Le palmarès d’Angoulême, « in » et « off »… c’est Ici

Avec un peu de retard, retour sur le 43e palmarès des Fauves d’Angoulême… et d’autres prix « off » décernés ce week-end.

2-3-palma_2Entamé sur fond de polémique, le Festival d’Angoulême s’est achevé sur un autre couac, avec l’idée d’énoncer un « faux palmarès » – idée très diversement appréciée apparemment par les festivaliers (et les journalistes, dont certains se sont fait piéger).

Le vrai palmarès « in »… c’est ici

ici_couvS’agissant du « vrai palmarès » officiel, cette année 2016 consacre donc Ici, de Richard Mc Guire (éditions Gallimard), et son voyage temporel immobile effectivement très fascinant. A la limite de la bande dessinée, mais relevant incontestablement de l’art séquentiel.

Les huit autres « fauves » ont, pour leur part, reflété des tendances diverses.

Le public a plébiscité Cher pays de notre enfance, le livre-enquête de Benoît Colombat et Etienne Davodeau (ed. Futuropolis) parcourant les coulisses glauques de la 5e République, sujet tout d’abord évoqué dans la Revue dessinée. Pozla a reçu un « prix spécial du jury » mérité pour son impressionnant Carnet de santé (ed. Delcourt), également salué ici.
Le prix de la meilleure série a été attribuée à Ms Marvel (ed.Panini), première super-héroïne musulmane de la galaxie Marvel et donc dans l’air du temps. Celui de la révélation est revenu à Une étoile tranquille, de Pietro Scarnera (ed.Rackham) consacrée à la vie de Primo Levi. Et le prix SNCF du polar est revenu à Tungstène, du Brésilien Marcello Quintanilha (ed. ça et là).
Le prix jeunesse a été attribué au drôle Grand méchant renard, de Benjamin Renner (ed.Delcourt) et celui de la BD patrimoine à Père et fils, série de strips allemands muets de l’entre deux-guerres (ed. Warum / Steinkis), signés O.Plauen, alias eric Ohser.
Enfin, le prix de la BD alternative a été décerné à Laurence 666, revue « graphique et collective ou la bande dessinée, l’illustration et le graphisme se mettent au service du récit », revue que j’avoue ne pas connaître du tout.

trois prix « off »… et trasH(ed)

A côté des prix officiels, Angoulême est aussi le lieu où sont remis de nombreuses autres récompenses « off » (comme le prix ACBD de la critique décerné en décembre, dont le dernier à Zaï Zaï Zaï Zaï).

Un nouveau prix, qui en a, sculpté par l'artiste Denis Hilt.

Un nouveau prix, qui en a, sculpté par l’artiste Denis Hilt.

C’est ainsi qu’Europe Ecologie les Verts a remis son « prix Tournesol » à Trashed, de l’Américain Derf Backderf (ed. ça et là), contant de façon plus ou moins autobiographique une tranche de vie d’un éboueur.

Le prix Charlie Schlingo, lui, créé notamment à l’initiative de la dessinatrice Florence Cestac, il a été remis cette année à Pixel Vengeur et Mo/CDM pour leur « reload » du conte des 3 petits cochons (ed. Fluide glacial).

Quant au nouveau prix « Couilles au cul », impulsé par Yan Lindingre (pour rappeler le FIBD à sa promesse d’honorer la liberté d’expression dans la lignée de l’an passé) a été décernée à la Tunisienne Nadia Khiari pour son personnage Willis From Tunis, chat moqueur et impertinent qui accompagne la révolution tunisienne. Dessins d’actu réalisés au fil de jours dont certains ont été édités aux éditions La Découverte.

Madrigal/Gallimard grand gagnant de l’année chez les éditeurs

Logo_groupe_madrigallEnfin, si l’on veut intégrer cette dimension éditoriale dans la lecture de ces palmarès, on notera que le grand gagnant de l’année est le groupe Madrigal (Gallimard and co: Futuropolis, Fluide, etc) avec le doublé entre grand prix du jury (Ici) et prix du public (Cher pays de notre enfance). Doublé qui devient même un trio avec le prix Charlie Schlingo.

Parmi les trois principaux groupes de presse BD – Médias Participation, Glénat et Delcourt – seul ce dernier apparaît ici, deux fois primé (pour Carnet de santé et Grand méchant renard). Le groupe Steinkis est lui présent à travers sa marque Warum, ainsi que Panini (plutôt pas trop habitué aux palmarès « littéraires » annuels).
A noter que deux maisons indépendantes tirent leur épingle du jeu : Rackham et ça et là (avec Tungstène et Trashed), reflet d’une politique éditoriale assumée et soutenue.

