Une colère de femmes venue de loin

Shi, tome 1: au commencement était la colère, Zidrou (scénario), Homs (dessin). Editions Dargaud, 64 pages, 13,99 euros.

De nos jours, à Londres. Tout juste blanchi de poursuites enclenchées par des associations humanitaires, le patron d’une entreprise d’armement voit son fils et sa femme déchiquetés sous ses yeux, explosant sur une mine (produite par sa société !) dissimulée dans son jardin. La violence et la colère à l’origine de cet acte pourraient venir de loin. Peut d’être d’un siècle et demi auparavant, où va se dérouler l’action de cet album…
A l’époque victorienne, on découvre deux jeunes femmes et une enfant tentant d’échapper à la police en s’échappant par les toits, poursuivis par un « lord » prêt à enflammer tout le quartier pour les voir périr…
Quelques années plus tôt, encore, en 1851, la famille de Lord Winterfield – un vétéran des guerres d’Amérique – visite la première exposition universelle bat son plein. Sa fille, Lady Jennifer est d’abord sensible à la détresse d’une petite mendiante, puis à celle d’une Japonaise qui serre contre elle son bébé… mort. En cherchant à lui apporter une tombe décente, Jennifer va être amenée à recroiser la petite fille et l’étrangère. La noble anglaise et l’étrange Japonaise, des femmes que tout séparait mais qui vont se réunir « contre l’empire ». Début d’une alliance révoltée et explosive…

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Saint-Quentin sans crier gare dans l’oeuvre de Franquin

Serge Dutfoy devant la fameuse page de Gaston devant la gare de Saint-Quentin (Aisne)

Jean-Louis Mast, l’auteur d’origine saint-quentinoise de comics et de turbo-média l’avait évoqué tout d’abord sur sa page facebook, en faisant référence à un autre auteur saint-quentinois emblématique, Serge Dutfoy, qui avait trouvé amusant d’exhumer la chose à l’occasion de l’inauguration du nouveau parvis de la gare de Saint-Quentin. Ma confrère du Courrier picard vient à son tour de lui consacrer un article.

Alors que 2017 sera « l’année Franquin » – et que l’intéressante expo consacrée à Gaston Lagaffe est toujours visible à la bibliothèque du Centre Beaubourg – c’est en effet un joli rappel, valorisant, pour le patrimoine régional…

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De quoi faire une cène

Un jour sans Jésus, tome 1 sur 6, Nicolas Juncker (scénariste), Chico Pacheco (dessin). Editions Vents d’Ouest, 48 pages, 11,50 euros.

Jérusalem, le jour de Pâques en ce qui deviendra bientôt l’an 33 après J.C. Et justement, le corps du Christ, tout juste décroché de sa croix après son martyre a disparu de son tombeau ! Hormis Jean enthousiasmé par ce nouveau miracle, les autres disciples sont dubitatifs, voire accablés. Certains imaginent un mauvais coup des Zélotes pour déclencher leur révolution, ou de Barrabas, le voleur tout juste libéré à la place de Jésus et qui se verrait bien prendre la tête du mouvement contre Rome. Les Romains, justement, en viendraient en prendre au pied de la lettre le rituel chrétien disant qu’ils « mangeaient le corps du Christ ». Et le roi Hérode, lui, a déjà fort à faire avec sa femme Salomé, au vraiment sale caractère et toujours à la recherche d’une tête de prisonnier sur un plateau…

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Paysage après le palmarès d’Angoulême

En matière de palmarès, Angoulême a fait un peu cette année comme la primaire du PS, en pratiquant le grand écart.

Après un « Grand prix » décerné à Cosey, représentant d’un certain « clacissisme » grand public, c’est un album expérimental qui a été primé « Fauve d’or / meilleur album de l’année » (certes pas par le même jury). Un choix avant-gardiste qui s’inscrit cependant dans la lignée du Fauve d’or 2016, qui avait été décerné à Ici, de Richard Mc Guirre et son paysage figé évolutif au fil des siècles. Et l’on notera que le prix revient pour la deuxième année consécutive à une maison d’éditions pas uniquement spécialisée en bande dessinée.

FAUVE D’OR / PRIX DU MEILLEUR ALBUM
Paysage après la bataille des Belges Philippe de Pierpont et Éric Lambé (co-édition Actes Sud BD/Frémok). Cet imposant pavé de 420 pages, quasi-muet, dans un style minimaliste et tendant vers l’abstraction retranscrit avec profondeur la reconstruction d’une femme après un deuil. « Après la bataille » donc. Une oeuvre graphique émouvante… mais, il faut bien le reconnaître, qui peut aussi laisser froid, incitant à passer rapidement certaines pages…

FAUVE – PRIX SPÉCIAL DU JURY
Ce qu’il faut de terre à l’homme, de Martin Veyron (ed.Dargaud), drame rural et réflexion philosophico-économique tragi-comique sur la futilité de l’appât du gain, à travers la triste destinée d’un paysan russe du XIXe siècle, adapté d’une nouvelle de Tolstoï.

