Mes grands plaisirs de lecture en 2014

Petit exercice parfaitement subjectif et visant plus à faire un retour en arrière sur l’année écoulée qu’à échafauder un palmarès forcément très partial et partiel, au vu des albums sortis dans l’année, comme vient de le pointer le nouveau rapport de Gilles Ratier. Plus de 5000 ouvrages de BD parmi lesquels on en aura peut-être lu un dixième, certes choisis, mais qui laisse un bon nombre d’ouvrages intéressants hors champ).

Voici donc, cependant, rituel classique de fin d’année, mes « meilleurs albums » lus en 2014. Ceux qui m’auront le plus intéressé et procuré le plus grand plaisir de lecture, ce qui reste quand même le critère premier en tant que bédéphile. Et, sur ce plan, 2014 aura été une belle année.

Pour ne pas sombrer dans la tentation inflationniste, on en restera encore cette année à 20 titres (mais le choix fut difficile…).

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Rapport Ratier : La bonne fortune paradoxale de la BD en 2014

Document annuel de référence sur l’activité du 9e art, le 15e « rapport Ratier » sur l’état de la bande dessinée en 2014, vient de paraître. Avec un bilan très contrasté.

rapport Ratier_visuel couvAprès une année de pause, l’an passé, le marché de la bande dessinée a été de nouveau à la hausse en 2014, constate Gilles Ratier, secrétaire général de l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD), dans son rapport, publié hier.
Mais cette reprise de la production (de + 4,64 % par rapport à 2013) englobe des situations pour le moins contrastées et fait de 2014 « l’année des contradictions« , comme le souligne le titre du rapport.

S’il y a eu plus d’albums (5410 titres publiés, dont 3946 nouveautés), les tirages sont moins forts. Et parmi cette production, seuls 1485 albums peuvent être considérés comme de « véritables créations » en Europe francophone, soit 27,45% de la production globale d’albums ( (le reste étant des rééditions sous diverses formes ou des traductions d’oeuvres extra-européennes: comics US ou mangas asiatiques). Un pourcentage de nouveautés qui demeure stable par rapport à l’an passé, avec néanmoins 49 titres de plus.

Autre paradoxe, si l’on compte toujours plus de maisons d’éditions (349 recensées pour avoir publié au moins en album BD dans l’année contre 332 en 2013), trois groupes continuent de dominer largement le marché. Ainsi, Delcourt, Média Participations (Dargaud, Le Lombard, etc) et Glénat réalisent plus du tiers des publications (36,23%, contre 38,18% l’an passé). Derrière, une douzaine d’éditeurs ont publié plus de 70 ouvrages; les principaux, en nombre de parutions, étant le groupe Panini, le groupe Hachette, Madrigal (Casterman, Fluide glacial, Futuropolis, Denoël Graphic, etc), Kazé et Bamboo…

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La longue marche de la mémoire de Tardi

stalag II B_tome2_couvMoi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B, tome 2 : mon retour et la suite, Jacques Tardi. Editions Casterman, 150 pages, 25 euros.

D’une débâcle, l’autre. Après celle de l’armée française, en 1940 – qui avait fait de son père pendant cinq ans un prisonnier de guerre au Stalag II B – c’est celle du régime nazi qui est au centre de ce deuxième volet de l’évocation de la pas si drôle de guerre de René Tardi.

Ce tome 2 débute là où s’achevait le premier, à l’hiver 1944, lorsque les camps de prisonniers de guerre en Poméranie (aujourd’hui la Pologne) sont évacués face à l’avancée russe. Pour René Tardi et ses compagnons, c’est le début d’une longue marche, de la Baltique jusqu’à la Rhénanie puis le retour en France. Six mois, de janvier à fin mai 1945, racontés quasiment au jour le jour, en suivant les indications laissées par René Tardi dans ses carnets de guerre. Avec, en contrepoint, Jacques Tardi lui-même, qui se dessine enfant et qui relance parfois son père ou apporte des informations sur le contexte historique : la peur de l’arrivée « d’Ivan » (les Russes), les destructions massives et les enjeux stratégiques entre puissances alliées, la fin pathétique et pitoyable des dignitaires du IIIe Reich…

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Du rififi à Shioguni

Shioguni_couvPetites Coupures à Shioguni, Florent Chavouet. Editions Philippe Picquier, 21,50 euros.