Les Bidochon se voient toujours bien en peinture

Les bidochon_musee_couvUn 3e jour au musée avec les Bidochon, Binet (textes et dessins), Patrick Ramade, Pierre Lacôte (textes). Editions Fluide Glacial, 96 pages, 25 euros.

Les Bidochon sont devenus de grands amateurs d’art et de fidèles visiteurs de musée. Depuis deux ans, ils ont d’abord arpenté les musée de Caen et Lyon. Cette fois, ils vont à la rencontre des plus grandes oeuvres des musées les plus réputés du monde : Esope de Velazquez au Prado de Madrid, les oeuvres de Lucian Freud à la Tate Modern de Londres, Soutine à la Washington National Gallery of Art de Washington, un auto-portrait de Rembrandt à la Haye, Dans le lit de Lautrec au musée d’Orsay à Paris, une Tempête de neige en mer, de William Turner à la National Gallery de Londres. Et toujours des oeuvres de Caen, Lyon ou même Saint-Quentin, dans l’Aisne, avec la Tête de jeune fille, de Maurice Quentin de la Tour. Vingt toiles de maîtres choisies par Binet parmi différentes périodes de l’histoire de l’art. Bonus pour ce volume 3 (en plus de l’histoire courte qui ouvre l’album) : un jeu « cherche et trouve » sur les représentations picturales des rois de France…

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C’est un ours, bien sûr !

Un ours of courseof course, conte musical d’Alice Zeniter et Lawrence Williams, illustrations Julie Colombet, Actes sud Junior, 19 euros.

Un matin, un ours réalise qu’il déteste sa solitude. Il est triste. Il s’en est rendu compte en voyant un couple de musaraignes chanter une chanson d’amour sur un rocher. Pour ne plus être triste, l’ours décide de tomber amoureux et de se marier.

Ceci n’est pas une mince affaire, bien sûr. D’autant que l’ours ne connait rien au monde qui l’entoure ainsi qu’à ses habitants. Jusqu’ici, il avait vécu reclus dans une grotte et se nourrissait exclusivement de vers de terre. L’ours réfléchit donc à ce qu’il pourrait dire à une ourse pour la séduire… Puis une croise une belette et lui dit: « Bonjour mademoiselle, je suis un ours bien élevé, bien sous touts rapports, bon CV, Et j’aimerais rencontrer une belle en âge de se marier. » Mais voilà, la belette est un monsieur et non une belle à épouser. Et en plus monsieur belette se permet de se moquer de l’ours. Il en sera de même avec le castor et une famille de tortues. Aucun d’eux ne veut croire qu’il est un ours. « T’es juste un gros chien ! » L’ours se dit alors que pour prouver son « ursidité », il doit tuer un lapin. Un lapin, il en croise justement un. Sauf qu’il ne sait pas à quoi ça ressemble. « Je suis un hérisson » prétendit le lagomorphes à longues oreilles, « et je vais t’aider à trouver des lapins« . En chemin ils croisèrent un hérisson. Le lapin se dépêcha de lui explique l’histoire. « Je suis une loutre ! » prétendit le hérisson solidaire. Et belote et rebelote avec tous les animaux de la forêt. Jusqu’à ce qu’ils rencontrent… une ourse…

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Patfawl et ses projets à Angoulême

DSC_1614Le Courrier picard consacre aujourd’hui un sujet au dessinateur Albertin Pierre Dealet, alias Patfawl.

Ce dernier est à Angoulême en cette fin de semaine, invité sur le stand de l’Association des paralysés de France, aux côtés de Geg, auteur de La Bande à Ed, ou il dédicacera son Carnet de santé. Ou plutôt ses Carnets de Santé. Le tome 1 est paru voilà deux ans, le tome 2 sortira en librairie le 15 mars (et le tome 3 est envisagé au plus tard pour début 2017).

En parallèle, Patfawl travaille sur une BD sur les microbes, une autre sur un enfant autiste ou un autre sur la gestion de la douleur.

Hägar ne perd toujours pas le nord et gagne du volume

hagar dunor_couvHägar Dünor : Tome 1, Dik Browne. Editions Urban comics, coll.Urban Strips, 232 pages, 22,50 euros.

Tout le monde l’a sans doute aperçu au moins vu une fois, au hasard d’une page de quotidien ou dans le Journal de Mickey. Désormais, grâce à Urban Comics, on va pouvoir  le lire en version intégrale.

