Un petit air de revanche sociale

Revanche. Tome 1 : Société anonyme, scénario Nicolas Pothier, dessin Jean-Christophe Chauzy, Treize étrange / Glénat, 48 pages, 13,90 euros.

Restaurer la justice et sauver le monde des super-méchants. Depuis près de quatre-vingts ans, c’est le job de toute la flopée des personnages des comics américains. Transposé par Nicolas Pothier et Jean-Christophe Chauzy dans la France d’aujourd’hui, le combat gagne en ironie et en contenu social ce qu’il perd en mythologie.

Charge empreinte d’humour noir, Revanche révèle un héros ambivalent, comme tout bon super-héros. Pour son entourage, il est assistant de la présidente du patronat, le Modef (… toute ressemblance avec une situation existante serait bien sûr, selon la formule consacrée, pure coïncidence !). Mais dans l’ombre, il s’occupe, avec des méthodes radicales et très personnelles, des patrons voyous, des petits chefs harceleurs, des banquiers aux bonus exhorbitants, des délocalisateurs sauvages ou des marchands de sommeil.

Raconté au premier degré, le récit s’apparenterait juste à un brûlot gauchiste prônant l’action directe et pas franchement drôle. Mais, bien qu’il s’inspire de cas très concrets – dont semblerait-il entre autre du démontage express des machines de l’usine de chips Flodor de Péronne – Nicolas Pothier (abonné au second degré rigolard avec Ratafia ou Caktus) apporte ici toute la dérision et la distanciation nécessaire à cet album ouvertement caricatural… au sens premier, à savoir en forçant jusqu’à l’outrance des caractères, hélas bien concrets.
Avec des dialogues ciselés – souvent à double sens – et le dessin très expressif de Chauzy, chacune des cinq histoires courtes qui composent l’album prend ainsi une dimension de fable douce-amère, jusqu’à sa chute ironique et toujours bien pesée. Et le dernier épisode, recentré sur le personnage de Revanche, en passe d’être découvert, laisse augurer des développements intéressants à venir… D’autant que l’actualité sociale ne manque pas de nouveaux cas à ré-utiliser…

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