La présidentielle, version Comics (et comique)

Super-Mélenchon contre la caste, JL Mast, 40 pages. 

Il l’avait promis, il l’a fait. JL Mast, le jeune auteur de comics d’origine saint-quentinoise a édité dans les temps, ou presque, Super-Mélenchon contre la caste, un comic-book de 36 pages réalisée en temps record, pour être dans le timing de la campagne présidentielle.

Le propos est bien dans le style de l’univers des supers-héros. Super-Mélenchon, avec sa cape rouge et son écharpe de même couleur (héritée de Mitterrand et qui lui donnerait sa super-force…) a trouvé une astuce pour définitivement abattre « la caste » des privilégiés et leurs représentants. Il a répandu la rumeur qu’il possédait une « sonde ultime » qui lui permet de lire dans l’esprit des Français. De quoi déclencher la réaction de ces ennemis. Successivement, des zombies néo-nazis, Jeanne-Marine « l’exécrable hydre à deux têtes » (qui s’effondre quand on lui arrache celle de Jean-Marie), puis Emmanuel Macron (associé à Nicolas Dupont-Aignan et à François Bervais pour composer le mouvement « Debout, en avant, marche ») et même Benoît Hamon, rompant la trêve et phagocyté par le Parti socialiste vont s’affronter à Super-Mélenchon dans d’homériques combats. Surveillant cela de loin, le seigneur Fillon et son laquais Copé vont alors engager dans la bataille leur golem géant, De Gaullactus. Mais Super-Mélenchon va aussi devoir faire face à un autre adversaire redoutable, « la part la plus obscure de son être »: son ego, tel Spiderman confronté à son double sombre et noir…

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Oms en fin de série

Oms en série, tome 3: La Vieille-Terr, Jean-David Morvan (scénario), Mike Hawthorne (dessin). Editions Ankama, 48 pages, 13,90 euros.

Ayant réussi à s’échapper de leur cité clandestine détruite par les Draags et ayant rejoint le continent perdu, les Oms sous la direction de Terr ont développé une nouvelle cité clandestine – mais nettement plus avancée – pour se protéger de leurs ennemis. Des années plus tard, un intrus Draag est repéré: c’est Tiwa, la jeune fille à qui on avait donné Terr comme « animal de compagnie ». Elle est venue prévenir celui dont elle n’avait cessé de suivre les péripéties de la menace d’une grande attaque Draag. Mais cette fois, les Oms ont de quoi répondre. Avant de songer à leur vrai grand projet d’avenir…

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Objectif TER

TER, tome 1: l’étranger, Rodolphe (scénario), Christophe Dubois (dessin). Editions Daniel Maghen, 80 pages, 16 euros.

L’étranger, c’est cet homme, nu, amnésique, ne sachant ni lire, ni parler que Pip, jeune homme du village de Bas-Courtil découvre une nuit lors de ses activités de pilleur de tombes. Il le ramène dans son bourg primitif, planté sur une planète inconnue ou dans un futur éloigné. Avec une population qui, dans tous les cas, semble avoir oublié tout des vestiges de notre époque qui traînent dans les coins et que, mystérieusement, l’étranger semble pouvoir réparer. Sa renommée s’étend et arrive jusqu’aux prêtres de Haut-Courtil, gardiens des Ecritures qui voient en lui, avec inquiétude, le prophète évoqué dans leur livre saint : « Alors sortira un homme des entrailles de TER, qui montrera à tous le chemin à accomplir… Il n’aura ni biens, ni vêtements, et son seul langage sera celui du silence... »

En attendant, Mandor (puisque tel est son nom, donné par Pip à cause d’un tatouage sur le bras de l’étrange visiteur « Main dort ») se familiarise avec le village, fraternise (et même plus) avec la jolie soeur de Pip. Et sa décision d’aller jusqu’au bout du monde, de ce monde de TER pourrait bouleverser encore plus la situation…

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Pas si mortelle randonnée

Adieu monde cruel ! Stéphane Massard et Jean Rousselot (scénario), Nicolas Delestret (dessin). Editions Grand Angle / Bamboo, 80 pages, 17,90 euros.