Hägar Dünor est sans doute le viking le plus connu de la planète. Terrible chef de guerre… mais sous la coupe de son épouse Hildegarde, fier de ses traditions (en gros, les beuveries, les bonnes bastons et le pillage de l’Angleterre) mais accablé par un fils qui lit des livres, se pique de poésie et rêve de vivre dans un monde pacifié). Et sans compter sa fille, Ingrid, plus portée, elle sur les valeurs guerrières de son père mais incapable de se trouver un mari qui lui convienne. Entre campagnes épiques (aux côtés de son fidèle compagnon Eddie) et vie de famille, Hägar Dünor n’a pas fini de faire sourire ses nombreux lecteurs…

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Des rencontres et quelques faux contacts pour Prométhée

PROMETHEE_T13_C1C4.inddProméthée, tome 13: contacts, Christophe Bec (scénario), Stefano Raffaele, Emmanuel Roudier, Stéphane Servain, Laurent Gnoni, Thierry Démarez, Mario Alberti, Elia Bonetti, Ronan Toulhoat (dessin). Editions Soleil. 48 pages, 14,50 euros.

La vérité s’est désormais imposée. Les signes mystérieux et les catastrophes qui s’étaient accumulés rituellement pendant treize jours à 13h13, annonçaient bien une invasion extraterrestre. Celle-ci a eu lieu, ravageant la Terre, ne laissant survivre qu’une petite partie de la population. Mais, bien avant cela, depuis l’aube de l’humanité, des indices avaient été disséminés à la surface du globe, et des contacts ont bien eu lieu avec les aliens, des hommes préhistoriques ou des Germains de l’antiquité adorant « Maaländer », l’être de feu, jusqu’à Pizarro, le conquistador ravageant la « cité du soleil », l’attaque aérienne de Nuremberg du 14 avril 1561, Kaspar Hauser, l’étrange enfant sauvage ou des cosmonautes d’une mission Saliaout. Mais tout cela est resté incompréhensible à une humanité aveugle…

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Quelques bulles dans la presse pour saluer Angoulême

Traditionnelle revue de presse, à l’occasion de l’ouverture du Festival d’Angoulême… traditionnel instant de rendez-vous de la presse généraliste avec le 9e art. complété.

Question d’ambiance ou de ressenti subjectif. Angoulême ne suscite pas, cette année, un grand engouement dans la presse quotidienne ou magazine. Et une certaine paresse dans le choix des angles.

Libé BD 26 01 2016

Même « Libé », qui y va encore de son traditionnel numéro dessiné est un ton en dessous cette année.

Libération, certes fidèle à son habitude, livre encore ce matin, une édition « toute en BD ». Et même vue uniquement par des dessinatrices (sauf la repro d’un dessin de Hermann pour saluer sa désignation comme Grand Prix 2016). Manière de prendre position dans le débat qui a ému le milieu du 9e art ces dernières semaines.

Au final, ce « Libé en BD » 2016 n’en demeure pas moins un mou et vide, à l’image de la une, très dépouillée (mais pas très forte) consacrée à Christiane Taubira à travers un dessin de Catel. De quoi déplorer encore plus l’arrêt du Cahier Livres, qui permettait chaque année de présenter 8 pleines pages consacrées à la BD (même sous des angles très pointus). Quelques réussites quand même, comme une drôle de bande dessinée (au sens littéral, courant sur une double page) de Florence Cestac sur la crise du foie gras, un gros plan sur la collection Sociorama lancée par Casterman et une petite sélection d’albums, dont California Dreamin’ de Pénélope Bagieu, Cher pays de mon enfance de Colombat et Davodeau, le manga Deathco (dont on ne désespère pas d’arriver à parler plus longuement un jour) ou l’été diabolik, le nouvel opus jubilatoire de Clérisse et Smolderen (idem…). Enfin, si l’idée de réaliser un « entretien-portrait imaginaire » en der avec Lucky Luke était amusante, le résultat est un brin plombant (principale singularité: être illustré par un dessin-portrait réalisé par Aude Samama… qui présente une curieuse ressemblance avec Pascal Mériaux, directeur d’On a marché sur la bulle d’Amiens !).

Le_Monde_des_livresLe Monde de son côté, consacre quasiment autant de sujets à la bande dessinée, dans son édition datée de ce vendredi. Avec tout d’abord, une page en séquence culture, consacrée au Grand Prix accordé à Hermann ainsi qu’à l’expo Morris / Lucky Luke. Le cahier livres s’ouvre, lui, sur un grand article consacré à Otomo, par le (bon) spécialiste maison, Frédéric Potet. Le même consacre également un sujet à la transmission des connaissances via la BD, à travers la nouvelle collection Sociorama mais aussi de la Petite bédéthèque des savoirs lancée par Le Lombard. Sans compter l’incontournable page sur « l’affaire des femmes », complété par une sélection d’albums « singuliers » (comme Golem de LRNZ chez Glénat ou Chroquettes de Jean-Christophe Menu).

