Anuki arrive à toute vitesse à Amiens

J-5 17e Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens.

On avait déja découvert en avant-première voilà quelques jours quelques planches de leur nouvelle oeuvre. Et ils sont attendus ce week-end pendant les 17e Rendez-vous de la BD d’Amiens. Mais, sans attendre, on pourra déjà rencontrer Stéphane Sénégas, Frédéric Maupomé et leur nouvel album d’Anuki en dédicace, dès ces deux prochains jours. Tout d’abord, ce mardi 29 mai au Chat qui lit (galerie des Jacobins), de 12 à 14 heures puis de 15 à 17 heures, puis le mercredi 30 mai à la librairie Martelle, de 16 à 19 heures.

De quoi rester bouche baie…

Anuki, tome 2: la révolte des castors, Frédéric Maupomé et Stéphane Sénégas, éditions de la Gouttière, 40 pages, 9,70 euros.

Le malicieux petit indien était apparu l’an passé dans la Guerre des poules. On retrouve Anuki toujours confronté au monde animalier, affrontant ici la révolte des castors ; une révolte largement due au chahut déclenché par Anuki et ses deux amis, se disputant des baies rouges, et qui entraînera notre héros au milieu de la forêt, tantôt pourchasseur, tantôt « gibier ». Mais, comme dans l’épisode précédent, tout se finira bien à la fin… ou presque, un ultime gag apportant une amusante pirouette finale.

Tout aussi muet que le précédent, ce second tome d’Anuki est également tout autant dynamique. Porté par un dessin élégant et délicat (et drôle – on appréciera particulièrement la bouille cartoonesque de la famille castor !), toujours en mouvement, le récit est haletant, alternant course-poursuite dans la forêt, descentes de rapides, quasi-noyade et retrouvailles joyeuses. Et cette confrontation drôlatique s’avère de nature à réjouir autant le plus jeune public, qui pourra apprécier les multiples et rapides rebondissements que les plus grands, qui seront sensibles à la qualité du graphisme et de la mise en couleurs. Un petit livre vraiment sympathique et attachant et qui se prête à la relecture.

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Mathieu Sapin gagne la présidentielle

Campagne présidentielle, 200 jours dans les pas du candidat François Hollande, Mathieu Sapin, 72 pages, 14,99 euros.

Déjà « embedded » sur le tournage de Gainsbourg (vie héroïque) puis à Libération, Mathieu Sapin – qui malgré quelques similarités capillaires n’est pas le frère de Michel Sapin (mais à la fin, rincé, ressemble de plus en plus à Moscovici… – a suivi la campagne de François Hollande. Bon choix, donc, puisque le candidat socialiste ayant gagné, son livre paraît dans la série des bouquins dissertant sur le nouvel homme fort français. Mais il se singularise également.

Quelques bonnes feuilles avaient déjà été publiées, ces dernières semaines dans le cahier Mag de Libération, mais la lecture, sur le long cours, de l’ensemble est encore plus stimulante et réjouissante.

Ni journaliste politique distancié, ni militant de l’intérieur de la garde rapprochée du candidat, Mathieu Sapin joue de nouveau avec sa figure de candide et de « Français moyen ». Se dépeignant en petit bonhomme avec une grosse tête, en « reporter amateur », il porte un regard acéré, sans en avoir l’air, sur les coulisses et le fonctionnement d’une campagne électorale moderne. Sans volonté de nuire, ni aménité particulière. Le résultat est à la fois drôle et intéressant.

Débutant lors de la convention d’investiture, en octobre 2011, l’album s’achève au soir du second tour de la présidentielle, de retour de la place de la Bastille. Entre les deux, au jour de la jour, notre « dessinateur embarqué » dans le Hollande Tour 2012 retranscrit et illustre toutes les grandes étapes de cette campagne victorieuse pour la gauche : l’hommage à Mitterrand à Jarnac, le voyage en Guadeloupe, le meeting du Bourget, la déclaration de candidature en février, les conséquences de l’affaire Merah, le voyage à Londres, le premier tour, le face à face télévisé avec Nicolas Sarkozy, l’attente du résultat le 6 mai… En contrepoint, il croque aussi une double page sur le meeting de l’UMP à Villepinte ou la marche sur la Bastille de Mélenchon. Mais, tout aussi lestement enlevées, ces planches-là apparaissent superflues, tant on a hâte de replonger dans les coulisses du candidat « normal ». Car, de façon assez stupéfiante, Mathieu Sapin a su se faire oublier – et l’entourage du candidat lui a aussi laissé carte blanche pour cela – pour relater des instants inédits (Hollande racontant comment lui est venu sa désormais fameuse tirade – « Moi président » ; la rumeur malfaisante, mort-née sur un prétendu « antisémitisme » de Hollande) ou, pour le moins surprenants, derrière le miroir de la com’ politique. Bénéficiant d’un accès privilégié, il décrit ainsi avec finesse et précision la machinerie d’une campagne politique, les réunions des conseillers, la gestion des médias, la vie des journalistes « suiveurs », etc.

Graphiquement, son style reste celui du carnet de dessins, mais plus lié,comme une vraie bande dessinée structurée en séquences de longueurs variables. Et derrière la simplicité apparente du trait, on peut saluer le talent de Mathieu Sapin et son coup de crayon pour saisir et caricaturer avec autant de réussite la foultitude de personnages publics de la campagne.

Seul petit regret, le grand format de BD classique fait perdre le côté plus « intime » de ces « feuilles de chou » précédents. Mais ce joli album souvenir d’un moment historique et plus que cela, un vrai reportage sur les rouages d’une campagne présidentielle.

Pour aller plus loin, entretien de Mathieu Sapin dans l’émission des Clics et des claques, sur Europe 1 (début à la 25e minute)

http://www.dailymotion.com/video/x1pc86
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