Après Tokyo Sanpo et Manabé Shima, des carnets de voyages sur le Japon où il séjourne régulièrement, Florent Chavouet nous revient avec Petites Coupures à Shioguni. Cette fois-ci, même si l’histoire se déroule toujours au Japon, ceux qui connaissent déjà son travail seront surpris de découvrir un polar. Une enquête policière rythmée par le récit des différents protagonistes. « Kenji avait emprunté de l’argent à des gens qui n’étaient pas une banque. Pour ouvrir un restaurant qui n’avait pas de clients. Forcément, quand les prêteurs sont revenus, c’était pas pour manger. » Tel est le point de départ. Un cuistot se fait griller le visage par des gars costauds, une jeune fille sort de nulle part et fait un carnage, un chauffeur de taxi en manque d’amour cherche à se reconvertir, un blouson volé, un technicien de distributeurs automatiques, un tigre en liberté donnant beaucoup de travail au personnel hospitaliser, une histoire d’amour, un p’tit gars drôlement futé. Voici le méli-mélo auquel devra faire face un commissaire en fin de carrière…

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Aux côtés de Quentin Blake

Quentin Blake_couvPages, mots, images, Quentin Blake. Editions Gallimard, 216 pages, 25 euros.

Quentin Blake a illustré plus de 250 ouvrages. La plus célèbre de ses collaborations est sans doute celle avec l’auteur jeunesse Roald Dahl. Les dessins pour Charlie et la chocolatrie, Mathilda, Le Bon gros géant, etc, ont fait rire, rêvasser et ému des millions d’enfants sur plusieurs générations. Mais Quentin Blake a fait beaucoup d’autres choses et continue encore à dessiner ces personnages toujours aussi spontanés. On a pu les retrouver dernièrement dans Monsieur Kipu de David Williams (un très bon livre dans la lignée des Roald Dahl). Une très longue carrière donc qu’il relate avec beaucoup d’humilité dans Pages, mots, images, paru dernièrement chez Gallimard…

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Une sélection de bonnes bandes dessinées écologistes

Le prix Tournesol sera décerné pour la 19e fois lors du festival d’Angoulême. En attendant, sa sélection finale est désormais connue.

Tournesol-logo eelvPrix « off » du festival d’Angoulême, le « Tournesol 2015 » vient de publier sa sélection finale d’albums qui auront retenu l’attention pour avoir popularisé « une ou plusieurs des valeurs de l’écologie politique: défense de la nature et de l’environnement, justice sociale, citoyenneté, défense des minorités, pacifisme, féminisme, anti-racisme, non-violence, égalité des droits, lutte contre les exclusions, solidarité Nord-Sud, démocratie, etc« . Et la sélection reflète aussi, entre mangas, romans graphiques et albums mainstream, une belle défense de la diversité éditoriale…

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Jésus revient ! avec Charlie Hebdo

jesus-couvCharlie hebdo hors-série n°15: la véritable histoire du Petit Jésus, Riss. Editions Charlie hebdo, 64 pages, 7 euros.

Après que Charb a conté la vie de Mahomet, Charlie hebdo continue dans les histoires pieuses et fait dans l’oecuménisme avec cette « Véritable histoire du Petit Jésus ». Cette fois, c’est au tour de Riss de s’y coller, après une préface en forme de caution de sérieux de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat, auteurs de Corpus Christi et de Jésus contre Jésus.

Riss s’est d’ailleurs placé un peu dans la même démarche que les auteurs de la série d’Arte, en compilant et synthétisant divers évangiles apocryphes du début du christianisme et du Moyen âge, attribués à un « pseudo-Matthieu », à Jacques ou au « livre de la nativité de Marie »; des textes « apocryphes » moins pour leur côté sulfureux que pour avoir fait partie des vaincus dans la grande foire théologique au cours de laquelle s’est concrétisée le dogme chrétien…

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Un méchant au charme goûteux

un homme de goût_couvUn homme de goût, tome 1, El Diablo (scénario), Cha (dessin). Editions Ankama, coll. Hostile Holster, 64 pages, 13,90 euros.

Faut-il y voir l’expression d’auteurs « morts de faim » ou un problème alimentaire ? Après Pizza roadtrip, c’est encore une évocation de la nourriture qui est au centre d’un Homme de goût, remise au goût du jour (pour le coup) du concept de l’ogre des contes de fées. Contes défaits ici, et déconstruits à travers quatre époques et autant de différences subtiles de style.