FAUVE DE LA SÉRIE
Chiisakobe, tome 4 de Minetaro Mochizuki (ed. Le Lézard Noir). Ce manga, intimiste et familial, faisait déjà partie de la sélection finale du prix ACBD Asie. Adapté d’un roman célèbre de Shûgorô Yamamoto, ce récit singulier par aussi d’une histoire de deuil et de reconstruction: celle d’un jeune charpentier – masqué derrière d’éternelles lunettes et une grande barbe – après le décès de ses parents et l’incendie qui détruit leur entreprise; et du lien qui va se nouer avec une jolie voisine à la famille nombreuse.

FAUVE DE LA RÉVÉLATION
Mauvaises filles d’Ancco (ed.Cornélius), histoire d’une adolescence difficile pour deux filles dans la Corée du Sud des années 1990.

FAUVE DU PATRIMOINE
Le Club des divorcés, Tome 2 de Kazuo Kamimura (ed.Kana). Lui aussi avait été repéré par le prix ACBD Asie. Cette série replonge dans le Japon de la fin des années 60 et évoque l’opprobre que subissaient alors les femmes divorcées.

FAUVE DU PUBLIC CULTURA
L’Homme qui tua Lucky Luke de Matthieu Bonhomme (ed.Lucky Comics). La relecture novatrice et empathique du plus célèbre cow-boy franco-belge du 9e art a donc séduit le public.

FAUVE POLAR SNCF
L’Été Diabolik d’Alexandre Clérisse et Thierry Smolderen (ed.Dargaud). Après avoir séduit la semaine passée déjà les lecteurs-internautes de la Fnac, cette relecture vintage d’un pulp italien des 60′ s’impose de nouveau.

FAUVE DE LA BANDE DESSINÉE ALTERNATIVE
Biscoto, Le journal plus fort que costaud de l’Association Biscoto éditions (fondé par Julie Staebler et Suzanne Arhex).

FAUVE JEUNESSE
La Jeunesse de Mickey Tébo (ed. Glénat). Ce prix était déjà connu, comme les autres prix des sélections « jeunesse » depuis mercredi.

L’homme est un loup (breveté) pour l’homme

Le temps des sauvages, Sébastien Goethals, d’après le Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Gunzig. Editions Futuropolis, 272 pages, 26 euros.

Dans un futur proche, ou la reproduction humaine a été privatisée, le commerce des gènes devenu un secteur prospère permettant toutes les mutations, le projet de licenciement abusif d’une caissière de supermarché va être à l’origine d’un engrenage sanglant, après sa mort accidentelle lors de son entretien préalable de licenciement. Jean, l’employé de sécurité qui avait été chargé de la piéger par enregistrements vidéo va se voir poursuivi par les quatre fils de la défunte. Des « enfants-loups », devenus braqueurs de fourgons bancaires, éloignés de leur mère mais mus par un désir de vengeance. Marianne, la femme de Jean – commerciale hyper-efficace – va aussi se retrouver impliquée, séquestrée par les loups, tandis que Jean se voit approché par Blanche de Castille-Dubois, chargée du dossier par le groupe de supermarchés Eichmann…

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Ramize Eder à l’honneur du prix « Couilles au cul »

La dessinatrice turque Ramize Erer qui a été honorée, ce samedi à Angoulême, du deuxième prix « Couilles au cul ».

Lancé l’an passé par Yan Lindingre, rédacteur en chef de Fluide glacial avec le Festival OFF of OFF d’Angoulême, le site ActuaBD.com, Cartooning for Peace et les quotidiens Sud Ouest et La Charente Libre, ce prix vise à saluer un courage artistique particulièrement remarquable. Il vient d’être remis, pour sa seconde édition, à la dessinatrice turque Ramize Erer.

A travers elle, il s’agit déjà de rappeler le contexte difficile vécu par les  dessinateurs de presse turcs en butte à un pouvoir islamo-conservateur de plus en plus autoritaire et répressif. Il s’agit aussi, plus spécifiquement, pour le jury, de « rendre hommage au courage de cette dessinatrice et à son combat pour la cause des femmes, victimes collatérales de la politique d’Erdogan« …

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La Revue dessinée dans la galaxie Delcourt

Le groupe Delcourt « rejoint l’aventure » de La Revue Dessinée. A l’horizon: l’édition d’albums communs.

L’arrivée d’un grand groupe dans une société indépendante suscite toujours une certaine crainte sur l’indépendance, à terme, de la seconde à l’intérieur du premier. Mais, ce jeudi 26 janvier, dans le communiqué de presse qui officialise l’entrée du groupe Delcourt au capital de La Revue Dessinée, on insiste bien sur le fait que « cette prise de participation laisse les fondateurs conserver la majorité du capital de l’entreprise, garantie de l’indépendance des activités éditoriales de la société« …

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Dessins croisés et picards au Mesnil-Saint-Firmin le 4 février

L’association Saint-Joseph organise son rendez-vous de la bande dessinée « Dessins croisés », au sein de la Maison d’enfants du Mesnil-Saint-Firmin, dans l’Oise. Avec des auteurs picards à l’honneur

Pour la deuxième année consécutive, la maison d’enfants de l’Association Saint-Joseph du Mesnil-Saint-Firmin organise son rendez-vous de la bande dessinée. Cette année, c’est le dessinateur samarien Damien Cuvillier qui sera mis à l’honneur.

