Dans la tête du terroriste

Mort au Mort au tsar 2-couvTsar, tome 2 : le terroriste, Fabien Nury (scénario), Thierry Robin (dessin). Editions Dargaud, 56 pages, 13,99 euros. Sortie le 11 septembre.

Fin du diptyque de l’équipée du terroriste Georgi sur fond de révolution russe de 1905 à Saint-Petersbourg.
5 décembre 1904. L’attentat contre le gouverneur de Moscou a échoué. Fiodor a été tué dans la course-poursuite qui a suivi l’explosion. Mais la détermination de la cellule anarchiste composée de l’étudiant Heinrich, de la comédienne Erna et du cocher mystique Vania est intacte. Tandis que l’Okhrana, la police politique du tsar, les pourchasse et qu’un mouchard pourrait bien les dénoncer, une nouvelle opération se prépare. En séjour dans la capitale, Georgi assiste à la terrible répression du dimanche rouge du 23 janvier 1905 et il continue de relater dans son journal le suivi de leur opération, apportant un regard cynique et de plus en plus désabusé sur leur action. D’autant que même l’éventuel succès de leur attentat pourrait aussi signifier leur perte, d’une manière ou d’une autre.

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Mission enfin remplie pour Kim sur Antarès

Antarès 6_couvAntarès, épisode 6, Léo. Editions Dargaud, 48 pages, 11,98 euros.

Dernier volet d’Antarès, Et seizième album, déjà, des aventures de Kim, depuis la fuite de son village d’Arena Blanca, sur Aldébaran

Avec ce sixième tome, l’expédition sur Antarès s’achève et une grande partie des mystères qui ont accompagné Kim et ses compagnons depuis leur atterrissage sur cette nouvelle planète s’éclaircissent enfin. Les tensions entre Jedediah, chef de mission mystique illuminé et la jeune femme sont à leur maximum. Tandis qu’ils sont sous la surveillance muette des extraterrestres (dont Sven, le père de Lynn, l’enfant disparue de Kim) les membres de l’équipage vont être confrontés à de rudes épreuves encore. Kim et Alexa n’hésitent pas à pénétrer dans la navette clone apparue brusquement à côté de la leur, répondant ainsi à une demande apparente des aliens. Pendant ce temps, le camp de base est sous la menace d’une inondation. Et les relations amoureuses, aussi, évoluent vite…

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Re-naissance du Chat du rabbin

Chat du rabbin_6_couvLe chat du rabbin, tome 6: tu n’auras pas d’autre dieu que moi, Joan Sfar. Coll. Poisson pilote / Editions Dargaud,  56 pages, 12,99 euros.

Depuis 2006 (et la parution du tome 5, Jérusalem d’Afrique), il se taisait – du moins en livre, puisqu’il s’était animé sur grand écran voilà trois ans. Autant dire que ce retour du Chat du rabbin – et de Joan Sfar – fait figure d’un des événements BD de cette rentrée.

S’il a retrouvé la parole, le chat n’est pas au mieux. Ayant déjà dû assumer le mariage de sa chère maîtresse, Zlabya, voilà que celle-ci attend un enfant. Le fait d’en être le premier informé n’atténue pas sa tristesse. D’autant que si le mari – un brin crétin – de Zlabya n’est pas vraiment un obstacle, la naissance de ce petit être supplémentaire bouleverse l’univers égocentré du chat. Au point de lui faire songer au suicide ou au départ…

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Dans Silex and the City, l’union fait la farce

silex-and-the-city-tome-6_couvSilex and the city, tome 6 : merci pour ce mammouth !, Jul. Editions Dargaud, 48 pages, 13,99 euros.