Tout commence au début de ce siècle, au Guatemala, par l’aboutissement d’une longue traque. Jamie Colgate, inspectrice quinquagénaire et opiniâtre, arrive enfin à coincer Nekros, infâme salopard – mais homme de grande influence – qui a failli la tuer lors d’une précédente enquête, trente-quatre ans plus tôt à Las Suertes, lors d’une affaire de disparition d’un industriel et de ses gardes du corps.  Entretemps, Jamie pensait avoir retrouvé la trace de Nekros dans une autre sombre histoire de gamins membres d’un gang, eux aussi disparus, à Los Angeles. Et le fil remonte jusqu’à un épisode sanglant et méconnu de la révolution cubaine et même jusqu’à une histoire romantique (du moins au début) dans le Paris du milieu du XIXe siècle…

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Une sélection de bonne bande dessinée féministe

La fin de l’année est le moment pour attribuer prix et récompenses. Après le prix de la critique de l’ACBD, le prix Artemisia (bande dessinée féministe) vient de faire paraître sa sélection de l’année.

Prix Artemisia-logoDix albums ont retenu l’attention du jury du prix Artemisia, décerné depuis 2008, afin de mettre en avant les talents féminins dans le 9e art. Il s’agit de :

  • Mes cents démons, de Lynda Barry (éditions ça & là), journal intime en forme de strips zen.
  • Lililan the Legend de Kerry Byrne (éditions Agrume), histoire vécue d’une jeune russe partie tenter sa chance aux Etats-Unis dans les années 20 et qui rentra chez elle, à pied, jusqu’au détroit de Béring.
  • Lâcher prise de Myriam Katin (Futuropolis), la dessinatrice d’origine hongroise se confronte de nouveau à la guerre et au nazisme quand son fils part s’établir à Berlin.
  • Moderne Olympia, de Catherine Meurisse (Futuropolis), les personnages des tableaux du musée d’Orsay s’animent et vivent leur vie.
  • ô cruelle, de Nadja (Actes Sud BD), une rêverie à travers le regard d’une femme.
  • Irmina, de Barbara Yelin (Actes Sud, l’An 2), la vie d’une jeune Allemande des années 30 qui va être séduite par le nazisme.
  • Finnele, le front d’Alsace, d’Anne Teuf (Delcourt), le regard d’une enfant sur la guerre de 14-18 en Alsace, ouvrage inspiré par le récit de la grand-mère de l’auteure.
  • Cet été-là, de Jilian et Mariko Tamaki (éditions Rue de Sèvres), un été particulier de passage de l’enfance à l’adolescence pour une jeune fille de 13 ans.
  • Literary Life, de Posy Simmonds (Denoël Graphic), les chroniques sur la vie littéraire britannique parue dans le Guardian.
  • Niki, le jardin des secrets, de Dominique Osuch et Sandrine Martin (Casterman), la vie de l’artiste Niki de Saint-Phalle.

Hors sélection, le Prix Artemisia rend aussi hommage à Jacquline Duhême, pour Une vie en crobards (édition Gallimard), autobiographie illustrée d’une femme qui côtoya les plus grands artistes du début du XXe siècle.

Le prix Artemisia 2015 sera proclamé le 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir.

Petit, mais costaud, ce livre sur la bande dessinée !

Petit livre de la bande dessinée_couvLe petit livre de la bande dessinée, Hervé Bourhis, Terreur Graphique. Editions Dargaud, 200 pages,19,99 euros.

La principale interrogation qui subsiste, après lecture de cet ouvrage, est de savoir s’il s’agit plutôt d’un petit grand livre ou alors d’un grand petit livre sur la bande dessinée?

Pour le reste (et donc l’essentiel), en suivant le principe déjà bien rôdé avec le rock, les Beatles et la Ve république, Hervé Bourhis réalise (aidé cette fois par Terreur Graphique, auteur entre autre de FIST) réalise un ouvrage que tout amateur de 9e art se doit de posséder.

En quelque 200 pages, c’est toute l’histoire de la bande dessinée qui est revisitée, de façon minimaliste, en multipliant les petites vignettes (mais c’est bien le lieu pour mettre en application le fait qu’un bon dessin vaut mieux qu’un long discours).

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