En couleurs mais toujours noir

black dog_Loustal_plancheBlack Dog, Jean-Claude Götting (scénario), Jacques Loustal (dessin). Editions Casterman, 88 pages, 18 euros.

Un roman très noir dans un ambiance très colorée. C’est le paradoxe de ce « remake » d’un polar (en noir et blanc) de Jean-Claude Götting réadapté par son auteur avec et pour Jacques Loustal.

Tous les ingrédients du polar sont réunis, dans une Amérique ensoleillée, ambiance Côte ouest, années 70. Un immigré polonais qui vient injustement de se faire virer par son patron garagiste, après une expérience humiliante dans un restaurant chinois répond à la sollicitation d’un chef mafieux, qui lui propose de descendre un témoin gênant pour lui. Mais sa maladresse et sa trop grande proximité avec l’épouse délaissée du mafieux vont lui être fatals. Début d’un engrenage implacable…

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Printemps sanglant et guerre immonde

printemps humain_couvLe printemps humain, tome 2 : Résistants, Hugues Micol. Editions Casterman, 64 pages, 18 euros.

Suite et fin de ce diptyque atypique d’Hugues Micol et sa transposition de la Résistance dans un futur de SF.

Le premier soulèvement militaire des humains contre les Orts a tragiquement échoué. La domination de ces aliens sur la Terre – et en tout cas sur Paris où se déroule l’action – est plus forte que jamais. La plupart des révoltés ont été tués, les autres déportés sur la planète bagne de Frongoh. La « pacification » effectuée, les occupants tentent de normaliser la situation, permettent le retour des bagnards de Frongoh et organisent des élections, auxquelles participent Jak, le frère rallié à la cause des envahisseurs, de Téaomas le leader des résistants. Ces derniers n’ont cependant pas abandonné la lutte. Ils ont juste changé de stratégie, privilégiant désormais les actions de guerilla, les assassinats ciblés et les attentats. La répression va être d’autant plus forte…

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« Black Dog », deuxième passage impressionnant à la Maison de la Culture d’Amiens

Actualisé. Ce soir, la Maison de la culture d’Amiens a accueilli pour la deuxième fois du mois Black Dog, les rêves de Paul Nash. Salle comble et moment fort pour débuter cette semaine de manifestations en lien avec le centenaire de la bataille de la Somme.

Dessin de Dave McKean pour "black Dog"

Dessin de Dave McKean pour « black Dog »

Présenté pour la première fois le 4 juin, dans le cadre des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, le spectacle original de Dave McKean a été donné, ce mardi soir, dans le cadre des cérémonies en lien avec le centenaire de la bataille de la Somme.

C’est d’ailleurs dans ce cadre mémoriel que l’auteur d’Arkham Asylum avait travaillé, depuis l’automne dernier sur ce projet, répondant à une commande de l’équivalent britannique de la Mission du centenaire 14-18.

Avec une assez stupéfiante capacité de création et de « productivité », le dessinateur-cinéaste-musicien-scénographe anglais a donc réalisé dans ce laps de temps tout d’abord un superbe roman graphique, mêlant planches de bande dessinée et illustrations pleine page (voire en double page) époustouflantes…

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L’homme qui tua John Lennon, portrait d’un tueur trop ordinaire

j'ai tué john lennonJ’ai tué… John Lennon, Rodolphe (scénario), Gaël Séjourné (dessin). Editions Vents d’Ouest, 56 p, 14,50 euros.

Lundi 8 décembre 1980, John Lennon meurt, quelques heures après qu’un inconnu, Mark Chapman, lui a tiré dessus au pied de son immeuble new yorkais. C’est sur ce tueur minable que Rodolphe et Gaël Sejourné s’attardent ici, dans ce nouvel album d’une série « concept » chez Vents d’Ouest, sur ces personnages entrés par effraction dans l’Histoire pour avoir tué des gens bien plus importants qu’eux.

Mark Chapman entre quasi idéalement dans cette catégorie. De sa vie, on ne saura pas grand chose dans ce livre qui le capte uniquement dans les quarante-huit heures qui ont précédé l’assassinat. On comprend qu’il est marié, sous traitement médical, qu’il vient de débarquer de Hawaï. Ayant pris une piaule pourrie au YMCA, il déménage au Sheraton, croise deux jeunes filles fan de Lennon… Mais son portrait est bien campé. Psychologiquement défaillant, Chapman peine à différencier la réalité et ses fantasmes – ou il se voit comme un des Beatles, leur ingénieur du son ou comme une vedette télévisée après son acte meurtrier. Mais, surtout, il vit une frustration intense à l’égard des « homme plus, l’élite, ces putain de people ». Lire la suite

Greg Blondin et Dominique Zay : « Philippine Lomar, c’est Philip Marlowe en détective collégienne »

Les éditions amiénoises de la Gouttière publient leur premier album d’auteurs du coin. Et donnent vie du même coup à une nouvelle héroïne amiénoise : Philippine Lomar.

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Greg Blondin et Dominique Zay, lors des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, début juin 2016.

Philippine Lomar, t.1: Scélérats qui rackettent, Greg Blondin, Dominique Zay. Editions de La Gouttière, 48 pages, 12,70 euros.

Détective… et collégienne, Philippine Lomar va se retrouver confrontée – dans le premier volume de ses aventures, qui paraît aujourd’hui – à une histoire sordide de racket… qui pourrait bien cacher de plus grands méfaits. Derrière ses grands yeux et sa chevelure rousse, l’ado ne manque ni d’astuce, ni de caractère.

