Il y a trente ans, Malik Oussekine, Contrecoups mais pas à contretemps

Contrecoups_couvContrecoups, Laurent-Frédéric Bollée (scénario), Jeanne Puchol (dessin). Editions Casterman, 208 pages, 18,95 euros.

La coïncidence n’était certainement pas voulue. Mais le timing est plutôt bien choisi. Alors que bourgeonne un nouveau mouvement de contestation dans la jeunesse, avec, aussi, ses premiers échos de répression policière musclée, ce petit roman graphique rappelle l’un des épisodes fort et traumatisant en la matière: la mort de Malik Oussekine, en décembre 1986, victime d’une « bavure policière » des voltigeurs de Pasqua, alors qu’il était, en plus, parfaitement extérieur au mouvement de contestation contre la loi Devaquet d’autonomie des universités.
Un mouvement qui est alors au plus fort, en ce début décembre 1986. Le gouvernement a reculé sur certains points mais refuse de retirer son texte. La situation est tendue, l’affaire est passée des mains du ministre de l’Enseignement supérieur, Alain Devaquet, à celui de l’Education, René Monory et même plutôt à celui de l’Intérieur, Charles Pasqua. « Soixante-huitard » comme Chirac, il entend bien ne pas laisser la situation dégénérer comme dix-huit plus tôt…

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Cartooning for peace s’affiche à Amiens

L’exposition « Dessins pour la paix » est encore visible dans les locaux de Canopé jusqu’au 1er avril.

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Lors de l’inauguration de l’exposition, le 19 mars.

Exposition réalisée par Cartooning for Peace, mise à disposition par le CLEMI de l’académie d’Amiens et financée par Presstalis.

Depuis trois ans, Cartooning for Peace, réseau international de dessinateurs de presse engagés, propose aux établissements scolaires une exposition pédagogique itinérante de dessins de presse consacrée aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales.

Dans le cadre, et le prolongement, de la Semaine de la presse à l’école, cette exposition est encore visible pour quelques jours dans les locaux de Canopé, rue Saint-Leu à Amiens.

L’objectif est de proposer aux enseignants et leurs élèves une exposition d’une douzaine de panneaux permettant d’analyser en classe le rôle du dessin de presse et de la liberté d’expression et de travailler et dialoguer autour de thématiques fondamentales : « Qu’est ce que le dessin de presse? », « Liberté d’expression », « Peut-on rire de tout ? », « Dessins et religion », « Censure », l’environnement, etc…

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Western renversant

L'odeur des garçons affamésL’odeur des garçons affamés, Loo Hui Phang (scénario), Frederik Peeters (dessin). Editions Casterman, 112 pages, 18,95 euros.

Le western connaît un joli revival en bande dessinée ces derniers temps, du néo-Blueberry avec Undertaker au loufoque Santiago en attendant l’évocation de Lucky Luke par Mathieu Bonhomme et Guillaume Bouzard et la poursuite de la série par Jul, dans le cadre des 70 ans du célèbre cow-boy de Morris. Ou avec donc cet album plus atypique, de Loo Hui Phang et Frederik Peeters.

Au lendemain de la Guerre de sécession, le gouvernement américain lance une série de campagnes d’exploration des terres à l’ouest du Mississippi. C’est l’une d’elle que dirige Stingley, ingénieur progressiste qui rêve d’édifier une société nouvelle, quitte à dévaster la nature et éradiquer la population indienne locale. Stingley est accompagné dans sa mission par Oscar Forrest, un photographe new-yorkais, et du jeune Milton, ayant fuit sa famille, doté d’un talent inné pour communiquer avec les chevaux et qui révélera d’autres surprises. Oscar et Milton, qui tout deux fuient leur passé, vont se rapprocher et en venir à tomber amoureux. Mais planent sur eux la menace d’un étrange chasseur de primes et celle des indiens hostiles à cette intrusion…

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Gloire aux vaincus et au courses de chars

gloria-victis-tome-3-couvGloria Victis, tome 3: Némesis, Juanra Fernández (scénariste), Mateo Guerrero (dessinateur). Edition Le Lombard, 48 pages, 13,99 euros.

