Don Quichotte pas mort !

Certain Cervantès_couvUn certain Cervantès, Lax. Editions Futuropolis, 208 pages, 26 euros.

Un certain Cervantès. Et même deux, dans ce beau récit de Christian Lax, qui lâche le guidon des coureurs du Tour pour une relecture moderne de Don Quichotte.

Le premier, c’est bien sûr Miguel Cervantès,  qui avant d’écrire son fameux roman combattit dans la flotte espagnole, perdit sa main gauche lors de la bataille de Lépante, fut capturé par les barbaresques…. Le second, c’est Mike Cervantès, jeune Américain de l’Arizona qui s’engage dans l’armée pour éviter la prison et se retrouve en Afghanistan où il est fait prisonnier par les Talibans. Comme son illustre homonyme, il cherche à s’évader, est repris, se retrouve amputé d’un bras avant de revenir, enfin, chez lui, déboussolé et honteux de ce se voir ainsi diminué.

C’est en prison (ou il échoue à la suite d’un premier et prévisible pétage de plomb) qu’il découvre Don Quichotte. A partir de là, le destin du héros « à la triste figure » et celui du GI’s vétéran vont singulièrement converger. A bord de sa « rossinante » d’aujourd’hui – une Ford rose modèle 1971 – Mike Cervantès va trouver en un émigrant péruvien son Sancho Pança et, lui aussi, partir combattre les injustices dans l’Amérique post-crise des subprimes..

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Des Colères toujours bien au présent à Arras

Le 14e Salon du livre d’expression populaire et de critique social « Colères du présent, a lieu cette fois du 30 avril au 2 mai à Arras (Pas-de-Calais). Avec toujours des auteurs de BD. Et un débat autour de Charlie hebdo.

salon-du-livre-2015-webCela fait quatorze ans que l’association Colères du présent agit à Arras pour, comme elle le note dans sa présentation « faire connaître et développer le champ littéraire particulier qui la préoccupe autant dans les secteurs de la bande dessinée, de la jeunesse que des secteurs plus généralistes« . Cette approche, déjà, mêlant, sur le même niveau, littérature blanche et noire, ouvrages jeunesse et bande dessinée, est à saluer.  Surtout dans « un champ en perpétuel labour : l’expression populaire et la critique sociale« . Et cela fait aussi quatorze ans que l’association concrétise et met en lumière cette démarche avec son festival littéraire du 1er mai.  Et, désormais, elle occupera les pavés de la ville d’Arras dès le 30 avril et jusqu’au 2 mai. Avec deux jours supplémentaires et complémentaires: le 1er mai reste une journée où le livre est en débat ; le 30 avril sera une journée où le livre se déguste, s’écoute, se lit, se vit. Le 2 mai sera davantage tourné vers le lien entre image et texte, illustrations, photos, performances, dessins, documentaires ». Tout un programme, donc. Un programme qui, pour s’en tenir à l’univers de la bande dessinée et du roman graphique, a de la prestance…

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Pandora Beach: Sur la plage, abandonnés…

Pandora Beach_couvPandora Beach, Eric Borg (scénario), Alex Talamba (dessin). Editions BigFoot, 72 pages, 13,90 euros.

Première parution d’un nouveau label, BigFoot, né dans la mouvance de la plateforme de financement participatif Sandawe. Un album déroutant et prenant.

Medhi, Albane, Stéphanie et Antoine, quatre jeunes Français partent en vacances low cost dans un pays méditerranéen en crise, qui pourrait être la Grèce. Sur la promesse d’un vieux guide de voyages défraîchi, ils débarquent dans ce qui fut un « joli village de pêcheurs » et qui ressemble désormais à une ville fantôme, Zarkos. Là, une vieille femme les incite à loger chez elle et cherche à les retenir. Amusés par cette insistance et par la découverte d’une belle plage toute proche (jouxtant une décharge, certes…), les jeunes décident de rester quelques jours. Mais, la nuit, Medhi découvre les étranges agissements de la vieille dame et l’angoisse s’insinue au sein du groupe…

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BD: 48h convaincantes

Premier bilan (positif) de la troisième édition des 48 h BD, qui a eu lieu en France et en Belgique les 3 et 4 avril 2015.

logo_48hbdLes organisateurs tirent un bilan très positif de cette 3e édition des 48h BD.  Côté chiffres, cette édition  2015 a représenté 216 000 BD vendues à 1 euro, 50 000 BD offertes aux écoles et aux bibliothèques, plus de 1300 points de ventes participants (contre 800 en 2014)  et une progression des ventes de 25% de bandes dessinées par rapport au même week- end l’an dernier (souces GFK)…

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Parfait réfugié humoristique

Manuel du réfugié politique_couvLe petit manuel du parfait réfugié politique, Mana Neyestani. Editions ça et là / Arte Editions, 144 pages, 14 euros.

