
Une fois encore, le meilleur traitement BD à l'occasion d'Angoulême est fait par "Libé"
C’est devenu un des marronniers de la presse. Fin janvier, tandis que le monde de la bande dessinée se retrouve à Angoulême, la plupart des titres y vont de leur sujet, semblant découvrir, une fois par an, ce qu’ils ignorent assez largement le reste de l’année.
Cette année 2012, l’angle était d’autant plus facile que la présidence du festival est assurée par Art Spiegelman, l’auteur de Maus, qui a, par son traitement animalier et unique de l’holocauste, demontré qu’on pouvait dessiner des souris sans pour autant se restreindre à faire des « petits Mickeys« . D’où des sujets assez similaires, dès ce mercredi dans Télérama ou l’Express, entre autre, tournant autour du même jeu de mots : « Spiegelman, quel Art »… La Croix, elle exhume de son côté « les BD nos enfances« , avec même une accroche en Une.
Les Inrocks font dans la BD régionale
Dans le registre, faux cul, ou mesquin, on notera que les Inrockuptibles consacrent un cahier 16 pages au Festival d’Angoulême, avec l’Axonais-grolandais Benoît Delépine, également scénariste de BD, en couverture, dessiné par Chantal Montellier et un contenu alléchant : Fred réédite son Petit Cirque à l’occasion du festival ; Les idées noires de Sardon ; Raretés suédoises et opulence ibérique : Mise à l’honneur des productions suédoises et espagnoles et tri dans la sélection officielle en quinze albums incontournables de 2011… Sauf qu’il ne s’agit que d’un supplément régional (hors l’achat en ligne, payé quasiment deux fois le prix) ! Manière d’asséner qu’hormis quelques fous furieux rassemblés en Charente, la BD n’est vraiment pas un sujet digne d’intérêt ? Lors du 25e anniversaire, notamment, les Inrocks avaient consacré un numéro spécial Bande dessinée de haute volée… et diffusé nationalement cette fois !
Terminons en cependant avec deux traitements, tous aussi rituels et désormais traditionnels, mais d’une toute autre importance et intérêt.
Beaux Arts et drôle de beau travail
Le magazine Beaux Arts magazine a pris le parti, depuis quelques temps d’y aller d’un numéro hors-série consacré au neuvième art. Après les mangas, la BD et le sexe ou les comics US, c’est la bande dessinée d’humour qui est à l’honneur dans ce numéro de janvier. Joli résultat, une fois encore. Sous la rédaction en chef de Vincent Bernière, on peut y lire d’intéressantes (et jamais pédantes ni trop pointues) contributions sur les « grands maîtres de l’humour », « la comédie sociale » , les nouveaux satiristes, l’analyse des strips comiques ou du « rire universel » chez Tintin. Le tout complété par 70 planches et une belle bibliographie sélective.
Libération fait pétiller les bulles
Autre « must » associé au festival d’Angoulême : le « Libé tout en BD ». C’est devenu un classique, mais aussi un rendez-vous attendu, venant d’un quotidien qui a une légitimité graphique dans ce traitement, puisqu’il fait appel régulièrement à des dessinateurs de bande dessinée pour illustrer certains articles au quotidien.
On saluera la belle « une », de Dave Cooper (Ripple), très chaleureuse – et illustrant le lancement de la campagne d’Obama, mais aussi une superbe fresque de François Schuiten sur General Motors, un retour sur l’affaire Elodie Kulik illustré par un dessin très délicat (vu le sujet) de Frédérik Peeters, Vuillemin illustrant à la manière de ses sales blagues un sujet sur la recette du chou farci, un dessin magnifique de David Pruhomme pour la nécrologie de Théo Angelopoulos, Ludovic Debeurme et l’interdiction des gros paquebots à Venise ou encore Joost Swarte faisant, sur une pleine hauteur de page l’iconographie de l’enquête sur les marchés de CO2.
Les lecteurs de « Libé » sacrent Coucous bouzon
Spécial BD, également, le cahier livres du quotidien au losange. Toujours aussi avant-gardiste et underground, en revanche. Son ouverture est consacrée à l’album gagnant le « Prix BD des lecteurs de Libération », en l’occurrence Coucous Bouzon d’Anouk Ricard et sa satire de la vie de bureau. Puis vient, notamment, une enquête sur les « allumés suédois » et la nouvelle génération du pays scandinave, un zoom sur l’auteur finlandais Turunen, l’incontournable Art Spiegelman et la chronique illustrée de Willem. Avec son lot assuré de découvertes. A défaut d’aller au Festival, voilà au moins deux façons de conjuguer actu et BD.