Robespierre, Clémenceau, deux façons d’aimer la République

Collection « Ils ont fait l’histoire », éditions Glénat:
Robespierre, Mathieu Gabella (scénario), Hervé Leuwers (conseils historiques), Roberto Meli (dessin). 56 pages, 14,50 euros.
Clemenceau, Renaud Dély (scénario), Jean Garrigues (conseils historiques), Stefano Carloni (dessin), Christophe Regnault (storyboard). 56 pages 14,50 euros.

Deux nouveaux albums marquants dans la collection « Ils ont fait l’Histoire » des édtions Glénat. Et deux personnalités qui ont, incontestablement, marqué l’Histoire de France. Deux personnages controversées. Et deux ardents républicains aussi. Ce qui peut les réunir, au-delà des événements et des périodes historiques qu’ils ont traversé.

On découvre Robespierre en avril 1789, encore avocat à Arras et tout juste élu du Tiers Etat pour les Etats Généraux. Déjà « du côté du peuple », on le retrouve ensuite parmi les Jacobins en 1791, au moment de la fuite du roi à Varennes, on le suit de l’assemblée constituante à la Convention, menant ses combats pour la démocratie ou l’abolition de la peine de mort, le suffrage universel, assumant aussi un régime fort alors que le pays est attaqué à l’extérieur (à la suite d’une guerre voulue par le roi et l’assemblée et qu’il n’approuvait pas, à l’été 1792) et parsemé de troubles intérieurs. Avec Danton et Desmoulins, ses amis, d’abord, puis acceptant la mort de ces « indulgents ». Et ce jusqu’au jour de sa mise en accusation et son renversement, le 9 thermidor (juillet) 1794.

Un siècle plus tard, Clemenceau, donc. Après « l’incorruptible », le « Tigre ». Le lien entre les deux se fait d’ailleurs naturellement, avec la première planche de l’album sur Clemenceau où, en 1856, lors d’une balade à cheval dans la Vendée de son enfance, le père de Georges Clemenceau fait l’éloge de Robespierre à son fils: « Il voulait le bien, la vertu, et ils les voulait trop et trop vite… C’était un idéaliste. Un homme épris de morale et de pureté (…) Toute existence ne prend sens que si elle est, jusqu’au bout, révolte contre l’ordre des choses. Ne l’oublie pas, mon fils ! » Ardent républicain, lui aussi, traversera les tumultes de deux siècles suivants : arrêté sous l’empire de Napoléon III pour les propos de son journal (et sa rencontre avec Auguste Blanqui en prison), maire durant la Commune de Paris (ou il est impressionné par Louise Michel), député sous la jeune IIIe République (où il plaide vainement pour l’amnistie des Communards). En cette fin de XIXe siècle, Clemenceau est alors un radical – au sens premier du terme – situé à l’extrême gauche de la chambre, anticlérical farouche, opposé à la politique coloniale des « opportunistes » Ferry et Gambetta, il dénonce aussi les scandales dans son journal La Justice. D’abord anti-dreyfusard, comme la majorité de l’opinion, il change de position et s’engage avec Zola pour le capitaine Dreyfus. Mais au tournant du siècle, devenu ministre de l’Intérieur, le radical commence à se recentrer. Il s’oppose au socialiste Jaurès et fait charger la troupe contre les mineurs à Courrières, en 1906. Premier épisode, suivi d’autres répressions ouvrières qui donnera cette image à celui qui endosse alors le rôle de Président du Conseil. Revenu de ses opinions sur le peuple qu’il croyait « toujours raisonnable« , très patriote, Clémenceau va marquer pleinement de son empreinte la France durant la Première Guerre mondiale, d’abord comme député vigilant dans l’opposition, puis de nouveau en chef du gouvernement, en novembre 1917, ou il endosse l’épithète de « Père la Victoire »…

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