Une jeune femme désenchantée et un peu tête en l’air, un homme vieillissant frappé d’un drame intime et hanté par l’image d’un fantôme japonais, un jeune au look de banlieue mutique, un trader accablé. Ils ne se connaissaient pas mais partageaient un même mal-être et le sentiment de ne plus rien avoir à attendre de la vie. Par l’intermédiaire d’Internet, trois hommes et une femme se donnent rendez-vous, à l’aube, pour embarquer dans la voiture de l’un des volontaires à ce suicide collectif. Direction: la forêt de Fontainebleau où ils ont décidé d’en finir, mais sans mort violente, en s’asphyxiant doucement avec les gaz d’échappement renvoyés dans l’habitacle. Sauf que rien ne va s’enchaîner comme prévu. Et qu’il va leur être aussi difficile de mourir que de vivre…

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Retour captivant sur Belzagor et dans l’univers de Robert Silverberg

Retour sur Belzagor, épisode 1 (sur 2), d’après le roman de Robert Silverberg, Philippe Thirault (scénario), Laura Zuccheri (dessin). Editions Humanoïdes associés, 56 pages, 14,20 euros.

Après les univers de Stefan Wul, ceux de Robert Silverberg, en l’occurrence ici l’adaptation d’un de ces romans marquants, Les profondeurs de la terre, qui évoquait les méfaits du colonialisme et de l’ethnocentrisme derrière une transposition sur une exo-planète lointaine, Belzagor.

Au milieu du XXIIIe siècle, alors que celle-ci était encore nommée de son nom colonial de « Terre de Holman », le jeune lieutenant Eddie Gundersen va vivre sur Belzagor une formation traumatisante, placée sous les ordre du colonel Kurtz, obsédé par la récupération du venin d’un serpent, drogue jouant un rôle essentiel dans la compréhension de la vie sur la planète.

Dix-huit plus tard, il y retourne, comme guide de deux ethnologues désireux de capter un rite interdit, alors que la planète a été restituée aux deux espèces intelligentes qui la peuplent, les éléphantesque Nildoror et les humanoïdes géants Sulidoror. Il va alors croiser son ex-chef, qu’il a envoyé en prison et la femme de sa vie, pour une expédition dangeureuse où il sera aussi confronté à ses propres démons…

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Le château des étoiles passe au rouge

Le château des étoiles, tome 3: Les chevaliers de Mars, Alex Alice. Editions Rue de Sèvres, 64 pages, 14 euros. Sortie le 26 avril.

Après la « gazette », place de nouveau à l’album. Troisième de la série et premier d’un nouveau diptyque désormais orienté vers Mars.
De retour de leur fabuleux voyage sur la Lune – où ils ont laissé le prince Ludwig de Bavière, semble-t-il emporté par une machinerie inexplicable vers Mars – Séraphin, Sophie et leurs amis ont été contraints d’aller se cacher au fin fond de la Bretagne, afin d’éviter les espions prussiens de Bismarck, qui entendent toujours récupérer l’Ethernef et le secret de l’Etherite pour aller conquérir leur « empire des étoiles ». L’espoir d’une internationale des scientifiques ayant échoué et après avoir vu disparaître leur père (après leur mère en tout début du tome 1), les enfants vont être obligés de s’envoler de nouveau. Vers la planète rouge cette fois. Et le voyage ne s’annonce pas non plus de tout repos.

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Marius Jacob, le Travailleur de la nuit remis au goût du jour

Le travailleur de la nuit, Matz (scénario), Léonard Chemineau (dessin). Editions Rue de Sèvres, 128 pages, 18 euros.

C’est un accusé pas comme les autres qui comparait ce 8 mars 1905 au palais de Justice d’Amiens. Et sa désinvolture ironique et cinglante à l’égard des juges révèle une personnalité bien plus puissante que celle du « cambrioleur » qui est jugé là.

Avec ses «Travailleurs de la nuit », Alexandre Jacob a écumé la France de la Belle Epoque, défrayant la chronique par ses opérations audacieuses et son panache (il laissait sa carte avec un mot d’humour à ses victimes, il redistribue l’argent de son butin aux nécessiteux). Il mettait ainsi en pratique la pratique de la « reprise individuelle », théorisée par l’anarchiste Elisée Reclus, dans la lignée d’un Proudhon affirmant que « la propriété, c’est le vol« .

Jacob était surtout mu par un esprit de révolte nourri de son expérience passée. Rêvant d’aventures maritimes exotiques et mousse dès l’âge de 11 ans, il a vite déchanté, découvrant la dureté d’un monde brutal et colonial, qui, ajouté aux difficultés familiales ont nourri ses convictions anarchistes. Et c’est encore l’injustice du sytème – qui l’empêche de travailler en raisons de ses engagements politiques – qui va le jeter dans la carrière criminelle. Le procès d’Amiens marquera une bascule dans sa vie. Condamné au bagne, envoyé à Cayenne, il poursuivra son combat contre l’injustice là-bas pendant ses dix ans de détention, avec une énergie inouïe. De retour en France, il ne fera plus vraiment parler de lui, retiré dans l’Indre ou il traversera la Seconde Guerre mondiale, avant de choisir son heure pour partir, en 1950. Toujours en homme libre…

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Schnock fait encore des bulles avec Hardy et Margerin

Parmi ses nombreuses exhumations de « vieilles gloires » – mais toujours bien présentes dans l’inconscient collectif – des décennies passées, la revue Schnock évoque aussi périodiquement le monde et les créateurs de bande dessinée.

