« Pandora » se coupe en deux et se met en trois

Troisième opus pour la revue de Casterman, Pandora. Un numéro se voulant toujours inédit et « renversant » en plus. 31 histoires courtes plus quelques mini-strips qui présentent une palette éclectique de la bande dessinée contemporaine.

Le modèle de la publication « tête-bêche » appliquée par la revue picarde Pierre, Papier, Chicon ferait-elle école ? En tout cas, Pandora se met aussi, pour son troisième numéro à la mise en page inversée. Occasion, là aussi, de proposer deux couvertures attractives déjà : Corto Maltese dessiné par Ruben Pellejero d’une part et Jean-Claude Menu auto-portraituré en tête de mort de l’autre.
Un seul éditorial, en revanche, toujours signé Benoît Mouchart, directeur éditorial chez Casterman et rédacteur en chef de Pandora, rappelle et insiste sur le parti-pris de sa revue: réunir en un seul volume des horizons très différents géographiquement, esthétiquement et thématiquement. Un « brassage sans frontières« , une « diversité de styles et d’imagination » assumées donc comme un acte délibéré, donc. Quitte à y perdre justement toute ligne éditoriale, hormis la volonté de « présenter de la bande dessinée dans ses dimensions les plus variées, depuis l’avant-garde jusqu’au classicisme« …

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Au coeur des ténèbres du monde d’après

Le lendemain du monde, Olivier Cotte (scénario), Xavier Coste (dessin). Editions Casterman, 152 pages, 22,50 euros.

Dans un futur proche, la Terre a basculé dans le chaos après une propagation anarchique des « I.A. », les intelligences artificielles, au coeur de tous les appareils technologiques et même implantés dans les puces cybernétiques de millions d’hommes.
Dans cette civilisation revenue à l’âge de la vapeur, l’armée font appel à un ancien casque bleu. Traumatisé par un des premiers « bugs » sanglants des I.A., celui-ci a l’avantage de n’avoir jamais eu d’implants. Sa mission va être de détruire le site où a été identifié le centre de l’épidémie, au coeur de l’Afrique noire… Il l’accepte d’autant plus que son ex-femme semble bien impliqué dans le complot cyber-terroriste.
En bateau ou en zeppelin, James Keran va remonter le fleuve et devoir affronter de grands dangers, entre religieux fanatiques et convertis zombifiés. Mais il va aussi être confronté à ses peurs intérieurs et à une transformation radicale de sa vision du monde…

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Valérian, un film qui a droit de Cité

C’est peu de dire que cette Cité des mille planètes, adaptation au cinéma par Luc Besson de la série Valérian de Christin et Mezières, était attendue. Première super-production de SF « made in France » jouant dans la même catégorie que les blockbusters hollywoodiens et « rêve » de longue date du réalisateur envers une série qui a accompagné son enfance.

Ici, c’est plutôt – ou principalement – du point de vue de la bande dessinée que l’on traitera l’affaire, après visionnage du film en avant-première hier soir (dans une grande salle bien pleine et plutôt empathique).

Il ne s’agit pas cependant de tenter le petit jeu des différences entre l’album initial et l’adaptation à l’écran. S’agissant de medium distincts, fonctionnant avec des principes narratifs différents (et c’est d’ailleurs là l’un des soucis de ce Valérian…), la « trahison » est consubstantielle au passage des planches au grand écran. Mais, à l’inverse, les références à un univers préexistant et les nombreuses références directement piochées dans l’oeuvre de Pierre Christin et Jean-Claude Mezières, rendent légitimes l’interrogation sur le respect, si ce n’est de la lettre, du moins de l’esprit de la série…

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Quand « Le Débat » sacre la bande dessinée

Le débat: le sacre de la bande dessinée, n°195 mai-août 2017, sous la direction de Pierre Nora. Editions Gallimard, 208 pages, 19,10 euros.

En juin, les Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens s’interrogeaient sur la reconnaissance – ou la manque de reconnaissance – de la bande dessinée par les milieux éducatifs et plus largement le monde de la culture institutionnelle.