En Espagne, alors province romaine dans l’antiquité. Douze ans après la mort de son père, en pleine course de chevaux, l’ombre de la vengeance plane toujours autour du héros, Aelio Hermeros, peut-être lui-même l’un des meilleurs conducteurs de char de tous les temps, mais qui ne se voulait pas un destin dans les arènes… A présent, il a tout perdu. Il doit maintenant mener une existence périlleuse.

« Tout s’applique à la vie, car tout repose sur l’ambition, la victoire, la gloire et surtout la vengeance. » Cette citation du premier tome convient parfaitement à ce troisième épisode. Comme si cette phrase était un présage.

Au premier abord, cette vengeance qui occupe ici la totalité de l’intrigue paraît accomplie. En prenant du recul, nous pouvons penser que l’auteur oublie cependant la vengeance pour se consacrer à une autre intrigue (celle à venir dans le prochain tome). De quoi nous laisser un peu sur notre faim. Mais de nouveaux personnages apparaissent, qui nous éclairent un peu plus sur le passé d’Aelio. Et ils enrichissent aussi un scénario qui devenait trop monotone depuis le tome 2. Pour sa part, le héros voyage de plus en plus, ce qui va nous mener au prochain tome à la capitale de l’Empire !

Une série destinée aux adultes et adolescents à partir de l’âge de 12 ans. Et qui, malgré cette petite baisse de rythme, reste vivement conseillée aux passionnés de l’antiquité romaine en général et des courses de chars en particulier !

Par notre stagiaire, Anna Coadou

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Un regard bienveillant sur la « trilogie des malfaisants »

Trilogie des malfaisants_couvLa trilogie des malfaisants, Philippe Chanoinat (scénario), Maëster, Coquelet, Borot, Tesse (dessin). Editions Jungle, 48 pages, 14,95 euros.

Ce dimanche soir, pour la énième fois, Les Tontons flingueurs repassent à la télévision (sur France 2),  assumant désormais pleinement leur statut de film-culte transgénérationnel. Un statut qui aurait sans doute bien surpris ses auteurs lorsqu’ils conçurent cette petite comédie d’espionnage loufoque et san prétention, mais porté par un casting d’enfer et des dialogues au sommet du talent gouailleur d’Audiard. De quoi oublier un peu le réalisateur, Georges Lautner ?
C’est à lui que Philippe Chanoinat dédie cet album. Un exercice d’admiration et d’hommage, après le décès du réalisateur, en novembre 2013.

Pour cela, Chanoinat a réuni trois films et quatre dessinateurs. Les tontons flingueurs, bien sûr, mais aussi Les Barbouzes, sa fausse suite sortie l’année suivante (en 1964) et le moins connu Ne nous fâchons pas (1965)…

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Bernard Cosey, un auteur très vert

Le dessinateur suisse Bernard Cosey vient de recevoir le prix « SuperTournesol » de la BD, décernée à l’initiative d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), pour l’ensemble de son œuvre.

imgp2568Voici vingt ans qu’à l’initiative des Verts (puis EELV) est remis chaque année lors du Festival BD d’Angoulême le prix Tournesol, récompensant la BD la plus écolo parue dans l’année en langue française (attribuée cette année à l’américian Derf Backderf pour Trashed, Ed. Ça & là).

En « bonus », tous les dix ans, un prix SuperTournesol est décerné à un auteur n’ayant jamais été primé, mais dont l’œuvre entière témoigne qu’il défend les valeurs de l’écologie.

Après F’Murr en 2006, c’est donc Bernard Cosey qui vient de le recevoir lors d’une cérémonie tenue au Sénat à l’invitation du groupe des sénateurs écologistes…

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Zep, tout un art au musée de Lille

Zep est l’invité du 3e « Open museum » du Palais des beaux-arts de Lille. Le père de Titeuf a investi le musée et propose son regard sur les collections.