On se souvient ainsi de l’évocation de la rencontre entre Gotlib et les Monthy Python ou encore un entretien passionnant entre Druillet et Berberian autour du mythique album La Nuit. C’est encore le cas dans son dernier numéro en date (le n°22) consacré très largement à Françoise Hardy.

Jean-Emmanuel Deluxe revient, dans le cadre du gros dossier consacré à la chanteuse, à Pravda la survireuse, la bande dessinée pop et rebelle de Guy Peelaert, qui avait donné les traits de Françoise Hardy à son héroïne amazone à moto de l’an 2000. L’article rappelle aussi les péripéties ayant entouré « Les Vénusiennes », le spectacle imaginé par Pellaert, mis en musique par Jacques Dutronc, avec des costumes de Paco Rabanne, ..

Second rendez-vous avec le 9e art dans ce numéro, un long entretien émouvant avec Frank Margerin, le papa de Lucien, qui réussit l’exploit, en pleine période 80′ fluo, de remettre à l’honneur le perfecto, les santiags et le look blouson noir de banlieue.

Avec modestie, l’auteur (qui n’est en rien rangé des voitures et continue à publier son album par an) y rappelle ses débuts improbables à Métal Hurlant où l’apport de Philippe Manoeuvre lui permettra d’abandonner ses martiens de de SF d’opérette pour enfin pouvoir dessiner ce qu’il aimait : la France pavillonnaire et banlieusarde de son fameux rocker à la banane proéminente.
C’est aussi l’occasion de revenir sur la surprenante percée du groupe Dennis Twist et de sa plus courte participation aux dessins des petites BD des Malabar. Confirmation, s’il le fallait, que Margerin est vraiment à l’aise dans les bulles.

Fire Punch, du feu (furieux) sous la glace

Fire Punch, tome 1, scénario et dessin (Tatsuki Fujimoto). Éditions Kazé, 192 pages, 7,99 euros.

Après Riku-Do, la rage aux poings, il y a quelques mois, les Éditions Kazé frappent à nouveau très fort en publiant Fire Punch de Tatsuki Fujimoto. Un seinen d’anticipation, noir et fascinant, loin de l’univers pugilistique mais tout aussi percutant.

Nous sommes à une époque indéterminée, au-delà du XXIIIe siècle de notre ère. Le monde n’est plus qu’un désert de glace après un cataclysme provoqué par une mystérieuse sorcière. La faune et la flore ont quasiment disparu et le peu d’humains restant sont en passe de disparaître, transis par le froid et le manque de nourriture.

Dans cet univers post-apocalyptique, Agni et sa petite sœur Luna font partie de ces élus qui possèdent des pouvoirs surnaturels, en l’occurrence la faculté de se régénérer. Agni, 15 ans, utilise ce don pour nourrir les habitants du village qui l’ont recueilli, lui et sa sœur. L’adolescent « offre », la plupart du temps, un de ses bras, aux habitants pour les sauver de la famine. Un bras coupé généralement à la hache qui se régénère dans la foulée.

Un jour, ce village perdu au milieu de cet enfer blanc reçoit la visite surprise d’hommes armés jusqu’aux dents. Il s’agit de soldats de Behemdorg, l’une des rares cités encore debout. Menés par le chevalier Doma, un élu ayant le pouvoir de brûler n’importe qui et n’importe quoi jusqu’à le réduire en cendres, ils massacrent tous les habitants qu’ils considèrent comme des sauvages, car cannibales. Agni et Luna n’échappent pas aux flammes inextinguibles de Doma. Laissé pour mort, Agni assiste, impuissant, à la disparition de sa sœur…

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La France par le bout du Boucq

Portrait de la France, François Boucq, éditions i, 120 pages, 18 euros.

A l’heure du café du commerce florissant et des propos de comptoirs suscités par le climat propice de cette campagne électorale finissante, voici une leçon de bistrosophie en huit chapitres qui ne saurait être que profitable.

Distillés par le grand François Bouc, ces « portraits de France », souvent accompagnés de l’incontournable Jérôme Moucherot, se déclinent donc en vue saisissantes de la décrépitude de la France atteinte notamment de « lepénité aiguë » (dès le dessin de couverture), ce gros album en restitution de l’insécurité française, en rencontre avec une France bien enveloppée ou remplie de grands sportifs, en évocation de solutions bien hexagonales et d’un éternel retour à la France de toujours…

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