Invité à Paris pour une résidence artistique en 2011, après son exil d’Iran, Mana Neyestani entreprend en 2012 des démarches pour obtenir le statut de réfugié politique. Dans ce nouveau volet autobiographique, le dessinateur témoigne du quotidien d’un demandeur d’asile en France et de son expérience personnelle dans l’incroyable labyrinthe administratif auquel il s’est vu confronté : longues files d’attente, attitudes parfois hautaine ou méprisante des fonctionnaires, négligences aux conséquences redoutables, paperasserie…

Le destin de Mana Neyestani a quelque chose de parfaitement kafkaien. Et pas seulement parce que tout a commencé par un innocent dessin de cafard dans un magazine pour la jeunesse iranien, prélude à une « Métamorphose iranienne » assez hallucinante, contée dans son précédent livre (il faisait prononcer à l’insecte un mot en azéri, ce qui donné prétexte à des émeutes contre le pouvoir, puis la réaction des autorités iraniennes, l’arrestation de Neyestani et un périple de  neuf ans qui l’emmena jusqu’en Chine, puis en Malaisie avant d’arriver en France). Après s’être heurté au pouvoir totalitaire de son pays, puis aux filières clandestines, il se retrouve, à Paris confronté à un autre univers, moins dangereux et violent mais tout aussi kafkaïen : celui de l’administration à la française.

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La Grande Guerre de Charlie labelisée « centenaire 14-18 »

arton2092Charlie fait désormais partie du programme officiel du centenaire de la Grande Guerre, communique, ce jour, l’éditeur de la version française, le label Delirium. La Mission centenaire de la Première Guerre mondiale vient d’attribuer son Label à la série BD la Grande Guerre de Charlie de Pat Mills et Joe Colquhoun. Rappelons que c’est l’association On a marché sur la bulle, d’Amiens, qui est le référent de la Mission Centenaire en matière de neuvième art.

Une reconnaissance justifiée, au vu de la qualité graphique et du sens du détail de cette série, mais aussi de son approche atypique, proche du soldat de base, voirement volontiers antimiltariste (du moins à l’égard de la hiérarchie militaire). Et il faut ajouter, pour la réédition française, de bons dossiers venant compléter la parution des planches.

Prévue en dix volumes, la série conduira le lecteur, au côté du jeune « tommy » Charlie Bourne jusqu’au traité de Versailles (et même après…). Le volume 8, le Jeune Adolf, est paru voilà quinze jours et la première exposition/ vente de planches originales de Joe Colqhoun est visible jusqu’au 9 mai, à la librairie Super-Héros à Paris.

Warm up: deuxième tour de piste

WarmUp2Warm Up, tome 2 : à tombeau ouvert, Renaud Garreta. Dust éditions, 56 pages, 13,95 euros.

Warm up, c’est un peu Michel Vaillant sur deux roues. Prévue en six tomes, cette série consacrée à la moto de vitesse se veut, et s’avère, très réaliste.

La famille Neves vit au rythme de la moto. Nathan, le fils ainé, est un pilote de talent qui boucle ses budgets en participant à de périlleuses courses sur route. Mais son cadet, Chad, presque aussi doué au guidon, exerce son talent en se mettant au service de truands.

Ce deuxième volet de la saga s’éloigne d’ailleurs des circuits pour privilégier l’intrigue policière : Nathan est dans le coma après une lourde chute à Macao et Chad apprend les sacrifices faits par son frère pour le l’éloigner de ses dangereuses relations. L’auteur, Renaud Garreta, a notamment reçu le soutien de l’écurie Tech 3, pour laquelle a couru le Saint-Quentinois Louis Rossi.

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Astérix refait le siège d’Alésia

L’exposition « Astérix à Alésia, du mythe à la réalité », organisée au Muséoparc d’Alise-Sainte-Reine (Côte-d’Or) ouvre ses portes aujourd’hui et jusqu’au 30 novembre. Elle vise à mettre en miroir la vie du héros de la bande dessinée avec la vraie vie en Gaule après la défaite de Vercingétorix.