La revue Le Débat, dirigée par l’historien Pierre Nora et animée par le philosophe Marcel Gauchet, apporte a contrario sa légitimité au 9e art, avec un numéro spécial consacré justement au « sacre de la bande dessinée« . Un numéro qui ne manque pas non plus d’intérêt et de diversité par ses contributeurs et thématiques abordées…

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Chronosquad, du bon temps à revendre

Chronosquad,
t.1: lune de miel à l’âge du bronze,
t.2: destination Révolution, dernier appel,
t.3: poulet et cervelle de paon à la romaine
,
Giorgio Albertini (scénario), Grégory Panaccione (dessin). Editions Delcourt,

Il n’est jamais aisé de prendre une série en route, mais le principe même de Chronosquad étant d’évoquer les voyages dans le temps, c’est ici un moindre mal. D’autant que la série semble prendre sa véritable ampleur – caustique – avec ce troisième épisode. Et qu’il est temps de s’y mettre, vu que le quatrième et dernier tome doit paraître en ce mois de septembre.

Dans cette société du futur, les voyages temporels se sont démocratisés et sont devenus un tourisme de masse. Les chronosquads, unité d’élite sont chargés de veiller au bon déroulement des opérations et empêcher des interférences entre les vacanciers et les épisodes historiques qu’ils visitent. Justement, une alerte a été déclenchée en Egypte antique, où deux touristes ont disparu dont l’une n’est autre que la fille du directeur de la banque centrale. Faute d’effectifs, Bloch, jeune stagiaire est embarqué dans l’escouade du lieutenant Penn (qui en parallèle, doit gérer sa relation secrète avec Léonard de Vinci, dont elle est enceinte).
Sur place, ils vont découvrir que les deux adolescents ont été kidnappés par d’étranges marchands d’esclaves, qui paraissent venir du XXe siècle. En parallèle, la lieutenant Penn à découvert dans le paléolithique le cadavre d’un détenu de la prison du Dévonien – dans les premiers âges de la Terre. L’enquête des chronosquads de Penn va ensuite les emmener au Nicaragua dans les années 1930, mais aussi, dans ce troisième tome, dans la Rome antique, où ils seront confrontés une nouvelle fois à d’étranges géants à la tête hypertrophiée. Et les dérèglements vont aller crescendo, laissant apparaître une opération de grande ampleur d’activistes désireux d’émanciper les pauvres de toutes les époques, mais aussi une campagne de déstabilisation des chronosquads menée en sous-main par une grande multinationale qui pourrait être à l’origine des géants…

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Une semaine pour partir en livre (et en bande dessinée !) à Amiens

Pour la première année, l’association On a Marché sur la Bulle participe à l’opération nationale Partir en Livre, organisé par le Centre national du Livre. Toute cette semaine à Amiens. D’autres actions impliquant la bande dessinée sont aussi programmées en Picardie, ce dimanche, à Ermenonville.

Proposée du 24 au 29 juillet par le Centre national du Livre (CNL), « Partir en livre » veut être une grande « fête du livre » d’envergure nationale à destination des plus jeunes. Une fête « du livre » et donc de la bande dessinée également. A Amiens, du moins…

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Impressions hors cases à la Maison de la culture d’Amiens

Galerie

Cette galerie contient 17 photos.

L’univers de neufs auteurs, émergents ou de notoriété internationale – de Christelle Enault à Lorenzo Mattotti – qui se sont affranchis des cases et des pages pour proposer une mise en espace différente et hybride. A voir encore (après la … Lire la suite

L’enfer des Vosges durant la Première Guerre mondiale

La guerre des loups, l’enfer du Lingekopf, Victor Lepointe. Editions Pierre de Taillac, 64 pages, 14,90 euros.