Zep_open_museum_LilleDécidément, les auteurs de bande dessinée prennent goût aux musées. Après Binet qui y emmène désormais régulièrement ses Bidochon, c’est Zep qui s’est vu inviter par le Palais des beaux-arts de Lille, pour sa troisième opération « Open museum ». Après le groupe Air et le collectif InterDuck, l’auteur suisse investit le bâtiment et propose son regard particulier sur les collections.

Dès le monumental hall d’entrée, une vidéo-projection sur écran géant pose à la fois la (grande) ambition et la fragilité du projet face à l’immensité du champ d’action. Comme il le note, dans un dessin extrait d’une planche appliqué à côté d’un d’un de « cases libres » à remplir par les visiteurs (récit-gag repris dans le catalogue de l’expo), enfant, Zep n’aimait pas les musées, « alignement de gens morts peints par d’autres gens morts« … Ici, il redonne vie aux salles avec différents dispositifs de réinterprétation…

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Les dents de l’amer

maître crocodiles_couvLe Maitre des crocodiles, par Jean-Denis Pendanx et Stéphane Piatzszek. Editions Futuropolis, 144 pages, 20 euros.

Indonésie, au large de Sumatra, été 1984, Léo, jeune réalisateur militant écolo, Isabelle son épouse enceinte et Bernard, un cameraman qui vient de claquer la porte de chez Courteau, tous trois partisans de la deep ecology viennent tourner un film sur les îles Banyak, afin d’alerter sur les risques de la surpêche et de l’épuisement des ressources. Mais alors qu’une effervescence indépendantiste se répand dans l’archipel, ils doivent aussi se méfier des hommes, notamment du fils du Chamat, le chef du village. Ils vont surtout se confronter à un crocodile géant, qui dévore sous ses yeux la femme de Léo. Trente ans plus tard, vieilli, solitaire, Léo revient sur l’île. « Pour mourir ». Et pour mettre un point final à l’affaire…

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Le drakkar toujours dans la galère

aslak-t3_couvaslak_t4_couvAslak, tome 3: le milieu du mât et tome 4: le monde du rien, Hub,  Weytens (scénario), Michalak (dessin). Delcourt, 48 pages, 14,50 €.

On l’avait un peu perdu de vue, depuis le tome 2, mais l’Aslak poursuit son périple au pays des chimères. Son équipage a même été contraint de s’unir à celui de Roald le Borgne. Et si les deux frères Skeggy et Sligand se retrouvent, ce n’est toujours le grand amour fraternel. Mais des défis et des dangers plus importants imposent leurs priorités.
Après avoir retrouvé la fibule et pensé avoir franchi la porte les ramenant sur leurs terres, les deux équipages vikings s’enfoncent dans des cavernes sans fond, débouchant dans un paysage glacé, qui pourrait être bien le pays de la géante Hel, le royaume des défunts, avec ses colonnes de morts-vivants…

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Jour noir (et jaune et rouge), hommages et recueillements dessinés après les attentats à Bruxelles

CeJjeaAW8AAcLHparticle complété.
ce mercredi 11h30.

C’est en passe de devenir, hélas, une triste habitude. Chaque attentat d’importance s’accompagne de son lot de dessin de presse ou d’humour noir. Tradition née de la floraison d’illustrations parues à la suite de l’attaque contre Charlie Hebdo et qui, une fois encore, ressurgit aujourd’hui, après les attentats à l’aéroport et dans le métro de Bruxelles.

Le blog des journalistes du monde.fr en a déjà compilé quelques uns. On pourrait y ajouter celui d’un de leurs dessinateurs attitrés, Martin Vidberg, ainsi que quelques autres, comme celui du dessinateur du Soir de Bruxelles, Kroll ou de l’Axonais Maadiar (galerie ci-dessous). Et s’accorder dans la peine accablée avec l’Algérien Dilem (ci-dessus)…

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