Avec la ponctualité d’un métronome ou d’un film annuel de Woody Allen, Jul livre son nouveau tome de Silex and the city.
Nous sommes toujours en 40 000 avant J.-C. Et si la vallée de la famille Dotcom résiste toujours à l’évolution, elle est confrontée cette fois aux obstacles à l’union entre Web Dotcom et Rahan de la Pétaudière, fils de crao, issu d’une lignée d’aristo-sapiens qui voit d’un très mauvais œil cette mésalliance avec cette famille d’hominidés très simple et franchement trop simple pour eux.
Ces tensions inter-familiales vont être l’occasion d’un petit cours de pré-histoire et de l’évocation du « grand soulèvement des tiers-espèces » contre l’aristocratie des invertébrés et son roi Louis-Silex et ce jusqu’à la terreur darwiniste dirigée par l’enragé Maximilien de Pierrafeu. La seule solution pour les Dotcom sera d’aller à Salt Lake Silex voir les Cro-mormons qui pourront acter de l’antériorité de leur lignée généalogique. Ayant réussi à démontrer que leur famille avait bien fait parler d’elle (fusse de déplorable manière), les Dotcom parviennent à faire admettre le mariage. Encore faut-il s’y préparer, ce qui est une autre épreuve…

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Engeance tout Risque

Michel Risque tome 1_couvMichel risque, intégrale, tome 1, Réal Godbout (dessin), Pierre Fournier (scénario). Editions de la Pastèque, 192 pages, 26 euros.

C’est le premier héros moderne de la BD québécoise que les éditions de La Pastèque font revivre, en version intégrale, avec ce premier volume paru l’an passé. En attendant la suite, annoncée pour cette fin d’année ou 2016.

Héros puis anti-héros sympathique créé par le dessinateur Réak Godbout, rejoint ensuite par Pierre Fournier, Michel Risque a aujourd’hui 40 ans. S’il n’a pas vraiment franchi l’Atlantique, ce gros volume permet d’en découvrir la genèse, en 1975 dans l’éphémère revue La barre à rire, puis de suivre son développement à l’échelle planétaire et même au delà.
Surgi de nulle part, sans passé ni biographie, il apparaît comme une sorte de Bob Morane et de Tintin, carrure athlétique et mâchoire (très) carrée. Dès sa première aventure, l’exotique Tapis diabolique, il se confronte à une tripotée de méchants (savant fou, mercenaire, etc) et se retrouve de Melbourne à Rio et Singapour. Un nomadisme voyageur qui va être la marque du personnage qui, s’il cultive quelques caractéristiques québécoises, se montre très international…

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A Whitechapel, la magie opère toujours

CouvertureLe magicien de Whitechapel, acte 2: vivre pour l’éternité, Benn. Editions Dargaud, 64 pages, 15,99 euros.

Toujours aussi surprenant, ce magicien né l’an passé sous la plume de Benn. Jerrold Piccobello, désormais convaincu de la réalité de son immortalité et du pacte contracté avec le diable, se voit révéler d’autres astuces diaboliques, comme ces « raccourcis » bien pratiques qui relient entre eux les cimetières. C’est en usant de l’un d’eux qu’il arrive à Paris, où il va trouver sa complice, Céleste, entraîneuse dans un restaurant et pickpocket à l’occasion.

De retour à Londres, Jerrold se voit enfin reconnu et même invité à présenter un numéro de magie pour le jubilé de la reine Victoria. De quoi lui rendre toute sa splendeur passée. Avant cela, le magicien entend bien profiter de son nouveau pouvoir pour faire payer l’assassin de son ami Virgill. Et le diable, « le rabouin », pour se faire pardonner une mauvaise plaisanterie, propose de l’accueillir en enfer – très charnel – pour qu’il prépare son numéro…

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L’amnésique n’adoucit pas les moeurs

Trou de mémoire_couvTrou de mémoire, tome 1 (sur 2) : Gila Monster, Roger Seiter (scénario), Pascal Regnauld (dessin). Editions du Long bec, 56 pages, 15,50 euros.

Le Gila monster est le nom commun au Heloderma suspectum, un gros lézard venimeux des déserts d’Amérique du nord, particulièrement teigneux et tenace. Au-delà de cet incontestable apport à la culture générale de la faune d’Amérique du nord, c’est autour d’un autre spécimen dangereux que tourne cette série.

Loin du désert, tout débute sur les quais embrumés de San Francisco, au printemps 1964. Un type se réveille, ensanglanté, aux côtés du cadavre d’une jeune femme. Amnésique, il ne se souvient ni de son nom, ni d’aucun détail de sa vie passée. Mais il semble développer des réflexes d’un tueur professionnel hors pair. Il va aller de surprises en surprise, tandis qu’un duo d’inspecteurs tentent de dénouer cette ténébreuse affaire de meurtre ; affaire bientôt éclipsée par la découverte de la mort d’un sénateur. Deux morts qui pourraient être liées…

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Des pavés pour la plage…

Retour sur quelques (beaux) livres sur le 9e art, parus dernièrement et jamais évoqués ici, faute de temps. En attendant la rentrée et avant quelques jours de pause de ce blog.