Le secteur des Vosges n’est pas le théâtre d’opération le plus connu du front occidental durant la Première Guerre mondiale. C’est celui choisi par Victor Lepointe pour évoquer un des faits saillants dans le secteur: l’offensive menée durant l’été 1915 par les chasseurs alpins (qui en gagneront le surnom de « diables bleus ») contre les positions ennemies retranchées dans les hauteurs du Linge (Lingekopf en Allemand). Une attaque – débutée le 20 juillet, il y a tout juste 101 ans – qui préfigure les assauts suicidaires qui allaient suivre, sur un rythme encore plus effroyable, les années suivantes. Ici, en trois mois, 17 000 hommes tomberont, dont 10 000 français, dans ce « tombeau des chasseurs ».

Antoine, berger dans la Loire est l’un de ces « diables bleus ». Affecté au 14e bataillon de chasseurs depuis l’été 1914 et parti en guerre avec le sentiment qu’il allait devoir de nouveau affronter les loups. « La même trouille à l’intérieur du ventre« . Envoyé sur le front vosgien, il s’affronte d’abord au froid, à la longue attente, trouvant réconfort en écrivant à sa fiancée, la belle Léonie, jusqu’à ce que l’enfer des combats ne l’emporte… Lire la suite

Le happening spatial de Kris et Martin Trystram

Infinity 8, tome 4: Guérilla symbolique, Lewis Trondheim et Kris (scénario), Martin Trystram (dessin). Editions Rue de Sèvres, 96 pages, 17 euros.

L’Infinity 8 arrive à mi-parcours du space opera cyclique conçu par Lewis Trondheim et Olivier Vatine. Le vaisseau spatial, lui, est toujours bloqué devant l’immense nécropole intergalactique « grande comme le système solaire » (avant que celui-ci ne soit détruit). Cette fois, c’est l’agent Patty Stardust, à la splendide coiffure afro, qui est convoquée par le capitaine de l’Infinity afin d’explorer l’amas galactique pendant une boucle temporelle de 8 heures. Et ce au risque de griller son travail d’infiltration auprès de la Guérilla symbolique. D’autant plus gênant que le gourou de ce groupe artistico-révolutionnaire, embarqué sur le vaisseau et suivi par tous les médias, est sur le point de créer un happening gigantesque impliquant le mausolée géant du « club des 27 » (Jim Morrison, Brian Jones, Kurt Cobain, etc.). Mais Patty devra aussi se débarrasser du collant Mister Moosh, journaliste auto-proclamé aux 87 millions de followers…

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Magritte : ceci n’est pas une biographie, mais une réussite !

Magritte, ceci n’est pas une biographie, Vincent Zabus (scénario), Thomas Campi (dessin). Editions Le Lombard, 64 pages, 14,99 euros.

Magritte a cassé sa pipe il y a cinquante ans, le 15 août 1967 à l’âge de 68 ans. Cette année, la Belgique lui rend honneur avec une « année Magritte » déclinée en de nombreuses manifestations culturelles.
Les éditions du Lombard (également belges) ont anticipé l’événement en sortant en fin d’année dernière cet album, sinon surréaliste, du moins reflétant fort bien l’esprit du peintre. Un album à la fois fantaisiste, pédagogique et d’une très belle facture graphique.
Une biographie dessinée qui n’en est donc pas une, puisqu’elle conte la singulière aventure advenue à Monsieur Singulier. Un homme qui, malgré son patronyme, est tout à fait ordinaire. Employé de bureau discret, il s’est offert la fantaisie d’acheter un chapeau melon sur le marché des Marolles, à Bruxelles, afin de fêter la promotion qui l’attend le lendemain. Mais une fois posé ce chapeau (celui de Magritte !) tout dérape. Non seulement il ne parvient plus à se défaire de ce couvre-chef, mais il se voit contraint par des personnages fantasmatiques issus de l’oeuvre du peintre de percer les mystères de son monde, faute de quoi le chapeau restera éternellement vissé sur son crâne !
L’investigation va débuter par une soirée consacrée à l’artiste, où il rencontre la conférencière, une jeune femme surprise et amusée par ce monsieur coiffé du chapeau de Magritte. Ensemble, ils vont basculer dans la vie et l’oeuvre du peintre. Une immersion qui va tout changer…

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