermeulen pour sa saga sur Fritz Haber, et l’utilisation des gaz Joe Sacco et son livre-fresque sur le premier jour de la bataille de la Somme ou encore Delphine Priet-Mahéo pour Gueule d’amour, sur les gueules cassées.

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La Mort blanche, sommet du genre sur la Première Guerre mondiale, versant italien

La mort blanche, chronique de la der des ders, Robbie Morrison (scénario), Charlie Adlard (dessin). Editions Delcourt, 96 pages, 15,95 euros.

La venue à Amiens, ce week-end, pour les 22e Rendez-vous de la bande dessinée, de Charlie Adlard, dessinateur-vedette de Walking Dead, donne l’occasion de revenir sur une de ses oeuvres antérieures décisives.
Ce n’est pas tout récent (l’édition originale date de 1998, la réédition de 2014), mais de saison en cette période de centenaire de la Grande Guerre, puisque l’essentiel du récit se déroule durant l’hiver 1916-1917. Implacable et originale, cette histoire est située dans les Alpes italiennes, lors de la bataille du plateau d’Alighieri. Elle suit la guerre d’un soldat italien d’Istrie (territoire austro-hongrois en 1914), Pietro Aquasanta, qui a changé de camp après avoir été fait prisonnier. En butte à un lieutenant obtus et à un chef sanguinaire, Pietro va vivre un vrai cauchemar dans ce théâtre d’opérations si singulier, dans la neige et le brouillard où mêmes les avalanches deviennent des armes meurtrières: « la mort blanche »…

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Boucq monte au front sur le Chemin des Dames

Ce dimanche aura lieu la cérémonie officielle du centenaire de l’offensive du Chemin des Dames, dans l’Aisne. A cette occasion, comme pour les précédentes batailles de la Grande Guerre, La Poste a édité un timbre – et même un « bloc » timbres spécial. Dessiné par François Boucq.

La Poste continue de faire vivre la mémoire de la Grande Guerre et de ses « grandes » batailles. Et elle continue aussi à faire appel à des dessinateurs de bande dessinée pour cela. Après Damien Cuvillier, qui avait illustré le bloc sur la bataille de la Somme, c’est un autre auteur « régional » (depuis la grande région des Hauts-de-France) qui a été sollicité, en la personne du grand François Boucq. Surtout connu pour ses récits absurdes et délirants, l’auteur lillois avait déjà participé aux illustrations des Paroles de Poilus et, plus encore, de la mise en image du Feu, d’Henri Barbusse, dans un album grand format impressionnant.

Ce nouveau dessin, à l’encre et à l’aquarelle, est d’une composition plurielle, entre sites et combattants, histoire et mémoire…

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Les dessins des mutins de 1917 s’affichent en grand dans « Le 1 »

Après Verdun, et avec quelques semaines d’avance sur la commémoration officielle du Chemin des Dames auquel on les associe généralement, l’hebdomadaire atypique et dépliable Le 1 vient de sortir cette semaine un numéro spécial « XL » consacré aux mutineries de 1917.

Ce numéro spécial grand format fait encore la part belle aux illustrateurs et dessinateurs. En couverture, Nicolas Vial livre un dessin particulièrement évocateur du rapport des forces en présence et de la manière dont les insurgés furent écrasés. Tout aussi parlant est le dessin de Stéphane Trapier – autre dessinateur habitué du journal d’Eric Fottorino – illustrant le dossier central, avec son trio de soldats spectraux accompagnant un poilu au regard mélancolique.
De son côté, Jochen Gerner, dans son style minimaliste apporte son strip de « repères » sur l’année 1917. Mais c’est « le poster-affiche » central qui époustoufle particulièrement. Oeuvre de Jacques Tardi, ce grand dessin (de 0,75 m x 1,25 m !), mêlant le rouge du sang et celui du drapeau révolutionnaire au bleu-gris des capotes de soldats donne une vision instantanée et très forte du sujet. Bien dans son esprit antimilitariste (comme dans son dernier ouvrage sur 14-18) mais avec une force d’impact incontestable.

Forte en soi, le dessin-affiche prend toute sa dimension une fois découverte dans son grand format.

Verdun, parce que je le Vaux bien

Verdun, tome 2: L’agonie du fort de Vaux, Jean-Yves Le Naour (scénario), Marko et Holgado (dessin). Editions Grand Angle / Bamboo, 56 pages, 13,90 euros.

Un « symbole de l’acharnement des combats menés à Verdun ». La résistance des soldats français dans le fort de Vaux assiégé par les Allemands, début juin 1916, restera comme l’un des moments forts, entrés dans l’Histoire, de cette bataille symbole de la Première Guerre mondiale.

Le destin de Vaux commence à se jouer le 23 mai 1916. La situation s’est plus ou moins stabilisée depuis l’attaque allemande de février. Après la chute de celui de Douaumont, le fort de Vaux est un point-clé pour avancer sur Verdun. Déjà pilonnée par les bombardements, dans un décor devenu lunaire, la place-forte voit arriver son nouveau chef, le commandant Raynal. Blessé trois fois déjà, souffrant du paludisme, il s’est déclaré volontaire pour cet avant-poste. Il découvre un fort avec un sur-effectif d’hommes, venus se replier là des tranchées voisines et mal défendu. Il organise la défense en prévision de l’attaque allemande qui s’annonce. Celle-ci se déclenche le 1er juin. Encerclés, sans possibilité de renforts ou de ravitaillement, les 600 assiégés tiennent le choc des premiers assauts. Le 3 juin, une nouvelle attaque massive est repoussée. Mais les conditions de vie à l’intérieur de l’édifice sont dantesques. Calfeutrés dans leur casemate, dans la pénombre, l’atmosphère est asphyxiante, l’odeur insoutenable, es hommes n’ont plus d’eau, ils sont contraints de lécher les murs ou de boire leur urine, Les Français espèrent une contre-attaque alliée pour le 4 juin. Celle-ci échoue, faute de moyens suffisants. Tout comme une deuxième tentative le 6 juin.
Le 7 juin 1916, Raynal décide la reddition du fort. Impressionnés par la résistance héroïque des « poilus », les Allemands leur font une haie d’honneur et le commandant est même reçu par le Kronprinz.
Les Français ont eu 93 victimes (dont 17 morts), les Allemands ont perdu près de 2800 hommes. Quant au fort, il sera repris début novembre 1916. Sans bataille, il a été abandonné par les Allemands…

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