Imperator, tome 1 : les fascistes sont éternels, Valérie Mangin, Fafner, éditions Quadrants solaires / Soleil, 48 pages, 13,95 euros.
Valérie Mangin entame ici une nouvelle série de ses « Chroniques de l’antiquité galactique« , transposition futuriste en space opera de l’histoire antique gréco-romaine. Après Troie et le crépuscule de l’empire romain, la scénariste – historienne et latiniste de formation – s’attaque aux fondements de ce même Empire romain galactique, et donc à une préquelle des séries précédentes – un peu à la mode Star Wars…
En 3259 après J.C., après avoir largement irradié la Terre, les humains ont conquis la galaxie, établissant royaumes et Républiques. Mais c’est désormais le Parti de la renaissance fasciste et son Duce, « Benito » (forcément) qui dirigent la galaxie, au prix de compromis complexes avec les aliens qui seuls possèdent les vaisseaux capables d’aller d’une planète à l’autre et des mafieux qui dirigent en sous-mains le syndicat des « camionneurs » extra-terrestres.
Pendant ce temps, la Terre, grâce à un milliardaire peut-être pas si désintéressé que cela, est devenue de nouveau vivable. Et Benito ambitionne de faire de Rome sa nouvelle capitale galactique. C’est là que vivent aussi les deux héros de ce premier tome, Gus et Julia, qui survivent grâce au trafic d’antiquités ; cette dernière rêvant de renverser les fascistes à l’aide de nouvelles légions romaines. A cause d’un tragique hasard, leur destin va croiser celui du Duce et peut-être en effet changer l’Histoire.
Toujours aussi à l’aise dans la construction politique d’une société, Valérie Mangin aborde frontalement des questions bien contemporaines (ou, en tout cas, tout aussi d’actualité au 33e siècle) comme la xénophobie, le racisme anti-étrangers, les liens entre la mafia et le pouvoir, etc. Elle se permet aussi quelques petits clins d’oeil plein d’auto-dérision à ses albums précédents. Petit plaisir partagé…
Les bases de ce nouvel univers sont en tout cas bien posés et l’intrigue solidement installée. On est moins convaincu par les couleurs (plutôt ternes) et le dessin de Fafner. Capables de belles vignettes de vaisseaux spatiaux ou de plans généraux de villes, il se révèle moins à l’aise pour les personnages humains. Et le parti-pris, assez original, de multiplier les bandes horizontales et les petites cases ne permet pas de retrouver l’ampleur et la démesure des séries précédentes. Mais il reste cinq albums améliorer le tir. Et ce nouvel épisode des Chroniques a assurément le potentiel pour y trouver toute sa place.