Ce même choix vers la BD « au féminin » est fait également à la fois par l’Humanité et La Croix. Avec moins de visibilité à la une mais, toutes proportions gardées, pas moins d’intérêt en pages intérieures, à chaque fois en ouverture de la séquences « livres »…

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Hermann, Grand Prix d’Angoulême 2016

Hermann a reçu cet après-midi le Grand prix 2016 de la ville d’Angoulême, mettant fin à la polémique autour du sexisme, qui a animé le petit monde du 9e art depuis le mois dernier.

Hermann (photo Charles Robin / Editions Dupuis

Hermann (photo Charles Robin / Editions Dupuis

A croire que certains ont pris un malin plaisir à rajouter un peu de sel sur la plaie, en désignant comme lauréat du Grand Prix 2016 d’Angoulême, après des semaines marquées par la polémique sur le sexisme supposé du festival, un dessinateur dans le nom, phonétiquement en anglo-allemand (certes), peut signifier « ici l’homme »… Car c’est donc en effet le dessinateur belge Hermann qui a reçu en cette fin d’après-midi, le prix. Il a été préféré, lors du choix final à la dessinatrice Claire Wendling – réapparue dans la short list après l’abandon de la pré-sélection 100% masculine – et au scénariste anglais Alan Moore.
Le lauréat 2015, le mangaka Katsuhiro Otomo, interrogé lundi à Paris par l’AFP a clos le débat sur les accusations de sexisme dans le monde la BD, en expliquant en substance que l’art n’a pas de sexe : « Dans le monde de la BD ou du manga, seul le talent compte. Il faut travailler. La différence de sexe n’a pas d’importance. Seules les oeuvres sont intéressantes », a souligné l’auteur d’Akira. Et l’accent mis sur le sexisme masquera donc, pour cette année, un autre débat – récurrent – sur la prédilection donnée aux dessinateurs sur les scénaristes…

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BD: enquête d’auteurs

Les Etats généraux de la bande dessinée viennent de livrer, en préambule au Festival d’Angoulême les résultats de leur enquête sur les auteurs de BD, lancée cet automne. Edifiant.
Contact : http://www.etatsgenerauxbd.org/contact/

Etats_généraux_BD_logoLancée par l’association des États généraux de la bande dessinée du 15 septembre au
15 novembre 2015, cette étude sur les auteurs de BD a recueilli près de 1500 réponses. Soit donc la plus importante base de données sur les auteurs francophones.

Le questionnaire, qui s’adressait aux auteurs professionnels ou amateurs, visaient à une présentation des personnes, de leur métier, de leurs parcours, de leurs activités (scénario, dessin, mais aussi mise en couleurs, story-board), de leurs conditions de travail, les relations avec les éditeurs, etc.

50 % des auteurs de BD sous le seuil de pauvreté

L' »engouement impressionnant », obtenu, selon ses organisateurs, est un reflet de la mobilisation et des inquiétudes actuelles. En effet, dix points marquants ont été mis en avant par l’enquête…

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Le tournage de « Seuls » commence

Seuls, la série à succès de Vehlmann et Gazzotti devient aussi un film. Celui-ci est entré en production.

,Au bout de neuf albums, Seuls devient aussi un film. Il s’agira du quatrième long-métrage du réalisateur David Moreau (Ils, The Eye, 20 ans d’écart), avec la participation du jeune acteur et humoriste Stéphane Bak, de Sofia Lesaffre, Kim Lochhart, Jean-Stan du Pac et Thomas Doret. Le synopsis reprend le « pitch » de départ de la série: cinq adolescents se retrouvent brusquement dans la ville de Fortville désertée par tous les adultes.

Deux fois récompensée au Festival d’Angoulême, la série de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti rencontre un succès critique et public croissant depuis sa création en 2006. Le tome 9, paru en octobre dernier, s’est d’ores et déjà vendu à plus de 100 000 exemplaires, selon le communiqué transmis aujourd’hui par les Editions Dupuis.

Produit par Abel Nahmias (Echo Films), coproduit par STUDIOCANAL, et David Moreau (Faust Films), avec la participation de CANAL+ et CINÉ+, le tournage du film commencera le 29 février, pour une durée de 9 semaines, en région parisienne. Le film sortira en 2017.