Van hamme_mémoires d'écritures_couvJean Van Hamme, mémoires d’écriture, éditions GrandAngle, 112 pages, 15,90 euros. Jean Van Hamme l’a avoué ouvertement dans le dernier numéro du mensuel Casemate. Mais il le laissait déjà entendre dans ses « Mémoires d’écritures », parus fin mai (« Je vais aussi lâcher bientôt ce brave Largo. Pour retrouver ce temps qui me file entre les doigts afin de réaliser avant qu’il ne soit trop tard d’autres projets qui me tiennent à cœur. De toute manière, Philippe, qui a vingt-cinq ans de moins que moi s’y prépare déjà »)… Dans le dossier de presse accompagnant la sortie du livre, il déclarait d’ailleurs vouloir arrêter complètements son activité de scénariste BD ! Une remarque parmi toutes celles qui parsèment ce livre, dans lequel le romancier et scénariste belge raconte son parcours. Dans une « autobibliographie » plus qu’autobiographie d’ailleurs.

Dans une approche plutôt chronologique, Van Hamme ne livre pas de « scoops », mais des réflexions sur sa carrière, sur la bibliothèque de son aventureux de père en qui il voit l’origine de sa vocation, sur ses péripéties professionnelles (à l’extérieur comme à l’intérieur du monde du 9e art) et bien entendu sur la genèse de toutes ses séries, de XIII (dont on apprend qu’il fut un roman avant d’être la série phare que l’on sait) à Thorgal ou aux Maîtres de l’orge. Avec humour et une pointe d’autodérision, l’auteur égratigne au passage certains de ses pairs, mais insiste surtout sur des rencontres marquantes, avec Rozinski entre autre. Avec une riche illustration et d’une lecture aisée, ce livre apporte un joli regard sur l’un des plus grands conteurs de la BD contemporaine.

jack-kirby-king-of-comicsJack Kirby, King of comics, Mark Evanier, ed. Urban Comics, 224 pages, 29 euros. 2015 fut une « année Kirby » avec une expo hommage lors du festival d’Angoulême et une très belle version française de cette biographie signée Mark Evanier, ancien collaborateur du créateur de Thor, Hulk ou des 4 fantastiques. Préfacé par Neil Gaiman, l’ouvrage suit une approche et un chapitrage très classiquement chronologique, avec un inclinaison très empathique avec son sujet d’étude. Mais, paradoxalement, c’est une impression douce-amère que laisse cette vie d’un créateur présenté ici comme souvent exploité et rarement reconnu dans ses mérites – sinon quasi post mortem. quatrieme-monde-le-270x404Mais, à travers lui, c’est toute l’histoire des Comics qui est évoquée, avec sa traditionnelle opposition entre DC Comics et Marvel (qui doit énormément à Jack Kirby et Stan Lee). Mais le plus intéressant est dans l’approche esthétique et iconographique. Le livre reproduit de très nombreuses reproductions de planches (souvent en version originale), de couvertures, de crayonnés. Et propose quelques incises sur des collaborateurs du maître. En parallèle, Urban comics a aussi eu la bonne idée de republier une des œuvres phares (et longtemps mésestimée de Kirby) : Le quatrième monde ( 35 euros), un vrai trip mêlant Jimmy Olsen, des « chevelus », des gangs de motards, mêlés à des néo-dieux et à une guerre intergalactique. Un gros livre de 408 pages, lui aussi superbement édité, avec une introduction de Grant Morrison et une postface de Mark Evanier.