On aura noté, dans le nom de l’héroïne, comme dans le titre de cette première aventure le goût des jeux de mots – et du jeu avec les mots – de Dominique Zay. Plus largement, les dialogues sont également bien enlevés. Côté dessin, on retrouve le style rond de Greg Blondin, plus poussé encore vers la caricature (comme celle du duo de méchants). Et lui aussi fait dans le clin d’oeil (avec une infirmière scolaire sosie de la Mademoiselle Jeanne de Gaston Lagaffe). Mais derrière la légèreté du style, le ton et le fond sont aussi graves. Et l’approche du racket est bien plus réaliste ; à l’image des décors amiénois très fidèlement reproduits.

Enjouée et dynamique, Philippine Lomar fait une arrivée plutôt réussie dans le monde de la bande dessinée.

Rencontre avec Greg Blondin et Dominique Zay qui, respectivement au dessin et au scénario, ont créé cette très dynamique héroïne…

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Sur Ekhö aussi, tous les chemins mènent à Rome

ekho_t5_couvEkhö, tome 5: le secret des Preshauns, Christophe Arleston (scénario), Alessandro Barbucci (dessin). Editions Soleil, 64 pages, 14,50 euros.

Arrivée au tome 5, cette série Ekhö a trouvé son rythme de croisière et atteint son point d’arrivée. Et c’est justement sur le « navire de croisière semi sous-marin » Couine-Marée II (monté sur calamar géant !) que l’on retrouve Fourmille Gratule, Yuri et le preshaun Sigisbert. Ainsi que le joli comte Francesco Borghese qui drague ouvertement Fourmille.
En route pour Rome, ils escomptent trouver au Vatishaun les réponses à leur présence sur ce « monde-miroir » de la Terre et à l’étonnante capacité de Fourmille de pouvoir « héberger » ponctuellement l’esprit de personnes récemment décédées. Mais Rome est aussi bouleversée par des enjeux de factions au sein des preshauns, entre Zeugmas (prêts à cohabiter pacifiquement avec les humains) et authentistes (désireux de revenir à leurs pulsions animales ancestrales)…

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Méta-baron, puissance 2

Méta-baron_t2_khonradMéta-baron, tome 2: Khonrad, l’anti-baron, Jerry Frissen (scénario), d’après une histoire d’Alejandro Jodorowsky, Valentin Sécher (dessin). Editions Les Humanoïdes associés, 64 pages, 14,20 euros.

Le premier cycle de la nouvelle époque du Méta-Baron s’achève avec ce tome 2, qui évoque la suite des tentatives du général Wilhelm-100, général de l’empire Techno-Techno pour se débarrasser du dernier Méta-Baron, qui fait obstacle à la poursuite de l’exploitation de l’Epyphite, le nouveau carburant galactique.
Mais comment tuer un méta-baron, sinon par un autre méta-baron. Tel était le plan imaginé par Tetanus, l’âme damnée de Wilhelm-100, qui comptait aussi retrouver son aimée, Eris. Le romantisme n’étant pas trop dans les pratiques du militaire aux bras robotiques hypertrophiés, la gestation du futur « anti Méta-Baron » sera violente. Mais Khonrad devient vite un parfait clone, apte à aller combattre le Baron. Un combat qui ne tournera finalement pas comme envisagé. Car il est difficile de contrôler une arme vivante, surtout quand les sentiments s’en mêlent…

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Siné mensuel, le jour(nal) d’après

Ce numéro de juin de Siné Mensuel est le premier sans son fondateur, Siné, décédé le mois dernier. Mais celui-ci est encore bien présent. Et son esprit aussi.

siné mensuel_54_couvLe combat continue ! La couverture de ce numéro de juin de Siné Mensuel a valeur de programme. Et de création graphique, avec les autoportraits d’une bonne partie des « piliers » du journal devant le bras d’honneur emblématique dessiné par Siné.

A l’intérieur aussi, le fondateur de Siné Mensuel n’est pas oublié.
A la place de sa traditionnelle « zone » il a droit maintenant à une série de ses anciens dessins. Avec, pour cette première, une rubrique spéciale « j’aime pas les flics » dont quelques perles exhumées du début des années 60.
Des dix pages d’hommage, qui reprennent des témoignages de lecteurs ou des personnalités présentes à l’enterrement, au cimetière de Montmartre, on retiendra surtout la planche ou Yan Lindingre reprend l’exercice de mot-valise dessiné popularisé par Siné, en y allant d’une déclinaison avec le mot « siné » (de Siné chat rade à Sine te – sans toi), mais aussi des dessins de Mric (avec Siné en grand nom du cubisme…) ou le joli dessin de Desclozeaux réinterprétant la pub des frères Ripolin…

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De jolis « Carnets » sortis de la Hutte

En plus de leur Niche du Déhu, quelques étudiants du diplôme universitaire de bande dessinée d’Amiens ont aussi édité des Carnets de la Hutte.

Carnets de la hutte_couv66 pages, format à l’italienne et mise en page très soignée. Les Carnets de la Hutte ambitionnent d’être une « tribune (pour les) créateurs d’image« . Premier essai concluant. Surtout s’agissant du visuel, justement. Car la couverture, très « cheap » et ultra sobre – en carton gris juste estampillé du logo titre – masque un vrai foisonnement graphique, qui pourrait fleurer bon le fanzine artisanal et underground s’il ne s’adaptait à chaque fois au contenu évoqué…

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