Remarqué dernièrement pour son travail sur Nuit noire sur Brest, de Kris ou précédemment pour le diptyque Les souliers rouges (et son passage réussi à la couleur directe), il sera présent le 3 février pour des animations avec les écoles puis le 4 février à partir de 14 heures pour un rendez-vous grand public. Et il ne viendra pas seul au Mesnil-Saint-Firmin, puisque sont également annoncés David Francois (dessinateur d’Un homme de joie), Hardoc (dessinateur de La Guerre des Lulus) et Régis Hautière  (scénariste, notamment, des deux séries). Cette manifestation comprendra des dédicaces-ventes de BD et des animations, dont deux expositions consacrées à la guerre des Lulus et à Petite souris, Grosse Bêtise, l’une des premières bandes dessinées jeunesse éditée par les Editions de la Gouttière. La maison d’édition amiénoise est partenaire de la manifestation, tout comme l’association On a marché sur la bulle et la libraire amiénoise Bulle en stock.

Dessins croisés, samedi 4 février, de 14 à 19 heures, Maison d'enfants de l'Association Saint-Joseph, rue du Château, 60120 Le Mesnil-Saint-Firmin.

Les prix alternatifs décernés à Angoulême

En attendant les « grands prix » des albums – dimanche en clôture, quand même – et après « le » Grand prix des auteurs – remis donc à Cosey ce mercredi – une série de prix « Découvertes » ont déjà été décernés.

Le plus prestigieux, le « Fauve d’Angoulême – Prix Jeunesse » revient à Tébo pour La jeunesse de Mickey (ed.Glénat), sa variation plutôt drôlatique sur le héros de Disney remixé à sa sauce.

Du côté des scolaires, le Prix des écoles d’Angoulême a été pour La Cantoche T.1: Premier service de Nob chez BD Kids. Le Prix des collèges, pour sa part a nommé Ninn, Tome 1: La ligne noire, de Jean-Michel Darlot et Johan Pilet chez Kennes. Le Prix des lycées a été décroché par l’Homme qui tua Lucky Luke de Matthieu Bonhomme chez Lucky Comics.

Quand la presse généraliste redécouvre la bande dessinée à l’occasion du Festival d’Angoulême

Le Festival d’Angoulême est aussi  le rendez-vous de la « grande presse » avec la bande dessinée, le moment rituel où le 9e art, plus ou moins ignoré le reste du temps devient le « marronnier » de l’instant – comme la rentrée scolaire en septembre et le froid en hiver…

Ce déferlement (quand même relatif) de sujets sur la bande dessinée présente aussi l’intérêt de voir le regard plus « généraliste », donc, porté sur elle dans les quotidiens et newsmagazines.

Libération, comme tous les ans, y va donc ce matin de son numéro « tout en dessins ». Mais celui-ci semble bien devenu également, lui-aussi, un vrai marronnier très convenu. Et  sa « une » tristounette (signée Minetarô Mochizuki, auteur de Tokyo Kaido) a valeur de symbole ou de symptôme, avec son journal délaissé sur le trottoir…   A l’intérieur, pas vraiment non plus d’explosion graphique époustouflante. Et la sensation d’un moins grand nombre de dessins que les années passées. Auteur de l’excellent Stupor Mundi, Nejib illustre sans grande inspiration et maladroitement le « penelopeGate » de François Fillon.
Ne ressortent que l’illustration contrastée des militants de Hamon et Valls par Pier Gajewski ou un évocateur dessin de Winschluss sur les « revenants tunisiens du jihad ». Ainsi qu’un portrait en dernière page de… Laureline. Amusant mais un peu laborieux et long. Long aussi, mais plus intéressant est le sujet, dans la rubrique « idées », consacré à la manière dont la BD s’empare désormais des concepts philosophiques ou scientifiques, notamment à travers la « petite bédéthèque » du Lombard ou la collection Sociorama de Casterman.  Quant à la partie « littéraire », consacrée à la bande dessinée, la suppression du cahier Livres lui fait perdre aussi de la présence. Pas de changement, en revanche, sur le fond et les sujets traités, tous pointus et « avant-gardistes » (Paysage après la bataille du Belge EricLambé, Big Kids de Michael Deforge ou Fantasma de Maïté Grandjouan), le plus « mainstream » étant Groenland Vertigo de Tanquerelle. Un positionnement d’éclaireur qui devient néanmoins désagréablement élitiste lorsqu’il s’accompagne de l’expression d’un souverain mépris pour le grand prix 2017, Cosey, « au trait daté », et qui « nous laisse froid ». Mais bon, il faut quand même noter que, sur la dernière période, « Libé » est encore le quotidien qui consacre le plus régulièrement de grands articles à des oeuvres de BD.

Les autres quotidiens nationaux et les hebdos, ce jeudi, sont plus en retrait…

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