Expo Astérix_alésiaAstérix revient venger Vercingétorix, à Alésia, lieu de la défaite finale du chef gaulois face à Jules César. Et c’est donc le plus fameux adversaire de César, qui ramène le site aux Gaulois. Ou, plus exactement, qui bénéficie, jusqu’au 30 novembre d’une exposition dont la scénographie fait la part belle à la bande dessinée.

Cette expo, Astérix à Alésia est l’occasion de revenir « in situ » sur quelques libertés prises par Uderzo et Goscinny (et parfaitement assumées par les deux auteurs) dans leur description de la Gaule en – 50 avant J.C…

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Un bonheur pas complet Made in Normandie

1ere COUV MARTIN BONHEUR TYPO.inddMartin Bonheur, Jérôme Félix (scénario), Stéphane Louis (dessin). Editions Grand Angle, 80 pages, 16,90 euros.

Le bonheur est simple, mais parfois la route pour l’atteindre est sinueuse.

Agathe, jeune femme travaillant dans une agence de communication apprend que son père, qu’elle croyait mort avant sa naissance, est bien vivant, mais sa mère avait préféré lui cacher l’existence de cet écrivain imbu de lui-même et égoïste. Elle se rend alors dans ce petit village de la côte normande, Veules, où il réside. Coquette petite station balnéaire qui ne vit essentiellement que l’été. Hors saison, la commune n’est habitée que par une poignée d’habitants, tous âgés. Sauf Martin, jeune jardinier qui rend service à tout le monde. Entre les deux jeunes gens, l’attirance est réciproque. Mais les certitudes d’Agathe vont vaciller, lorsque son père (à qui elle s’est présenté sous le faux prétexte de lui faire lire son roman de jeune écrivain) lui transmet un manuscrit, d’une étonnante générosité. Et, plus encore, après que la petite communauté a été frappé par un drame, lorsqu’elle pense que Martin n’est qu’un voleur et un menteur…

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Mémoires du génocide arménien

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Varto, Gorune Aprikian (scénario), Stéphane Torossian (dessin) avec Jean-Blaise Djian (mise en scène). Editions Steinkis, 128 pages, 20 euros.
Le fantôme arménien, Laure Marchand et Guillaume Perrier (scénario), Thomas Azuélos (dessin). Editions Futuropolis, 128 pages, 19 euros.

Ce 24 avril 2015 est commémoré le centenaire du génocide des Arméniens. En souvenir de la grande rafle effectuée parmi l’élite arménienne à Istanbul, le 24 avril 1915, coup d’envoi d’une déportation massive.
Dans l’actualité éditoriale du moment, deux romans graphiques portent un beau regard et aident à la compréhension du sujet. Avec deux approches complémentaires.

Varto, réalisé par trois auteurs issus de la diaspora arménienne, se place aux côtés des victimes. Mai 1915, les effets de l’expropriation et des premières déportations des Arméniens se font sentir jusqu’au fond de l’Anatolie. Dans un petit village, un adolescent turc se voit confier par son père mourant la mission d’emmener en lieu sûr les deux enfants d’un ami arménien. Pour Hassan, Maryam et Varto, c’est le début d’une périlleuse escapade pour tenter d’atteindre le village, jugé plus sûr, d’un oncle de la famille. Mais entre les soldats déserteurs devenus brigands, les colonnes de réfugiés hagards et les dures conditions de survie au quotidien, ils n’échapperont pas totalement à la tragédie. Un siècle plus tard, en France, leurs descendants (le fils de Varto et la petite-fille de Maryam) tentent, tout aussi difficilement de renouer le dialogue.

C’est aussi de France, de nos jours – plus précisément de Marseille en avril 2014 – que part Le Fantôme arménien, des journalistes Laure Marchand (Le Figaro) et Guillaume Perrier (Le Monde). Varoujan, militant dans un centre local pour la reconnaissance du génocide, décide d’aller monter une exposition de portraits d’Arméniens en Turquie. C’est pour lui le début d’un voyage, qui n’est pas qu’un pèlerinage, dans l’est anatolien, de Diyarbakir (capitale du kurdistan turc) jusqu’à Sivas (fief nationaliste conservateur où Atatürk a posé les fondations de sa république) et au village de Bogazdere (d’où est originaire le grand-père de Varoujan), en passant par le Dersim (région majoritairement kurde et alévie aux traces arméniennes aussi), avec retour final festif à Istanbul…

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