tout-lart-du-joker-270x363Tout l’art du Joker, Daniel Wallace. Urban Comics, 209 pages, 29 euros. Quatre mois après Kirby, Urban Comics exhume de nouveau un pan de l’univers graphique des comics avec sa version française d’une grosse monographie consacrée au Joker, l’emblématique adversaire ricanant de Batman, à l’occasion des 75 ans du personnages. Réalisé par un spécialiste des comics, Daniel Wallace, ce gros volume est, une fois encore, richement illustré. Mais il se distingue par son approche très thématique, évoquant ses débuts, mais aussi ses complices, ses méfaits emblématiques, etc. killing-joke-75-ans-270x407Le tout déployant une très grande diversité graphique, illustrant les multiples réutilisations du personnage depuis trois quarts de siècle. Dans la même logique éditoriale que pour le précédent ouvrage, est publiée une version « collector » en noir et blanc de Killing Joke, épisode culte signé Brian Bolland et Alan Moore et racontant les origines du Joker, comique minable instrumentalisé par des gangsters avant de sombrer dans la folie. Une œuvre majeure de « l’âge sombre » des comics et qui n’a rien perdu de sa noirceur et de sa force.

etre làÊtre là, avec Amnesty International reportages de Christophe Dabitch illustrés par treize dessinateurs. Editions Futuropolis, 184 pages, 24 euros. Après avoir recueilli des paroles « d’immigrants » pour Amnesty International, le journaliste Christophe Dabitch a repris la route, à la rencontre de militants et de victimes. Un périple aussi divers que les atteintes aux droits de l’homme peuvent également l’être. Son chemin débute en Argentine, auprès des familles et amis qui cimentent, dans des carreaux de céramiques colorées, la mémoire des victimes de la dictature ; action étonnant et poignant. Au Cambodge, il fait témoigner des femmes ayant résisté aux expulsions forcées des Khmers rouges ; en Ingouchie, il rencontre un avocat racontant son combat forcément très inégal contre un état oppressif. En Syrie, c’est une chercheuse, spécialiste des « conflits en phase aiguë » qui évoque – sans manichéisme – son action, sous les bombes des troupes de Bachar El-Assad. En Côte d’Ivoire, c’est aussi une atteinte à la nature qui est mise en avant, avec le rappel du scandale écologique du déversement de tonnes de produits toxiques à Abidjan. Mais les atteintes aux droits de l’homme ont aussi lieu en occident. Ceux-ci donnent lieu à deux reportages parmi les plus marquants de cet album. A travers les multiples réseaux de surveillance mises en place depuis une dizaine d’années, que des lanceurs d’alerte comme Snowden ou Assange ont révélé, mais aussi, plus prosaïquement en écoutant des roms de Grigny, dans l’Essonne. Eclectiques (à l’image des treize dessinateurs qui ont mis en images ces reportages), très denses, cet album collectif n’est pas d’un abord forcément très facile. Mais incontestablement utile. Venant rappeler l’actualité de la défense des droits humains un peu partout sur la planète.

La révolte victorieuse des guerriers de l’arc-en-ciel, aborigènes made in Taïwan

seediq-bale_couvSeediq Bale, les guerriers de l’arc-en-ciel, Row-Long Chiu. Editions Akata, 302 pages, 23,50 euros.

La diffusion, ce soir sur Arte, du film Les Guerriers de l’arc-en-ciel offre l’opportunité d’évoquer la bande dessinée qui en est à l’origine, parue à l’automne 2013 dans sa (belle) version française. Un album, mais bien plus encore, pour évoquer cette révolte de Wushe qui a vu, à l’automne 1930, le groupe aborigène des Seediq Bale, de Taïwan, se révolter face aux occupants japonais.  Après plusieurs décennies d’oppression, menés par leur chef Rudo Mouna, les « guerriers de l’arc-en-ciel », profitent d’une fête sportive qui réunit l’establishment nippon dans ce gros village du nord de l’île pour tuer méthodiquement les Japonais – et les décapiter, selon leur tradition rituelle – et détruire les postes de surveillance. C’est le début d’une guérilla de près de deux mois, durant laquelle l’armée japonaise va s’engager dans une surrenchère belliqueuse, allant jusqu’aux bombardements et à l’utilisation d’armes chimiques. Cette lutte inégale prend même des aspects génocidaires quand, en réponse aux massacres, les Seediq s’adonnent à des suicides de masse. Jusqu’à l’anéantissement des rebelles, puis l’oubli de cette révolte. Jusqu’à l’arrivée de Row-long Chui…

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